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23 juillet 2007

le web révélateur de communautés

Vous voyez, il se passe sur internet des mouvements qui ne transparaissent pas un instant dans les media, restent et resteront longtemps cachés. Les « blogostars », aujourd’hui, ne sont pas Loïc Le Meur, Laurent Gloaguen (ou moi-même, allez), nous ne sommes que des bulles d’écume qui satisfont un système médiatique avide de comprendre ce qui se passe dans ce web social, sans avoir forcément le temps d’aller creuser ce qui se passe en dessous.

Les blogostars, celles qui obtiennent une reconnaissance de pairs nombreux, se font alpager dans la rue, leur blog ou leur page myspace leur ayant servi de démultiplicateur de réputation, ce sont des illustres inconnus du grand public et de la sphère médiatique. Effet longue traine : il existe de multiples communautés, dans ces réseaux sociaux, qui entretiennent des hiérarchies et organisations complexes, invisibles de tous, au sein desquelles émergent des stars flash, en quelques mois.

L’exemple de tecktonik est fascinant. Vous n’en avez pas encore entendu parler ? Faites un tour en boîte cet été, vous allez comprendre.

Au départ, des soirées au metropolis (8000 personnes, au dessus de l’autoroute, Rungis) pour jeunes de banlieues. La naissance d’un style de danse lancé par quelques personnes ; une pratique plutôt de jeune blanc, sur de la musique electro, qui dérive vaguement de plusieurs influences. Tandis que les foules de clubbers chics et musicos de talent de la capitale investissent myspace, les tecktoniks, eux, ont basiquement opté pour les skyblogs, l’espace sur lequel ils sont déjà. De petit truc qui se pratique à quelques uns, la chose devient phénomène, se scinde en écoles, et dérive. On a déjà plusieurs tendances, plusieurs lieux phares, des stars identifiées, le tout en quelques mois.

A quoi sert internet dans le phénomène, alors ? A tout, il est essentiel. C’est le moteur de la reconnaissance, l’animateur de la communauté. Capture pourrie au téléphone portable de danseurs au Mix club, son vaseux, et suivi des figures (avec les bras, principalement) de ces jeunes gens (majorité de garçons, un peu de filles) relativement approximatif n’y font rien : tout le monde s’esbaudit devant la prouesse, on hurle, on se congratule autant en ligne qu’hors ligne. Chacun poste des vidéos depuis chez lui, où il fait la preuve de son style particulier : le concours n’est pas que le samedi soir sur la piste, mais permanent en ligne.

Sur le blog central, dancegeneration, on retrouve ce langage très youtube : on se filme, au moyen d’une webcam, dans la maison familiale, sur le toit de l’immeuble, en train de danser. Plusieurs dizaines de vidéos, performances individuelles chez soi, poursuite de la logique de concours et de défis individuels (les battle). Des teams émergent, des lieux de répétition. Tout est filmé et retransmis. Des clips plus structurés aussi, débuts d'avatars médiatiques, de syumboles de la structuration du mouvement.

  La tecktonik aurait-elle pu exister sans skyblog et youtube ? Oui, sans aucun doute. Mais elle n’aurait certainement pas eu la même vie et le même succès fulgurant. Ces outils jouent un rôle d’animation et d’extension de la communauté. Partant d’une boîte de nuit, la tecktonik s’étend très rapidement, parce qu’elle dispose d’une existence virtuelle. On prolonge l’usage en étant branché sur le phénomène depuis chez soi. On se filme avec sa webcam. On note et on partage des coms sur les innombrables skyblogs liés au phénomène. En surfant, par liens de pair à pari, on tombe vite sur ces vidéos des stars du mouvement (certaines compte plusieurs centaines de milliers de vues, des centaines en comptent des milliers).

Bref, on socialise, new style, comme le font les ados d’aujourd’hui, et, ce faisant, on donne une ampleur au phénomène qui n’a plus rien à voir avec un petit truc de quelques clubbers banlieusards, mais s'est étendu entre mai et juin comme un phénomène majeur, au delà même de la banlieue parisienne.

