Il y a deux ans, les français disent non au traité instituant une constitution pour l'Europe. On enrte dans le drame, et, à vrai dire, on n'arrive pas à donner un sens précis à ce non, à savoir ce qu'exactement les français ont refusé. Seule certitude : ils ont refusé, de manière bien massive et claire, ce truc qu'on leur présentait. Dans le corbeille, des mélanges entre un refus de la constitution en soi (minoritaire, si l'on en croit les diverses études d'opinion), une peur de cette Europe qui serait une sorte de cheval de Troie de la mondialisation libérale, des institutions imparfaites, pas assez démocratiques (fondement de la logique de la contestation d'E. Chouard, notamment), et une foule de sujets divers, qui relèvent souvent du symptôme sur l'image de l'Europ : "services publics", libre concurrence, et grande peur dans l'adaptation du "modèle français" face à la pression du monde extérieur (peur du déclassement, mais aussi du coût de l'adaptation, etc...).
Ce non m'est donc toujours apparu comme une cristallisation, sur un élément imparfait, complexe, un peu batard (mi constitution, mi traité) des angoisses collectives de la France, ce refus de la menace que représenterait la mondialisation. Bref.
Nous voilà deux ans plus tard. Et qu'a-t-on obtenu samedi matin ?
A peu près la même chose que ce les Français ont refusé il y a deux ans. La cohérence et les progrès identitaires (le nom constitution, les symboles) en moins. On garde l'essentiel des avancées institutionnelles, ce qui est un vrai plus, et qui constituait l'essentiel du texte. On perd la cohérence de l'unification de tous les textes en un seul, on perd le symbole de l'idée de constitution, mais on a de ce point de vue une certaine cohérence, le véhicule d'un "traité constitutionnel" étant un peu bizarre.
On a beaucoup dit que "les nonistes" (comme s'ils formaient un groupe homogène) refusaient la "partie 3". Ils l'ont toujours, sous la forme de l'empilement des traités initiaux. On s'est juste contenté de ne pas la mettre en valeur et d'éviter une mise en cohérence plus profonde des textes. Et de faire dans le trop symbolique, tout en laissant ça et là quelques concessions au Royaume-Uni et à la Pologne.
Bref. Il fallait tout le culot de Nicolas Sarkozy pour proposer aux Français ce truc très étonnant : leur dire, implicitement, que ça suffisait, les conneries de 2005, que maintenant, il fallait avancer, et qu'on allait tout simplement revenir, sans vraiment le dire comme ça, sur leur décision. Et il l'a fait.
Le résultat est ce truc relativement peu satisfaisant, puisque les différences avec le traité constitutionnel et ce qu'on a obtenu sont des éléments qui, justement, faisaient majorité chez les Français (le principe d'une constitution, les symboles, etc...) ou bien qui étaient de l'ordre d'un beau nettoyage des textes européens. La simple suppression de la référence à la concurrence libre et non faussée dans les objectifs est bien piteuse.
Aurait-on pu faire autrement ? Sans doute, mais il eût fallu beaucoup de courage, et la volonté de reprendre le fil avec une autre ambition, remettre à plat un processus constitutionnel différent, ou jouer d'un noyau d'Etats déterminés, dont la France, à laquelle aucun Etat ne semblait réellement prêt.
Le réalisme a primé. Les Français semblent accepter, dans un mode un peu fataliste, mais surtout dans un arbitrage. Leur angoisse de la mondialisation, ils l'ont finalement réglée avec un président qui dit qu'il va protéger, ne pas se laisser faire face à la vilaine mondialisation, et qui a largement utilisé l'Europe comme un vilain bouc émissaire habituel (oh la vilaine BCE, et non non non, on ne va pas laisser les libéralisations à outrances s'imposer).
Retour à la case départ. Avec petite avancée. On n'a pas franchi d'étape symbolique, mais une fonctionnelle. Fin du mythe des "institutions bloquées" (alors que ça ne marchait pas si mal, finalement, depuis deux ans). Allez, il n'y a plus qu'à lancer des projets, maintenant, plus rien de ne nous en empêche.

Le réalisme a primé. C'est nouveau en France. La vitesse, aussi. On peut dire aussi qu'un style de leadership assez inattendu a bousculé la lenteur institutionnelle à laquelle "on" nous a habitués. A surveiller: la presse étrangère cette semaine. Particulièrement ango-saxonne.
Je suis convaincu qu'à la question "le référendum était-il une connerie?", la réponse majoritaire serait Oui.
