Faut-il un secrétaire d'Etat à l'internet ?
C'est le nouveau bruit qui court. Lors d'un remaniement hypothétique en janvier, on aurait droit à un secrétaire d'Etat à l'internet. Un peu dans la foulée des "ministres missionnaires" imaginés par Claude Guéant, voilà donc un ministre thématique, comme il en a existé de multiples dans les traditions françaises de gouvernements. La demande provient de Renaissance Numérique, association d'entrepreneurs du domaine, qui a proposé qu'on crée un poste de secrétaire d'Etat au numérique.
Evidemment, les candidats ne manquent pas, et les noms habituels des politiques qui ont enfourché ce sujet comme un bon levier de notoriété ou de modernité (André Santini ou Thierry Solère) fleurissent sur les lèvres.
La question est : est-ce une bonne idée ?
Un secrétaire d'Etat ou un ministre, on l'oublie souvent, c'est quelqu'un qui dirige une administration. Existe-t-il une administration du numérique ? Non. En faut-il une ? Evidemment que non : le numérique est partout, et touche tous les sujets de l'Etat, qu'il s'agisse de la modification de ses missions propres, la culture, l'économie.
Le problème est celui d'une insuffisante prise en compte des enjeux du numérique dans tous ces sujets, d'une acculturation insuffisante des ministres de tutelle pour ces sujets, et d'une priorité trop faible dans l'agenda des ministres concernés (économie, culture, réforme de l'Etat, ...) des enjeux numériques.
Pour autant, est-ce que la nomination d'un André Santini ou d'un SOlère avec un titre ronflant (et potentiellement bon pour leur image) de ministre du numérique pourrait changer quoi que ce soit à l'affaire ? On peut en douter. Un tel ministre ne serait patron d'uaucune administration, n'aurait pas de moyens propres, et jouerait donc un rôle d'activiste et d'animateur dont on peut, malheureusement, imaginer qu'il serait grandement inutile.
Le numérique avance dans l'administration, dans ses métiers. La fracture numérique, tarte çà la crème de l'analyse du sujet, ne me semble qu'être un problème d'échelle de temps (la fracture me semble plus être générationnelle : il suffit de regarder le taux de connexion des jeunes, même défavorisés). Le - très - haut débit peut être un réel accélérateur de développement d'une économie des contenus, certes.
Mais pour mener tout ça, je préférerais un ministre de l'économie sensible et acteur qu'un secrétaire d'Etat un peu pâle, qui risquerait plus d'être une auction (et un responsable identifié pour les lobbies, ce qui est pratique) qu'un moteur. Il y a certainement un problème d'identification d'un responsable unique, d'un moteur ministériel des imapcts - essentiellement économiques - du numérique. Pour autant, je ne crois pas un instant qu'un secrétaire d'Etat soit le début du commencement d'une solution.
Je m'étonne d'ailleurs que mes amis entrepreneurs de Renaissance Numérique se soient ainsi laissés embourber dans une proposition aussi facile, et relevant essentiellement du domaine de la communication. Ils ont connu les entreprises, où la mode du département à part consécré à l'internet a souvent été une manière de ne pas faire entrer la révolution numérique dans les métiers traditionnels de l'entreprise. La problématique est la même : le numérique doit irriguer de très nombreux sujets de l'Etat. Qu'il s'en saisisse, et ne laisse pas l'internet dans un domaine réservé !
Quelle sera la réponse de Nicolas Sarkozy ? Une mission ? On a eu Levy-Jouyet l'année dernière, qui ont effectué un travail remarquable (avec quelques omissions). Un secrétaire d'Etat ? Je prendrais ça comme une réponse trop facile à un enjeu complexe. Une mise en priorité de l'économie numérique me semblerait une solution intéressante, un grand discours.
A la limite, je regrette presque que Nicolas Sarkozy ne soit pas venu au Leweb3 cette année, nous annoncer sa politique sur le sujet...



Loic va rentrer de SFO, finalement il va l'avoir son poste ;)
Rédigé par: François | le 19 décembre 2007 à 15:53
La prise en compte des enjeux du net par chacun des ministères concernant les sujets qui les concernent me parait plus utiles qu'un énième secrétaire d'état dont on ne voit pas bien de quoi il sera chargé.
A mon sens il pourrait y avoir trois choix possibles :
- choix politique en nommant une commission avec des personnalités d'ouverture...
- choix symbolique en créant un secrétariat d'état dédie sans que l'on puisse envisager si les missions seront de l'ordre du réalisable (cf le maroquin de begag)
- choix de définir des orientations spécifiques à chaque ministère dans ce domaine (évidemment cela se verra moins et ne sera pas prioritaire)
Rédigé par: Marc_B | le 19 décembre 2007 à 15:54
Une petite réflexion en passant. Si les ministères concernent généralement une administration précise (verticale), ils ont bien souvent une utilité globale (horizontale). Par exemple, les finances intéressent toutes les administrations (elles ont toutes des dépenses), les transports concernent également tous les domaines (les transports facilitent ou freinent le développement économique, désenclavent des zones urbaines ou rurales), même la défense touche tous les pans de la société (surtout dans le domaine de la défense civile).
Cela dit, un ministère de l'internet n'aurait pas vraiment d'administration propre, de même que le secrétariat aux droits de l'homme.
Il serait plus utile de créer une administration interministérielle rattachée au premier ministre, comme la MILDT, qui permettent de coordonner les politiques publiques entre les différents ministères concernés.