C’est d’ailleurs, d’un certain point de vue, la revanche de la banlieue sur le parisien chic. Les stars du mouvement mettent des 92 ou des 91430 dans leur pseudo sur leur compte youtube ou skyblog. La revanche du skyblog sur les myspace. On était au metropolis, on gagne le Mix, puis le redlight. Bientôt, ce sera le paris paris, qui, pour ne pas paraître ridicule, organisera ses soirées également ou réservera un petit espace à ces battle de fous de tecktronik ou Milkyway.

Depuis peu, le mouvement est presque devenu mainstream : une compil est sortie, des articles dans les journaux. Les media et producteurs récupèrent un mouvement qui est né de cet univers. Mais le mouvement, très collectif, très disséminé, ne dépend pas des media et des producteurs. Il est partout, chez soi et dans les boîtes. On n'est pas dans un cas à la Kamini, de récupération d'une individualité, mais de tentative de raccrochage à un mouvement issu de la masse.

Bref, fascinant. Révélateur. Extensible à d'autres domaines. Pour vous y perdre (pour commencer) :
Dance generation, Dance-concours, Ristourne, ou le team smdb, qui sont les stars, mais aussi . En fouillant un peu, on en trouve dans presque toutes les villes de France.

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Voici les sites qui parlent de le web révélateur de communautés :

» Les vacances de PeeWee de TVnomics Reborn (vol.3)
so fresh so glam so tecktonikenvoyé par soussou387Et si voulez vous pas être idiot quand vous croiserez des moins de 25 ans cet été, lisez ceciEMI a fait un campagne sur Dailymotion relative à la tecktonikUPDATE : Versac théorise tecktonik et Internet... [Lire la suite]

Commentaires

SMDB : le top !

Et mention spéciale pour Spoke (prononcez Spokee) qui est le S de SMDB, là où le M est Maestro. La tektonik fait fureur depuis au moins 1 an (à mon avis 2) chez nos ados.

Pour Spoke, je vous conseille sur Daily celui où il danse dans un gymnase avec un sweat shirt rayé, Fred Astaire au vestiaire (allez donc voir son petit entraînement tranquille, et dites moi s'il n'y a que les bras, sans parler d'un moonwalk époustouflant). Mon "12 ans" est sur la "choré" depuis 3 mois, et ça finit par "rentrer", comme on rentre une figure au skate. Spoke est de Colombes, et vient du hip-hop quand il était minot. La tektonik est quand même une super dance, et c'est une vieille chose de 44 piges qui vous le dit.

Note très pertinente. Cette pratique culturelle montre que les adolescents ont totalement intégré les nouvelles technologies dans leur pratique de la communication.
C'est une véritable sous-culture qui n'a rien de virtuelle, mais qui s'exprime en partie grâce à des outils "en ligne". De quoi continuer à relativiser l'opposition virtuel-réel !

grand rassemblement tecktonik à Bastille lors de l'arrivé de la Gay Pride (et gros flop pour David Guetta)

Analyse très intéressante!
Mais au fond, si le hip hop a pu s'imposer sans ces moyens de communications, il aurait très bien pu en être de même avec la teckto, non?

Dans le même genre une étude a souligné aux états-unis comment facebook rassemblait plutôt des jeunes aisés et myspace des CSP moins élevées. Sur internet comme partout ailleurs, on se regroupe, on s'associe. Sur internet comme ailleurs il n'y a pas d'uniformité mais des multiples groupes changeants et c'est toute la richesse du web!