Le couple Merkel-Sarkozy est un fait nouveau en Europe. Activisme et sens du compromis. A suivre.
Rédigé par : Charles' | 24 juin 2007 à 18:59
"Les Français semblent accepter"
Avant d'écrire une énormité pareille, encore faudrait-il que le compromis auquel sont arrivés les chefs d'Etat soit diffusé largement, que les français en prenne connaissance et qu'ils dse fassent une opinion en soupesant en quoi ce qui est proposé pour 2009 est différent du TCE qu'ils ont rejeté.
Pour le reste, j'attends pour ma part de lire le compromis et d'éventuels commentaires (Chourad aura certainement son mot à dire) pour me pronocer sur ce qui apparaît pour l'instant comme de la gesticulation à caractère médiatique de la part du président français.
A qui veut-il faire croire que personne n'a rien fait depuis 2 ans pour trouver une solution pour continuer ensemble ?
A qui veut-il faire croire que les français resteront bras ballants face à l'adoption par voie parlementaire d'un texte proche de celui qu'ils ont refusé deux ou trois ans plus tôt ?
L'utilisation politicienne de l'Europe continue !
Rédigé par : YR | 24 juin 2007 à 19:12
Ce bidule ne sera pas appliqué à moins que Sarkozy fasse 5 quiquennats.
Sarko ne voulait pas repartir bredouille. A part ça, le problème c'est que la commission européenne et ses commissaires continueront à négocier en douce la marchandisation de tous les services (santé, éducation) et des ressources (où comment faire de l'eau potable , oui l'H2O, une ressource aussi chère et rare que le pétrole)...
Rédigé par : pas perdus | 24 juin 2007 à 19:30
Je pense la même chose que YR ,j'attends de lire pour avoir un avis définitif
Et pour l'avoir exprimé sur mon blog je me suis fait traiter de conspirationniste par debat2007.org où Versac écrit. Ce n'était pas de sa plume, je vous rassure.
Pour l'instant on n'a vu que des images, entendu parler de morts qui votent, de consensus.. mais aucun détail, si ce n'est que certaines infos ont été commentées par les journaux. Mais on est loin du détail...
Rédigé par : Dagrouik | 24 juin 2007 à 19:32
Je rejoins ce qui s'est dit plus haut : pour le moment l'accord est encore assez opaque; il semblerait qu'il parvienne même l'exploit de l'être plus que le TCE...
Une cause à mon avis importante de l'échec du référendum était un vote sanction à l'encontre de Chirac : il avait refusé d'entendre le message des électeurs suite aux déroutes de la droite en 2004. Ce n'est qu'après cet échec au référendum qu'il a fait sauter son fusible Raffarin...
Rédigé par : Sébastien G | 24 juin 2007 à 19:49
Sarko, Merkel ET Blair avaient besoin de ne pas repartir bredouilles.
Quand à savoir sur quel texte se prononcera la Parlement, on est encore loin de le savoir.
Rédigé par : Gus | 24 juin 2007 à 20:16
Cela fait bien longtemps que la classe politique méprise le peuple, cette masse informe supposée être tout juste bonne à se plaindre et à freiner les grands desseins d'une élite si visionnaire...
Rédigé par : phiconvers | 24 juin 2007 à 21:18
comme vous le dites, les nonistes n'etaient pas homogenes. si le résultat actuel avait été proposé à referendum, je crois que le resultat eut été différent.
Rédigé par : mowglii | 24 juin 2007 à 21:34
Disons simplement que l'Europe a été considéré par les électeurs de Nicolas Sarkozy comme un sujet secondaire. Certes, en votant pour lui ils savaient qu'ils auraient droit au mini traité sans référendum, mais ils savaient aussi qu'il y aurait le ministère de l'Immigration et de l'IN, le service minimum en cas de grève, le "travailler plus", et toutes les bricoles qui étaient inclues dans le paquet cadeau.
Rédigé par : Eric | 24 juin 2007 à 22:28
Reste encore à ratifier ce traité... En france, certains jugent nécessaire une révision de la Constitution, ce qui nécessitera d'avoir la majo des 3/5 au Congrès, Sarko n'a pas cette majorité... sans doute, devra-t-il compter avec les socialos...
Et à ce propos, est-ce que le PS aura une attitude commune sur ce sujet ? That is the question...
Rédigé par : Tefy | 24 juin 2007 à 23:34
Le grand vainqueur de cette séquence est ... Laurent F. En effet, ce traité me paraît reprendre son idée de faire passer le traité sans la partie 3. Il a appelé ça le plan B. Voilà, il a été entendu.