Rédigé par: PatLeNain | le 19 décembre 2007 à 16:31
Trés bon billet.
"All is comm..."
NS s'embourbe dans la gestion de l'Etat et tombe dans la facilité dela communication même s'il mène beaucoup beaucoup de dossiers de front
Rédigé par: thierryl | le 19 décembre 2007 à 16:41
Qu'ils sont donc mignons tous ces petites entrepreneurs qui invoquent la création urgente d'une administration pour les régenter ! Et sans doute en passant une législation rien que pour eux. Et puis un cadre fiscal. Et pourquoi pas une mission de service public ?
Imagine-t-on Google demander la création d'un secrétariat d'état à internet ?
Voilà ici exposé pourquoi il ne faut guère attendre grand chose des entrepreneurs faisant le choix de rester prisonnier du carcan institutionnel français : qu'attendre d'innovant d'un entrepreneur qui craint même d'aller à Londres, Bruxelles, Munich ou Barcelone ?
Rédigé par: Gus | le 19 décembre 2007 à 17:38
Hé ! Ce ministère inutile de plus (alors qu'il prétend réduire le train de vie de l'Etat) fait tout bonnement partie du nuage de fumée de l'indien Sarkozy destiné à flouter la réalité.
Personne ne parle du projet de loi sur les OGM qui etait à l'ordre du jour du conseil des ministres de ce matin.
Encore bien joue !
Le retard à combler sur les "avancées libérales" telles que constatées outre Manche est encore important.
Et il va en sortir des conneries durant son mandat, qui seront commentées à souhait.
Rédigé par: Aetius | le 19 décembre 2007 à 18:41
on ne pourrait pas donner ça à M.Besson, qui s'occupe déjà de Prospective ? Ca lui étofferait un peu ses missions (on ne l'entend pas beaucoup...), et ça serait cohérent - la projection vers l'avenir passe par le numérique, voila au moins une certitude.
Et puis ça éviterait effectivement de recréer une petite administration...
Rédigé par: mateoj | le 20 décembre 2007 à 12:40
Je ne peux m'empecher de me demander s'il ne s'agit pas d'une initiative visant a controler (ou du moins, tenter de controler) internet; souvenez vous, il y a quelques semaines a peine, le patron de la fnac et grand courtisan denoncait la toile. Entre l'industrie du disque et celle du film qui ne cessent de couvrir leurs erreurs strategiques en blamant internet et la difficulte de controler les jounaux independants en ligne et les blogs, cela me semble etre la prochaine etape logique de ce gouvernement...
Rédigé par: Abroad | le 20 décembre 2007 à 14:01
@Abroad
Controler qui ou quoi ?
NS a des conseillers bien plus avisé que cela et qui connaissent bien Internet.
Rien ne dit que le rapport Olivennes et cette nomination ne soit qu'une réponse de de cimmunicant à la pression d'un lobby ma foi assez puissant.
On a constitué un ministère de la culture qui nourrit avec de l'argent public des intérêts privés. Ce monde relativement fermé n'est pas soumis à la loi du marché et entend continuer à ne pas rester l'être, Internet ou pas.
Les magazines, l'édition, le cinéma, le théatre, etc. sont sous perfusion institutionnelle.
Peut être que le mieux à faire pour un gouvernement est de ne vexer personne et justement d'attendre qu'Internet fasse le ménage en donnant des faux gages aux lobbies culturels.
Les blogs et les journaux en ligne sont incontrôlables de toute façon (à moins d'une prise de conscience mondiale sur le traitement de l'anonymat en réseau) car le cadre national est très largement dépassé. C'est un autre problème : un problème d'éducation qui est de former des gens capable d'esprit critique et de sélectivité dans un nouveau monde surinformaé et propice aux nouvelles comme aux anciennes rumeurs.
C'est à chacun d'exercer une distance par rapport à ce qu'il lit sur les blogs et journaux en ligne. Et surtout d'exercer double et triple méfiance quand les articles ou billets ne sont pas signés ou sous pseudos anonymes.
Rédigé par: thierryl | le 20 décembre 2007 à 22:57
J'y vois plus un jeune, moderne pour gesticulations et bruits de bouche. Pourquoi pas versac secrétaire d'Etat ? Sarkozy en est capable...
Rédigé par: AKA | le 22 décembre 2007 à 20:34
On a bien une administration en charge des transports
pourtant les transports sont partout
On a aussi une administration qui regule les telecoms, alors que le téléphone ça sert aussi bien au budget qu'à la défense et à l'agriculture
Le raisonnement de cette note est séduisant mais il oublie le principal
En effet l'économie du net peut être très bien pilotée via un ministre du budget éclairé
Mais le net va bien au dela. tout comme l'automobile ou le téléphone il modifie profondément la société et devient un objectif stratégique à une échelle internationale
Sans un outil politique clair, la France ne peut pas se positionner comme il se doit dans ce nouveau territoire. Or il y a beaucoup à faire: Identité numérique, controle des flux virtuels, reglementation des moteurs de recherche...
Le dernier épisode concernant la loi Chatel montre à quel point le net est déconsidéré et passe comme variable d'ajustement dans le cadre de négociations avec des acteurs peu présents sur la toile
http://danielbroche.typepad.com/daniel_broche/2007/12/ecommerce-loi-c.html
Rédigé par: Daniel | le 26 décembre 2007 à 12:28