On dirait que malgré les égarements du tour de France (cf Rasmussen le poulet qui vole en CL...) le week-end a inspiré Versac: Billet excellentissime!
Ou comment comprendre que le web sert de révélateur au pluralisme des transformations sociales insoupconnées: derrière tecktonik, combien de tribus invisibles plus ou moins nombreuses, structurées, homogènes autour de thèmes et de pratiques qui ne se limitent pas à la musique? Internet agit comme un projecteur sur des mouvements qui certes existaient auparavant mais n'avaient pas la fluidité ni la réactivité actuelle. Bref, il libère et multiplie (fragmente, diront les rabats-joie) les capacités de création du lien social au delá des parcours institutionalisées et centralisateurs (école, entreprise mais aussi médias traditionnels).

Il me semble que c'est ce genre de phénomène qui prouve la pertinence des analyses d'un Bruno Latour et de l'Actor Network Theory.
A contrario, certaines analyses néo-marxistes (cf. Adam Arvidsson par exemple) y voient aussi la supercherie la plus aboutie du capitalisme: fournir aux consommateurs les outils afin qu'ils créent eux-mêmes, gratuitement, l'expérience de consommation pour laquelle ils paieront tôt ou tard; un blog par exemple ou la récupération par les médias, les clubs de tecktonik.
Une double exploitation de la plus value:)

mateo : i love spoke, qui remixe une variété de styles assez ahurissante. Le parcours de ses vidéos est impressionnant.

TVnomics : lors de la gay pride, j'ai recensé pas moins de 40 vidéos de tecktonics (et alii) sur les sites de partage de vidéo. qualités pourries, mais vraie réalité.

Bastien (jayyy) : mon propos n'est pas de dire que la chose aurait émergé ou pas avec ou sans l'internet. Mais que ces plate-formes font entièrement partie du mouvement, et modifient la manière dont il vit.

banquise tropicale : oui, Daniah Boyrd notamment avait fait une sorte de typologie des réseaux sociaux selon les clientèles centrales. En France, Facebook est très académique (écoles de commerce, d'ingénieur, scpo...), myspace est très lié au monde de la musique, skyblog touche les adolescents de tous niveaux.

Les grands esprits se rencontrent ;-) la semaine dernière j'étais aux halles et j'ai été assez surprise par tous ces jeunes qui bougeaient les bras dans tous les sens...Je demande à un ami plus jeune que moi : c'est quoi ce nouveau mouvement ? Et là il m'a raconté l'hisotire du metropolis etc...Très marrant je trouve comme phénomène ; un mix entre la difficulté du skate et le délire de tous les jours ...en tous cas ces jeunes ont l'air assez frais, pas d...cé comme les précédents adeptes du mouvement techno et plutôt bons enfants !

Géniale cette note, bravo!
Moi qui me suis moqué des danseurs de "tektoniks" en boite, je commence à apprécié car je suis bleuffé par certain. C'est une nouvelle danse.
Ce que je trouve dommage c'est que la tecktonik est vraiment trop personelle, voir narcissique. Ce qui en boite casse un peu le lien sociale !
Alors oui c'est vrai que le lien social se fait ensuite sur internet. Tout cela vient au fond d'un besoin de reconnaisance.

Leur manque-t-il quelque chose ?

Au pire, les revenus de la publicité et du sponsoring. Ainsi que, peut-être, l'impossibilité de qualifier telle activité d'artistique et de tirer profit des dispositifs institutionnels (budgets culturels, statut des artistes, etc.)

Je suppose que ce ne sont pas eux qui y perdent le plus.

Pour les spécialistes, quelle différence existe-t-il entre ce phénomène et une forme de hip-hop blanc ?

ET BIEN MERCI BEAUCOUP à l'auteur de cet article pour avoir cité mon nom à la fin ;)

(Moi c'est Ristourne , je réalise des clips de danse electro destiné à youtube)

une petite precision : on dit plutot danse electro que tecktonik, tecktonik est une marque déposée , marque de soirée qui n'a rien a voir avec la danse mais à laquelle on a amalgamé ce mouvement , et c'est une erreur donc : PAS TECKTONIK MAIS ELECTRO svp

"la danse qui manquait à la musique electro"


*
**Ristourne

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