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08 mai 2007

La netcampagne

Quelques réactions à chaud au documentaire diffusé sur Arte. Dans l'ensemble, c'est un bon documentaire, qui pose des questions et traduit bien ce qu'a été l'écume et l'organisation de cette netcampagne. On y voit les acteurs-clefs des équipes des candidats et des observateurs pertinents, les grandes questions que pose le media sont là. C'est bien monté, sympathique, et les bonnes vidéos rigolotes sont relayées. On y revoit les 'figures' de cette campagne, et cela a été un boulot de fouque de monter ça. Chapeau, donc.

Mais enfin, je trouve qu'il y manque un truc, malgré tout. Un truc essentiel : les internautes. Eux, nous, les autres, les gens. Les petits noeuds du réseau. On voit bien les émetteurs, les animateurs des partis, beaucoup, on suit les meetings et les personnes qui sont dans les QG, on voit les vidéos sur dailymotion et Guy Birenbaum. On ne voit finalement pas ceux qui ont fait cette campagne, profondément désordonnée, en réseau, décentralisée. C'est dommage, car c'était ça, la grande innovation, à mon sens, de cette campagne, dans la lignée de celle de 2005 : la capacité de multiples petites grappes d'individus à porter, ou pas, des éléments à l'agenda, à perturber, relayer, transformer ce qui se passait.

On voit beaucoup l'écume. Ce qui a émergé, ce qui a fait l'actualité de la poignée de personnes qui "ont émergé" lors de cette campagne. Pas la grosse houle qui est en dessous. Peu ou pas de figures de ces micro-militants numériques, de ces citoyens qui n'ont pas forcément regardé les vidéos événements, mais consulté leurs petites sources d'informations, entretenu de blog à blog une conversation soutenue, un débat, de vrais échanges, dans des endroits reculés, loin des projecteurs.

Evidemment, c'est difficile à mettre en images dans un documentaire à durée limitée qui passe sur les écrans d'une télévision. C'est même quasiment impossible. Et c'est justement ce qui est intéressant dans ce qui se passe ici, sur internet.

Plus que toutes ces vidéos et ces trucs qui ont émergé, donc, ce que je retiendrai de cette campagne, de mon coté, ce sont ces milliers de blogs parcourus, ces endroits cachés et obscurs, ces découvertes loin des projecteurs des media, souvent moutonniers dans la fabrication d'un agenda du net, comme s'il y en avait un.

Dimanche dernier, j'étais heureux d'être uniquement avec des pairs, des copains, des semblables, à la République des blogs. De ne pas être dans une salle de rédaction d'une chaîne ou d'un canard, sur un plateau d'une belle chaîne internationale, mais avec les blogueurs qui ont fait ma décision plus que les argumentaires diffusés par les militants, les vidéos multipostées, les initatives X ou Y d'états-majors prenant le web pour le nouvel espace de propagande.

Cette netcampagne, on ne la réduira pas à cette bonne heure d'images. Elle a été le fait de millions de personnes qui ont porté des millions de petites initiatives. Et ce ne sont pas quelques avatars médiatiques de la chose qui peuvent en témoigner avec fidélité, car elle a été multiple et aussi variée qu'il y a eu d'individus pour la former.

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Sinon, quelques remarques ou réflexions sur deux ou trois moments du documentaire.

L'utilisation de la blogopole traduit bien le pett travers de ce documentaire : on met l'accent sur les blogosphères PS, UDF, UMP, on parle d'alternative Libérale ou de CAP21. On oublie de parler des autres, des non-encartés et non-partisans, des réseaux autonomes. On oublie de dire que cette blogopole ne répertorie qu'une petite goutte d'eau dans l'immensité des blogs.

Quand Dailymotion est nmentionnée comme la télé, il manque l'explication : une vidéo, sur dailymotion, ne fonctionne, pour émerger, que par des moteurs externes : des reprises sur des blogs, des forums, des envois par e-mail... C'est une télé en réseau, pas un espace qui vit tout seul. Postez une vidéo, même choc et géniale, sur Dailymotion, elle ne démarrera pas si elle n'est pas relayée.

Karl Zéro est définitivement un homme de télé qui tente d'appliquer ses réflexes à internet. Sa critique des blogueurs, qui ne seraient pas assez contestataires à son goût prouve qu'il n'a toujours pas compris qu'internet n'était pas juste, comme ça l'est pour lui, un media où faire de la notoriété et du scoop avec du bon vieux positionnement populeux-rebel, mais un espace social. Un espace social où sont présentes toutes les atittudes et les motivations. En, en tout cas, où est rarement présente la motivation qu'ont ces hommes de télé de "faire du scoop" à tout prix et d'incarner coûte que coûte une rebel-attitude à deux balles.