Rédigé par : Proteos | 25 juin 2007 à 00:07
Il faudra aussi souhaiter bien du courage au prochain chef d'état français qui aura à se servir du référendum pour une question concernant l'Europe.
Puisque les français n'auront pas été consultés sur ce traité simplifié, et, peut être sur d'autres sujets à venir, on peut déjà estimer que, pour le référendum suivant, le 'non' est déjà en tête.
Encore une fois, c'est reculer pour mieux
sauterse casser la gueule.Rédigé par : Oaz | 25 juin 2007 à 00:11
D'ici à ce que la question de l'éventuelle ratification de ce mini-traité se pose, c'est à dire au bas mot 6 mois, Sarkozy a bien le temps d'avoir perdu la capacité de le faire avaler à sa majorité.
Ne pouvant prétexter l'existence de quelque opposition que ce soit pour temporiser dans la mise en oeuvre de son programme, il sera jugé sur résultats dès septembre.
Après tout, il ne fait que suivre la stratégie des "100 jours" de Villepin.
Rédigé par : Gus | 25 juin 2007 à 06:36
En bref, on garde le fond et on perd la forme (qui n'est pas négligeable ici). Le résultat fut obtenu car on a négocié avec nos partenaires pour obtenir un compromis.
Je ne vois pas de problème, c'est parfait. Rien à dire, Monsieur le Président. Si vous gérez les dossiers Retraites, Reforme de l'Etat, Environnement et Code du Travail de la même façon, je change d'avis et vote NS en 2012.
Rédigé par : Pierre | 25 juin 2007 à 10:35
Pour moi le vote de 2005, plus qu'un vote "non" était un vote "merde". Une occasion à la "France d'en-bas" de dire qu'elle ne se reconnaissait pas du tout dans Raffarin ou Hollande. Malgré les rationalisations incohérentes avec les faits des Dupont-Aignan ou des Mélenchon, aucune _idée_ politique (souverainisme, antilibéralisme,...) n'émergeait comme un nouveau pôle fidélisant un électorat après le scrutin.
Je vois que les nantis (dont je suis) savent rappeler sèchement aux petites gens qu'il ne faut pas les embêter quand il s'agit des choses sérieuses. Je suis persuadé que ça va très bien marcher, parce que ça a toujours très bien marché. Individuellement, j'en ressors encore plus cynique ; collectivement c'est un absolu non-événement.
Rédigé par : Jean-Jacques P. | 25 juin 2007 à 10:39
"Allez, il n'y a plus qu'à lancer des projets, maintenant, plus rien de ne nous en empêche."> n'exagérons pas... le vote a la double majorité n'est que pour 2014... 7 ans ! Une éternité pour l'Europe (il y a 7+1 ans on lançait l'euro, qui pense encore qu'en 1999 on avait des francs dans le porte monnaie ?)
Rédigé par : Vonric | 25 juin 2007 à 12:47
Vonric : oui, les délais sont éternels. Ceci-dit, je pense qu'on peut tabler sur une relative discipline des Etats-membres, avant la double majorité, comme ça a été le cas ces deux dernières années.
Grosso modo, ma dernière phrase voulait plus dire : on n'a plus l'excuse du blocage institutionnel pour ne pas lancer des projets d'intégration plus forts. Alors, au boulot, maintenant ! C'est plus là-dessus que je jugerai l'équipe en place...
Rédigé par : versac | 25 juin 2007 à 14:27
NS est rentré félicité pour avoir umposé son idée de mini-traité.
En première analyse, il y a de quoi être impressionné. Même pas deux mois après avoir été élu, il réussit à convertir toutes les nations européennes à sa position. De quoi pavoiser quand à sa capacité à prendre le leadership en Europe.
En réalité, le bilan est très décevant:
- la disparition de la règle de décision à l'unanimité est reporté à 2014... une paille.
- l'angleterre est dans un régime d'exemption surnuméraires sur les domaines d'application concernés
- des symboles importants comme le drapeau européen sont effacés
- la partie III sensée simplifier le traité a disparu, conservant la complexité illisible antérieure
Espérons que la présidence Sarkozy saura faire mieux que trahir les réformes nécessaires pour le futur au profit d'une communication interne démagogique qui sert ses intérêts.
Certains diront qu'on était dans un blocage et que c'est déjà pas mal.
Je ne suis pas convaincu qu'i y ait de quoi être si fier. Si tout est bloqué jusqu'à 2014, ça fait quand même 7 ans de perdus
Rédigé par : hugome | 25 juin 2007 à 22:49