Législatives dans le 15ème arrondissement
Revenons (avant d'élargir une autre fois sur le calendrier électoral et les modes de scrutins) un instant sur les résultats de mon arrondissement, asez emblématiques de cette élection.
J'analyserai surtout le cas de la 12ème, qui m'est plus familière (j'y habite depuis sept ans, y ai participé à des conseils de quartier et m'y suis présenté en 2002). J'y bataille aussi pour avoir (en vain) une place en crèche pour mes filles, mais ça semble impossible.
Dans le 12ème circonscription, qui correspond grosso modo à la moitié nord du 15ème (faut-il le rappeler, le plus peuplé de Paris, autant d'habitants que Bordeaux, sociologie plutôt aisée, vote à droite traditionnel...), nous avons les résultats suivants (cliquez l'image pour la voir en grand):
Le score du successeur d'Edouard balladur est sans appel. Il sera élu au second tour. Mais au-delà de ça, on peut noter des différences par rapport à 2002, qui sont asez intéressantes.
Voici les résultats de 2002 (j'étais cinquième - oui, derrière Bernard Menez - à 1,73%) :
Contexte
Une division des forces de gauche et de droite.
En 2002, c'était "garde à vous-fixe, pas une tête qui dépasse". A droite, Balladur, à gauche, Hidalgo, et une myriade de micro-partis derrière, dont aucun qui ne correspondait vraiment à une tendance forte (pas de verts, pas d'UDF, pas de PRG, pas de dissident à droite, etc...). En 2007, arrivé dispersée des "partis de gouvernement" : UMP-PS-Modem-verts. Et une dissidence à droite, dans la mouvance tibériste (Cécile Renson).
Stabilité du nombre de suffrages exprimés.
En cinq ans, on est passé de 31.209 inscrits à 67.807. Progression assez notable. Le taux de participation en baisse (de 72% à 64,85%) fait que le ombre de suffrages exprimés est globalement stable : seulement 300 voix de moins dans la corbeille. C'est pratique, ça permet des comparaisons entre les deux années.
Résultats
La division empêche Ph. Goujon de passer au premier tour.
La lecture est assez directe : Balladur passe avec 54% en 2002, ce qui est le total des voix de Ph. Goujon + Cécile Renson. La division est fatale au passage au premier tour. La correction est rude pour la dissidente : on ne badine pas avec l'étiquette, plus de ça chez nous. Le mouvement est globalement assez général, d'ailleurs, sur les candidatures dissidentes.
Le modem prend des voix à gauche comme chez les insatisfaits.
Le Ps passe de 30% à 21%, tandis que la candidate de l'UDF-Modem, qui fait partie de la majorité municipale, prend 13%. On peut donc imaginer que la candidature Modem a travaillé sur l'électorat socialiste comme sur les indécis qui s'étaient reportés sur des candidatures de signal en 2002 (Bernard Menez, moi-même, ...).
Le FN est mort.
Le score de Martin, candidat en 2002, était déjà faible (5,91%), comme traditionnellement dans Paris, et particulièrement dans le centre et l'ouest parisiens. Cette année, il touche le fond (2,52%, divisé par deux), sans qu'aucune force alternative de contestation ne vienne la contester. On peut se demander où sont allés les électeurs du FN : la perspective de la fin de carrière de Jean-Marie Le Pen joue-t-elle sur la motivation des électeurs ? Se sont-ils abstenus ? Je les vois mal voter Goujon. Report vers l'abstention plus possible.
Les petits sont assommés
C'était déjà le cas en 2002, où 18 candidats se partageaient 16% des suffrages. Cette fois-ci, les candidats de partis de gouvernement étant globalement assez présents (UMP, PS, UDF, Modem, Verts, PCF), les candidats fantaisie-témoignage-protestation n'arrivent pas à dépaser les 10%.
Au passage, je souligne l'impossibilité de créer, ex nihilo, en France, un parti politique. La start-up est une chose qui n'existe pas, compte-tenu des règles de financement des partis politiques, qui introduit un avantage majeur aux acteurs existants (l'argent). Le score d'Edouard Fillias, président d'Alternative Libérale (221 voix) en témoigne : comment naître en politique sans être capable de lever des fonds ?
Dans la 13ème
La 13ème est cocasse : le maire du XVème, M. René Galy-Dejean, à peine 75 ans au compteur, tout juste maire du XVème depuis une bonne vingtaine d'années et députés depuis seize ans, n'a pas accepté le parachutage de l'ancien ministre des sports, Jean-François Lamour. Il s'est représenté. S'est pris une claque. L'ambiance va être bonne, rue Péclet, dans les semaines à venir.
On y retrouve un paysage légèrement différent :
René Galy-Dejean, qui, au passage, prouve par l'exemple qu'il n'avait pas construit, en plus de vingt ans de présence dans l'arrondissement, une présence solide et le noyautage que certains barons arrivent à effectuer, René, donc, réussit mieux que Me Renson au nord : 11,4%. A noter la présence de Dominique Baud, qui se réclamait de "LA majorité présidentielle", et recueille 3%. A eux trois, ils font moins bien que René Galy-Dejean tout seul en 2002, qui avait obtenu 53,26%.