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Voici les sites qui parlent de La netcampagne :

» Bilan de la netcampagne de Jean-Pascal Picy
Difficile dapprécier le rôle exact qua joué internet dans la campagne présidentielle. Instrument de communication, dinformation et de mobilisation des candidats, la toile a aussi, sinon surtout, été un formidable réceptacle ... [Lire la suite]

Commentaires

"De ne pas être dans une salle de rédaction d'une chaîne ou d'un canard, sur un plateau d'une belle chaîne internationale, mais avec les blogueurs qui ont fait ma décision plus que les argumentaires diffusés par les militants, les vidéos multipostées, les initatives X ou Y d'états-majors prenant le web pour le nouvel espace de propagande.
"

Outre la petite pique adressée à un illustre blogueur, je te trouve bien optimiste Versac sur la finalité de la considération du net par les EM des partis.

Je rejoins totalement Onfray sur ce point :

Je ne compte pas les centaines de mails arrivés sur mon écran faisant de Nicolas Sarkozy, dont, rappelons le pour information, je ne partage pas les idées, un fasciste, un nazi, un néo-fasciste, un crypto fasciste, un fou, un malade mental, un dictateur, un tyran, un despote, et passim…
[...]

Si, de fait, « TF 1 » constitue un pouvoir dangereux, « Internet » agit sur les mêmes principes, avec une déontologie encore plus lâche puisque tout y est possible – surtout la haine, le mépris, l’insulte et ce qui constitue le jeu des passions tristes. Ce tuyau jadis libertaire dans ses premiers temps est devenu un égout libéral où les plus forts, les plus rusés, les plus fourbes font la loi, au détriment de la liberté et de la vérité. On peut y traiter de nazi n’importe quel adversaire, ce qui dispensera le débat d’idées – qui, ainsi, n’a pas lieu…
http://michelonfray.blogs.nouvelobs.com/

Le net accentue l'amalgame, magnifie le grotesque et sert de pupitre à toutes les plus crasses campagnes.

Bonsoir,

Je suis assez d'accord, voire tout à fait, avec LCP.

Je me demande mëme comment donner un sens déontologique à ces millions de post !

Faire le tri entre le grain et l'ivraie est un travail démentiel pour un seul homme critique !

Alors quoi ? Créer un groupe avec les veilleurs, les rédacteurs, un comité d'éthique, un comité de rédaction, pour rediffuser une information "label rouge"

Une ligne éditoriale n'est jamais neutre !

Mais une ligne éditoriale peut être claire et constante !

Alors à qui profiterait ce travail ? Aux mêmes !

Les autres, les sans grades, les piou-piou, seront toujours massacrés, comme à Verdun, par le plus grand nombre d'obus qui leur tombera sur la tête !

J'avoue ne pas savoir ! J'avoue assimiler ce nouvel outil (les blogs) à une arme virtuelle de jeu vidéo qui consiste à dégommer le maximum d'adversaires sans réfléchir.

Et j'en suis attristé par les résultats de ces dernières élections et les échanges haineux consécutifs par blog interposés.

Mes pensées humanistes sont pour vous.

Camembert : "Le net accentue l'amalgame, magnifie le grotesque et sert de pupitre à toutes les plus crasses campagnes."

N'importe quoi. C'est regarder un tout petit bout du verre à moitié vide.

Assez d'accord avec cet article, j'ai juste une réticence (une interrogation) est-il nécessaire d'opposer blog militants et blogs "qui seraient libres".
Désolé de parler de moi, mais j'ai le sentiment d'essayer d'être les deux.
J'ai vécu mon adhésion volontaire au réseau Désirs d'Avenir sans la moindre contrainte tant sur la forme que sur le fond (cette adhésion est d'ailleurs venue plusieurs mois après la création de mon blog).
Il ne faut peut-être pas passer de la glorification de la parole militante à son rejet absolu.
Comme si un militant ne pouvait plus être sincère.

