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01 février 2006

Commentaires

Anton

Concernant l'impopularité du gouvernement, je ne pense justement pas qu'il soit si impopulaire que ça.

Les sondages (ah... toujours eux) montrent que comparativement aux autres "mesures phares" qui ont achevé raffarin, la population n'est pas franchement hostile au cpe/cne.

Depuis que Villepin est là, (même depuis le Coming out de Sarko), l'idée de la réforme du contrat de travail est de plus en plus acceptée.
Hier, dans FEE, Maryse Dumas a presque présenté le visage syndical comme réformiste.

Bref, il faut attendre le 7 février pour voir exactement quel est le pouvoir de mobilisation de la gauche.

Si les rangs sont clairesemé, ca va foutre une sacrèe claque au PS.
Si les rangs sont serré, Villepin devra mettre un peu d'eau dans son vin. Mais même là on sera, je pense, loin de la fronde généralisée.

Le CPE va être retouché, la période de 2 ans va ptet passer à 1 an. A mon avis, il est destiné à être amendé, Villepin en a gardé un peu sous le coude, histoire d'avoir la marge necessaire devant "la rue".
C'est un fin jeu tacticien qui s'engage.

Gus

"Ce gouvernement ne se rend pas compte que son impopularité ne peut que desservir les thèmes qu'il porte"

C'est toujours un peu le même problème : à fournir de , disons "bonnes" pour simplifier, idées à des hommes politiques qui n'en ont guère, on finit toujours par voir ses idées instrumentalisées à des fins électoralistes.

Ceci explique d'ailleurs pourquoi il peut exister des stratégies politiques assumées, qu'elles soient ou non décriées, refusant par principe les stratégies de compétition électorale.

Michel B.

Il y a juste un petit problème avec le billet de Damien. Il dit : "On peut en effet considérer qu'un effort de solidarité doit être demandé aux "insiders" (les détenteurs d'un CDI) pour aider les "outsiders" (ceux qui ont des contrats précaires)".

Je n'ai a priori rien contre le principe. Mais qui peut m'expliquer en quoi la précarisation des "insiders" (qui représentent la grande majorité de la population des 15-24 ans ayant fini leurs études) permettra de faciliter l'embauche de la petite minorité d'"outsiders" (dont le principal handicap est le manque de qualification) ? J'avoue que j'ai du mal à comprendre...

Ne pensez-vous pas qu'au contraire le CPE risque d'avoir peu d'influence sur l'emploi des "outsiders" mais deviendra par contre la règle pour les "insiders", qui, c'est sûr, ne vont pas y gagner au change ?

Salarié en CNE

Bonjour,

On peut dire ce que l'on veut sur le CNE ou le CPE... la réalité des faits n'est pas à chercher dans le droit ou l'analyse théorique des bienfaits de la flexibilité ou des méfaits de la précarite. La réalité des faits est dans le rapport de force.

J'ai 32 ans, un bac+5 (grande école de commerce) en poche et 7 ans d'expérience. Pas précisément le profil à signer un CNE ? C'est pourtant ce que j'ai fait il y a quatre mois. J'avais postulé pour un CDI, mais le nouveau contrat est sorti et m'a été imposé le jour même de la signature... Je n'ai pas eu la force de remettre en cause plus de deux mois d'entretiens et de négociations avec mon nouvel employeur.

Qu'est ce que ça change ? Tout. Je suis privé de pause déjeuner, fais des heures supplémentaires tous les soirs sans le moindre dédommagement, je me fais retirer chaque minute de retard matinal de mon salaire, et une journée entière lorsque j'ai travaillé de chez moi pour soigner mon enfant malade.

Alors ca me fait légèrement rire lorsque je lis que le CNE/CPE ne remet pas en cause le droit du travail. Bien sûr, ce droit existe et s'applique théoriquement aussi à moi... Mais comment puis-je le faire valoir dans un rapport de force où l'on peut me renvoyer sans motif et (conséquemment) sans possibilité pour moi de contester les motifs de licenciement ???

Le CNE, n'est pas nécessairement la précarité, et il crééra même peut-être de vrais emplois... mais ce sont des emplois d'esclaves légaux. Le gouvernement réfléchit à l'étendre à tous les salariés ? Peut-être aurez-vous un autre regard sur la question lorsqu'il vous concernera.

Un salarié en CNE, qui ne peut même pas signer sans risquer de perdre son emploi.

Hugues

Notre ami salarié en CNE ayant déposé le même commentaire sur mon site, je m'autorise à lui fournir la même réponse ici (c'est compliqué tout ça. On devrait faire une sorte de blog collaboratif, un truc en commun, quoi... Ca éviterait les doublons).