Anne Hidalgo fait à peine un point de plus que Gilles Alayrac, le candidat MRG de 2002. Le Modem va donc piocher un peu dans les voix de droite, et surtout ailleurs, manifestement, sans qu'on n'arrive vraiment à savoir où. Les petits, ici encore, ont disparu, si tant est qu'ils avaient existé il y a cinq ans.
Enfin, satisfaction toute personnelle : Bernard Menez se prend une raclée. Il passe sous le millier de voix qu'il avait dépassé en 2002, en opbtenant à peine 367 voix. Quand on voit son programme (poncifs du genre travailler plus pour gagner plus baisser les charges ou préparer l'avenir de nos enfants), il n'est pas malheureux que son exil au 15ème sud se soit ainsi traduit par une petite claque.
Bref
Une élection peu palpitante. Deux deuxièmes tours sans suspense à prévoir, là où aucun n'avait eu lieu en 2002.
Le principal bilan qu'on peut retenir de tout ça, c'est bien que l'étiquette UMP pourrait suffire à vous faire élire ou pas dans de nombreux cas : enlevez-là à René Galy-Dejean, il se dégonfle de quarante points (je n'ose penser que l'UMP aurait pu l'oter à des gens comme Didier Julia ou Jacques Myard...).
Finalement, si je ne sais pas s'il existe ou pas un "peuple de gauche", j'ai vu un "peuple de droite". Il vote comme un seul homme dès qu'il voit un logo, et se méfie fortement des contrefaçons.
EDIT :
Quand je lis chez ces militants :
En faisant reculer le score de l’UMP de dix points par rapport aux élections de 2002, Anne Hidalgo et Claude Dargent, ainsi que leurs suppléants Gilles Alayrac et Catherine Chalom initient une dynamique prometteuse pour dimanche prochain.
Je me dis que je fais bien de ne pas être militant. Quiconque aura donc regardé un peu les chiffres trente secondes aura compris que le PS, pour faire reculer un tant soit peu l'UMP (dix points ?), aurait eu besoin de réaliser un score nettement supérieur à 2002. Ce n'est pas le cas, et de loin (il ped même des voix, au total du 15ème). Il vaut mieux dire merci Modem+dissidents...
Mais non, un parti, ça ne dit pas merci...







Avez-vous fait un billet sur les crèches ?
Quand nous serons fatigués de nos concepts qui cachent si mal notre désarroi collectif, nous pourrons peut-être nous mettre à créer des crèches.
Rédigé par: olivier | 11 juin 2007 at 16:42
Bonne analyse sur un arrondissement que je connais bien aussi...
Rédigé par: Papito | 11 juin 2007 at 17:02
E. de Fresquet "la candidate de l'UDF-Modem, qui fait partie de la majorité municipale" : ? tu crois ?
Rédigé par: FrédéricLN | 11 juin 2007 at 17:28
"on est passé de 31.209 inscrits à 67.807"
Coquille, je présume? 37807, non?
Rédigé par: NicoR | 11 juin 2007 at 18:12
Un point me déconcerte dans cette très passionnante analyse : pourquoi les électeurs du Front National ne se seraient-ils pas reportés sur Philippe Goujon ? Tu trouves qu'il fait hippie, ou métèque ?
Rédigé par: pikachu | 11 juin 2007 at 18:12
Une petite coquille sur votre 2e graphique : Ellert était MRC en 2002, pas PC.
Le calcul dans la 12e d'une partie des électeurs ayant certainement été de privilégier le Modem dans une circonscription très conservatrice pour tenter un duel Modem/UMP.
Dans la 13e, au contraire, la présence de Galy-Dejean comme dissident laissait espérer une triangulaire et a donc mobilisé les électeurs de gauche en faveur d'Anne Hidalgo.
Ce par quoi j'explique la différence sur les transferts PS/Modem entre les deux circonscriptions.
Subsidiairement, celà laisse à penser qu'il y a suffisamment d'électeurs suffisamment informés et politisés pour que ce genre de calculs complexes soit sensible au niveau électoral.
Rédigé par: Scif | 11 juin 2007 at 22:43
Très intéressante analyse! J'ignorais, au passage, que bernard ménez était à nouveau candidat... Sur votre remarque au sujet de la discipline du "peuple de droite", je pense en revanche qu'elle est surtout due au syndrôme "vote utile" et à l'appel d'air en faveur de sarkozy... Les dissidences aux municipales peuvent parfois réussir.