Un petit mot à LCP et DCH, ce que vous dites n'est pas faux. Peut-être a t'on trop magnifié le net.
Il n'est que le reflet de la vie.
Mais il conserve un énorme avantage (au moins chez nous), je peux, vous pouvez vous y exprimer, et je peux, vous pouvez vous/me lire à tout moment, en toute lberté...
Tout comme les livres et l'imprimerie ont portés l'humanisme de la Renaissance et le Siècle des Lumières au milieu des guerres et de la haine, on peut penser, souhaiter, vouloir que le net portera un nouvel humanisme ... ce n'est qu'après que l'on peut écrire l'histoire.
Comme le cite la Chroniqueuse sur son blog (http://meschroniques.over-blog.com/):


Au lieu de fulminer contre les ténèbres, il vaut mieux allumer une petite lanterne.

(Proverbe chinois)

Vous feriez plaisir à Daniel Schneiderman en résumant : la critique des médias se médiatise difficilement.

Qu'estion subsidiaire : les bloggueurs et leurs lecteurs passent-ils beaucoup de temps devant la télévision (sans doute moins que d'autres, fatalement).

enfin un documentaire traitant d'internet et des blogs sans que soit mentionner une seule lois le nom de Loic Le Meur

Je comprends bien tes remarques Nicolas, et même je m'y attendais un peu. On a tenté de faire émerger au plus les internautes, mais par l'intermédiaire de "passeurs" comme Thierry Crouzet, Nicolas Voisin, Carlo Revelli, toi... Et dans le discours des autres. Mais c'est très certainement insuffisant. Et c'est une grande frustration. Mais il y a seulement 52 minutes et il est difficile d'accélérer encore le film. Au delà de la contrainte de contingence qui rend difficile le fait de montrer le "peuple d'Internet", nous avons dû faire des choix. J'espère que nous pourrons faire financer un autre documentaire qui nous laissera le temps (filmique) de passer de ce côté du miroir pleinement. Quant à Loïc Le Meur, si tu veux le voir TVnomics, il est très présent dans notre documentaire "La Bulle Internet" dont les deux épisodes seront diffusés sur 13ème Rue le vendredi 15 juin à 22h30 et en streaming gratuitement à partir du jeudi 31 mai. Un peu de com en passant :)

Je suis con, je viens de relire ton post TVnomics j'avais mal lu!! Oups...
Mais c'est quand même super La Bulle Internet!! Même s'il y a Loïc Le Meur :)

Attend yavait moi en bloggueur venant de la houle immergée. Et fier de l'être!!!!

"Karl Zéro est définitivement un homme de télé qui tente d'appliquer ses réflexes à internet. Sa critique des blogueurs, qui ne seraient pas assez contestataires à son goût prouve qu'il n'a toujours pas compris qu'internet n'était pas juste, comme ça l'est pour lui, un media où faire de la notoriété et du scoop avec du bon vieux positionnement populeux-rebel, mais un espace social."

Ou alors c'est que les "blogueurs influents" ne sont pas des rebelles (le mot est galvaudé, Karl) mais des pères de famille, des socio-démocrates à la coule, des "journalistes de fauteuil" (ou de chaise longue). Et si c'était ça être rebelle?

Faisant partie des nombreuses personnes qui ont beaucoup lu de blogs politiques, qui ont passé du temps sur Internet pour comprendre, débattre, chercher, expliquer, renforcer ou nuancer ses convictions, j'avoue avoir été un peu déçue par ce documentaire, qui, à mon sens, n'a pas assez montré l'élan démocratique qu'a pu être Internet lors de cette campagne.

Bien sûr, il y a parfois eu des "crasses campagnes" (LCP) mais dans l'ensemble, je trouve que le net a pu permettre d'échanger réellement, de débattre même si la personne concernée est à l'autre bout de la France etc.

...marrant que dans ce documentaire on ne retrouve que des blogueurs ayant voté pour Ségolène Royal au second tour...

mry : j'ai comopris, tu fais du copier-coller de commentaires, un peu patout, avec un petit commentaire similaire. Serais-tu, en fait, une machine ? ;)

Eric : mais Karl Zéro ne parle pas que des "blogueurs influents". Tu sais que je n'aime pas le terme, auquel je préférerais celui de blogueurs médiatisés. Il se contente de stigmatiser l'approche non-rebelle de certains q'ui veulent juste respecter la loi), sous prétexte qu'ils ne suivraient pas son injonction médiatique à balancer du scoop, soi-disant pour faire péter le système.
Les blogueurs, ce ne sont pas les dix qu'on voit dans les media, mais les autres. Et des rebelles, il y en a, comme des bourgeois ou des mères de famille ou des lycéennes...


Mry n'ayant pas été cité voudrait par son commentaire laisser croirer que le documentaire était politiquement orienté.