Estimé salarié en CNE,

Je suis évidemment en accord avec vous sur la difficulté de votre situation. Mais votre commentaire m’inspire tout de même deux ou trois réflexions en préalable à une note plus complète sur ma vision du CNE – soit la manière dont le système pourrait être modifié par une gauche capable d’une réflexion pragmatique sur ce thème.

L’entreprise qui vous traite avec autant de désinvolture n’a pas d’excuse. Et à la limite, on se demande pour quelle raison un type compétent, qualifié et expérimenté tel que vous aurait envie de signer pour les vingt ans à venir avec une telle structure. Mais je ne suis pas idiot et je comprends tout à fait qu’une personne de talent soit forcée d’accepter toutes les humiliations de la part d’une entreprise qui n’aurait qu’à se baisser pour la remplacer. Vous accepterez donc, et qui ne le ferait pas à votre place, de ne pas déjeuner, de rester tard sans être payé, bref d’être traité sans respect pendant les deux années de probation prévus par le CNE.

Maintenant, imaginez cinq minutes un contexte un peu différent, un contexte de plein emploi dans lequel c’est le salarié qui n’aurait qu’à se baisser pour trouver un employeur digne de lui. Un employeur capable d’apprécier les compétences effectives de son salarié plutôt que sa capacité à accepter d’être constamment traité comme un pauvre malheureux tout juste tiré du ruisseau. Ce contexte existe dans de nombreux pays, existait chez nous il y a trente ans (demandez à vos parents) et existe encore ici dans certains cas très spécifiques. Un simple mécano auto, par exemple, pourra trouver du travail en trois coups de fil tant la pénurie est forte sur ce type de profil.

Dans ce contexte de plein emploi, la nature et les termes du contrat seraient secondaires. A preuve, toutes les enquêtes paneuropéennes démontrent que ce sont les salariés Français, pourtant les plus protégés juridiquement, qui se sentent le plus en insécurité au travail, les Anglais n’ayant quasiment aucune angoisse sur ce terrain.

Mais le CNE étant automatiquement perçu comme un peu plus de précarité dans le cadre du chômage de masse, et les Français ayant été brainwashed au point d’imaginer que le chômage ne baisserait plus jamais, il est devenu impossible d’expliquer ce que type de mesure est précisément destiné à changer les choses.

Maintenant, et ce point est capital, offrir plus de flexibilité aux entreprises n'est une bonne chose que si la stabilité des revenus du salarié est assurée par un système de solidarité plus efficace que le nôtre. Un système à la danoise, avec remplacement presque intégral du revenu doit donc accompagner le CNE pour que tout le monde soit gagnant.

D’ailleurs, et en imaginant que vous réussissiez à satisfaire votre nouvel employeur en courbant consciencieusement l’échine deux ans durant et que vous voyiez enfin décerné ce saint Graal qu’est le CDI, vous ne ferez que rejoindre la cohorte des insatisfaits qui rêvent de claquer la porte mais sont boulonnés à leur bureau par le chômage. Sacrée perspective, hein ? Par comparaison, j’ai des amis en Angleterre qui changent de jobs comme de chemise, dès qu’une opportunité intéressante se présente et que l’ennui les gagne. Et tout ça avec un contrat ne se transformant JAMAIS en CDI à la française.

Michel B.

Les complications continuent : je m'autorise à mon tour à poster ici ma réponse à ta réponse...

Hugues,

Tu as raison : dans un contexte de plein emploi, le rapport de forces s'inverserait et cela changerait complètement la donne.

Mais en attendant d'atteindre cet horizon idyllique (auquel, soit dit en passant, les entreprises n'ont aucun intérêt), les situations comme celles de ce "salarié en CNE" vont se multiplier. Et les relations entre employeur et salarié, déjà très déséquilibrées, vont être profondément modifiées, ajoutant à la dépendance économique une précarité quotidienne et une soumission de tous les instants.

Et je ne pense pas que tes paroles (un poil fantasmées) sur tes amis anglais qui changent de boulot en un coup de fil puissent procurer le moindre réconfort à ton lecteur confronté aujourd'hui à cette situation.

Crois-tu sincérement que l'on puisse construire quelque chose de valable sur ce type de relation ? Et surtout, penses-tu sérieusement que c'est la création du CNE/CPE qui va permettre de parvenir au plein-emploi ?

Loin des considérations théoriques (idéologiques ?)sur les bienfaits de la "flexibilité" et des projections hasardeuses sur l'arrivée prochaine du paradis libéral (ton "grand soir" à toi), le droit accordé aux entreprises de licencier n'importe quand et sans motif va profondément modifier, ici et maintenant, les rapports sociaux. Les rancoeurs et les désillusions vont s'accumuler et je pense que, malheureusement, l'on n'en mesure pas aujourd'hui toutes les conséquences...