Rédigé par: le chafouin | 12 juin 2007 at 11:45
Effectivement un commentaire très intéressant, qui me donne envie d'en faire autant sur ma circonscription (la 1ère) où Martine Billard (qui est vraiment haïssable) aura ma voix au second tour pour renforcer le PS parisien en espérant que cela renforcera par ricochet Delanoë au sein de la gauche de façon à permettre d'éviter que le PS ne soit dominé par la Royal : calcul tordu pour un électeur de droite, mais qui ne peut pas vouloir que la France soit un jour présidé par Ségolène... et pour qui au contraire Delanoë paraît être plus solide pour assurer une vraie modernisation du PS, modernisation de l'ordre de celle qui est souhaitée dans le Monde de samedi-dimanche par Zaïdi et Grundberg.
Rédigé par: sictransit | 12 juin 2007 at 12:18
pikachu : les sondages sortie des urnes indiquent globalement un refuge important de l'électorat FN vers l'abstention. Ceci-dit, on peut imaginer que quelques uns auront voté Goujon, en effet.
Scif : oui, coquille en effet, j'ai du mal à suivre l'évolution de Joëlle Ellert, entre la gauche antilibérale et le chevénementisme.
Analyse intéressante, des mobilisations d'électorats. On peut aussi imaginer quand même que, dans la 12ème, une partie de l'électorat PS se soit déporté sur le Modem, le score global de la droite n'évoluant pas.
chafouin : Menez était peut-être candidat pour la dernière fois. Sa campagne très active en 2002, soutenue par une petite équipe très active, n'avait pas généré un succès fantastique. Le tremplin pour les élections locales n'a pas fonctionné...
Rédigé par: versac | 12 juin 2007 at 12:34
Je suis pas de Paris mais ça m'intéresse ... C'est dommage de pas avoir ne serait-ce que les sigles des partis politiques ...
Rédigé par: Mister T | 12 juin 2007 at 14:29
Le problème aussi, c'est que les gens ont peut-être estimé qu'un dissident de 75 ans, il était peut-être temps de lui dire de prendre sa retraite...
Rédigé par: Proteos | 12 juin 2007 at 17:31
Pourquoi n'évoque-vous pas la seule nouvelle famille politique émergente au lendemain du 1er tour... le Nouveau Centre ? http://nouveaucentre.hautetfort.com/
Rédigé par: Leroy-Morin | 13 juin 2007 at 08:47
Pourquoi Jacques Myard?
Rédigé par: Laikos | 13 juin 2007 at 16:51
en gros, la gauche baisse, l'ump reste stable, le FN éclate et le MoDem vient d'on-ne-sait-où...
Rédigé par: Vincent | 13 juin 2007 at 18:02
L'analyse sur la 12ème n'est pas mauvaise. Mais elle ne fait pas ressortir suffisament l'absence, jusqu'à ce scrutin de l'UDF (qui, au demeurant s'entendait pour cela avec le RPR puis l'UMP). Il n'en demeure pas moins que Dargent a, dans un contexte national difficile (qu'il ne faut pas ignorer)et sur une ciconsription très à droite, réussi à pousser Goujon au second tour ce qui est en soit plus que respectable. Les résulats du second tour montreront plus fidèlement le rapport de force dans le nord du XV mais je pense qu'il permettra de réévaluer les 20% et je ne serait pas étonné d'un 40/60 plus qu'honorable.
Quant à la 13ème circonsription, le schéma est globalement le même. Hidalgo a plus que tenu la barque eu égard à la déroute du PS (et à l'apparition du Modem) et je ne suis pas sur du tout que les voix Gally et beaud se porteront sur Lamour au 2ème tour.
Au fond, je pense que le contexte du 15ème, notamment à cause de l'apparition de l'UDF est très particulier: Dargent et Hidalgo ont réussi à contenir l'UDF : 22.93% au présidentielle sur l'arrondissement contre 13% dans le nord (-10) et 10% dans le sud (-13%). En revanche Hidalgo réalise 4 point de plus que Royal.
Bref, tout cela semble assez compliqué et l'on aura une idée claire que dimanche soir.
Rédigé par: john | 13 juin 2007 at 19:54
Juste pour pimenter un petit peu ce laius un peu lisse... n'avez vous pas constater que la plupart des impétrants de l'UMP dans le XVIeme pourrait jouer largement dans le diner de con... A vrai dire, ces gens qui vont représenter le XVieme ne semble pas respirer l'intelligence et il est heureux de savoir qu'un gouvernement dirigera la France et que le parti du Président ne sera à l'assemblée que pour dire amen à des décisions prises en haut lieu.
Je reverai de lire le relevé de note au BAC de ces tetes de vainqueurs... il faut le dire, la démocratie c'est bien mais parfois un boucher charcutier a plus de jugeote que certains élus autoproclamés de l'UMP à Paris... dans le XVieme c'est fragrant!
Rédigé par: Yannick Comenge | 14 juin 2007 at 14:28
Pour une analyse des points chauds à Paris pour le 2è tour des législatives je recommande aussi le blog de David ALPHAND
http://davidalphand.typepad.fr/davidalphand/
Pas mal du tout.
Rédigé par: Escalibur | 16 juin 2007 at 21:42