Mais on y a bien vu la machine sarkozy.fr

TVnomics : c'est vrai qu'un documentaire qui parle de blogs sans citer mry est forcément orienté, et qu'on peut jeter le voile sur sa bonne foi ;)

Shinon, pour répodnr à la question : oui, les "blogueurs" interrogés ont voté our ségolène. Ce qui prouve bien la logique de cette campagne : une machine sarkozy principalement constituée de "blogs maison" et d'un site personnel (+mobilisation de supporters), et des espaces sociaux globalement hostiles ou en recherche d'une alternative à la proposition sarkozy.

De ce point de vue, je trouve donc légitime que le coté sarkozy mette en valeur La Brosse et Frèches, et que les blogueurs aient finalement voté royal (ou blanc) au deuxième tour.

Bravo Versac,
Excellente analyse qui vient d'une bonne compréhension du Web actuel.
C'est exactement ce qu'il fallait dire sur ce nouvel et cher entrant qu'est Karl Zéro.

Mouais... Ca ne me donne pas envie de voir le docu... Puis que fout K. Zero la-dedans?? Hum...

ok sur tout l'article, sur la qualité du docu (même si je suis très triste de ne pas avoir été interviewé ;-) ), sur ce qui compte dans internet (le micro), sur ce que dit Karl Zéro (la réalité du net n'entre pas dans son espace de compréhension - il croit que c'est une contre-télé).

Ce que j'aurais voulu savoir, c'est ce qui sortait du net : quand ce qui se passe sur le net entrait dans les conversations First Life. Mais ça, c'est difficile à téléviser.

Moi, je n'ai pas pu le suivre jusqu'au bout mais je l'ai trouvé très intéressant et instructif ce documentaire. Au-delà de l'espace d'expression alternatif, j'ai quand même retenu une chose importante à mes yeux: les blogueurs ne sont "pas représentatifs", car sont souvent des profils diplômés du supérieur, et ça, c'est très loin d'être la majorité de la France. D'où certainement les différences entre la synthèse des échanges sur le blog et le résultat dans les urnes.

C'est très juste ce que tu dis Versac. Très fine analyse... et je dois dire que je suis ému que tu ais une pensée, de ton trône, pour nous les petit blogueurs, les crottes du net...
Je suis d'accord aussi sur le faux côté rebel de Kark Zero. Mais toi aussi tu es un rebel ! Tu pratiques l'art de la casse admirablement. Je me demande si d'ailleurs tu ne t'entraînes pas dans la cave de ton immeuble sur quelques planchettes.

C'est très juste ce que tu dis Versac. Très fine analyse... et je dois dire que je suis ému que tu ais une pensée, de ton trône, pour nous les petit blogueurs, les crottes du net...
Je suis d'accord aussi sur le faux côté rebel de Kark Zero. Mais toi aussi tu es un rebel ! Tu pratiques l'art de la casse admirablement. Je me demande si d'ailleurs tu ne t'entraînes pas dans la cave de ton immeuble sur quelques planchettes.

C'est très juste ce que tu dis Versac. Très fine analyse... et je dois dire que je suis ému que tu ais une pensée, de ton trône, pour nous les petit blogueurs, les crottes du net...
Je suis d'accord aussi sur le faux côté rebel de Kark Zero. Mais toi aussi tu es un rebel ! Tu pratiques l'art de la casse admirablement. Je me demande si d'ailleurs tu ne t'entraînes pas dans la cave de ton immeuble sur quelques planchettes.

A DCH,

"Créer un groupe avec les veilleurs, les rédacteurs, un comité d'éthique, un comité de rédaction, pour rediffuser une information label rouge", ne serait-ce pas la porte ouverte aux copinages et aux collusions ? Evidemment qu'Internet autorise toutes les dérives, mais c'est la contrepartie de la liberté qu'il offre à des gens comme Versac ou à d'autres. Je vais me la péter philosophe (comme LCP a cité Michel Onfray...) : c'est comme pour l'être humain chez qui le libre arbitre fait que le pire cotoie le meilleur. En débarrassant l'expression des blogueurs des contraintes de rentabilité, donc d'audience, donc d'orientation éditoriale qui pèsent sur les médias traditionnels (sans parler des questions de conflit d'intérêt), Internet offre la possibilité e trouver quelques pépites de décryptage indépendant, même si c'est au milieu d'un océan de boue et de fumier.

Mry est jaloux :D
Faut dire qu'il n'y a que mon nom que Quitterie D. crie avec plaisir. ;)

J'ai vu le doc sur internet, c'était sympa.

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