Le seul espoir : que les effets ultra-négatifs de ce nouveau contrat "made in Medef" reviennent comme un boomerang en pleine face des apprentis sorciers qui l'auront promu.

Et si c'était Villepin qui faisait perdre Sarkozy en 2007 en appliquant ses idées avant lui ? L'hypothèse n'est pas si saugrenue puisqu'elle commence à inquiéter, paraît-il, l'état-major de Sarko...

Gus

Ce que je ne comprends pas dans votre argumentaire, Hughes, c'est qu'est-ce qui pouvait forcer qui que ce soit à signer un CDI contre son gré ?

Par ailleurs, qu'est-ce qui empêche (en pratique) de quitter un CDI du jour au lendemain si on le souhaite (la force théoriques des clauses et contraintes ne me semble pas résister à la réalité des sanctions observées)

Par ailleurs, qu'est-ce qui empêchait autrefois l'employeur de proposer un contrat commercial (sous-traitance, contrat d'honoraires, etc.) plutôt qu'un CDI ? Qu'est-ce qu'apporte le CNE à l'employeur ou au salarié par rapport à un contrat commercial ou un statut d'indépendant ?

Tout ceci ressemble, pour l'essentiel, à une politique d'affichage. On peut ou non espérer que de grands affichages (qui restent des effets de manches) se traduiront par des effets économiques tangibles, mais ce ne serait, dans ce cas, que confirmer l'absence de relation causale entre de bons indicateurs économiques et la réalité des faits.

...

Cet argument "dans un contexte de plein emploi" m'évoque cette blague d'économiste:

Un économiste, un chimiste et un physicien sont échoués sur une île déserte avec comme seul moyen de survie des boîtes de conserves, mais pas d’ouvre-boîtes... Le chimiste propose : " Il n’y à qu’à les mettre dans l’eau de mer et attendre que le sel ronge le metal. ". Le physicien propose : " On les pose sous un cocotier et on attend que des noix de coco les brisent en tombant. ". L’économiste prend alors la parole : " Bon, posons notre première hypothèse : nous avons un ouvre-boîte "...

authueil

On s'agite beaucoup autour du CNE/CPE, mais ce n'est qu'un outil de plus dans la panoplie et ce qui compte effectivement, c'est la situation générale de l'emploi. En cas de pénurie de main d'oeuvre, l'employeur trop heureux de trouver un salarié compétent lui propose un CDI direct. A l'inverse, en cas de postes rares et de salariés nombreux, les entreprises continueront les abus genre stages à répétition. On est là typiquement dans l'affrontement idéologique, le gouvernement voulant se prévaloir en 2007 de mesures qu'il présentera comme "efficaces" (et sur le court terme, ce sera facile puisqu'il y aura des CPE signés). De son coté, la Gauche trouve là un thème de mobilisation consensuel sur le thème très rebattu et éculé de la précarité (sachant que pour la Gauche tout ce qui n'est pas statut de fonctionnaire à vie est précaire). D'ailleurs, en circulant sur les blogs et dans les communiqués, on ne trouve rien sur le fond (je suis d'accord avec Damien)
Le mieux à faire est "wait and see" et si comme le dit Madame Parisot, ce n'est pas intéressant pour les entreprises, ce type de contrat mourra de sa belle mort.

carolus

Le CPE sera examiné en urgence et le gouvernement menace d'utiliser l'article 49 alinéa 3 de la Constitution. C'est une insulte dans la méthode, une nouvelle zone de
non-droit, une nouvelle dérogation, un nouvel accès d'autoritarisme.
On voit ici que des propositions réalistes existent pour revoir notre droit du travail sans organiser de précarité généralisée (je précise que je ne considère pas la flexibilité comme induisant nécessairement la précarité).
La situation qu'il révèle extrêmement préoccupante, pour des
raisons politiques et institutionnelles qui n'ont rien à voir avec
l'idéologie. Les députés et sénateurs peuvent encore réagir. Ils peuvent affirmer que le Parlement n'est pas une chambre d'enregistrement. Ils doivent refuser le CPE et même censurer le gouvernement!

J'envoie ceux qui ont quelques minutes à relayer l'appel posté ici. Vite!

http://minilien.fr/a0k2d5

carolus

Et je réagis au commentaire d'authueil :
Et si c'est intéressant pour les entreprises mais que ça se révèle profondément pénalisant pour les jeunes et même susciter une sorte de concurrence déloyale pour les plus de 26 ans?
Ou est l'urgence absolue qui interdit de se donner six mois pour réviser l'ensemble des contrats de travail. De nombreuses propositions crédibles, fondées sur des faits, existent déjà.
Le CPE est juste là pour donner encore une touche de cosmétique avant 2007.
Où est l'éthique?!

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