Législatives en vue, mandat européen en question
Derrière la présidentielle, il y a les législatives, souvent masquées, un peu oubliées, rappelées ça et là au détour d'un tract, ou quand on prend le temps de lire un programme législatif publié bien avant un pacte ou programme présidentiel.
Et, derrière les législatives, il y a un autre mandat de représentation qui pose question, celui du parlement européen. Jean Quatremer s'est ainsi fendu d'un billet éclairant sur ces députés européens qui tentent de rentrer au bercail français, dont Pierre Moscovici, actuel vice président du parlement européen, et de nombreux autres, qui se présenteront aux législatives, souhaitant ouvertement mettre fin à leur mandat de député européen en cas d'élection.
Pierre Moscovici a répondu sur un ton d'indignation, comme si la question de Quatremer était une accusation de trahsion de l'idéal européen, déplaçant avec habileté le débat sur son engagement européen sans faille. Mosco, sans rire, nous fait un immense couplet de justification européenne, de rappel de son pedigree, et de déclaration d'amour propre sous un voile d'humilité (citant Talleyrand : « quand je me contemple, je me désole, quand je me compare, je me console »).
L'accusation de Mosco est lourde. Il parle "d'attaques presque haineuses, irrationnelles en tout cas", dans une méthode de disqualification bien habituelle. Et on entre dans la victimisation habituelle du politique, peuvre de lui, qui s'arroge le seul droit de décider s'il doit répondre ou pas au mandat qu'on lui a confié. Ce choix est évidemment individuel : chacun peut démissionner du mandat que le peuple lui a confié. Ce choix doit pouvoir être pointé, dénoncé, même, sans que l'on ne verse dans la haine. Un député devrait avoir au moins le sens du respect du mandat confié, ce me semble être un minimum.
J'aimerais que les plus européens d'entre nos députés. Ceux qui le clament haut et fort, sachent avoir l'ambition de porter le discours que, oui, le parlement européen est important, majeur même. j'aimerais qu'ils sachent efacer un peu leur ambition nationale derrière le projet européen, et le sens du mandat confié. On ne peut évidemment attendre de tous qu'ils le fassent. Mais on doit pouvoir dénoncer cette petite trahison sans qu'elle ne soit jugée haineuse. Et se souvenir de ceux qui y restent, actifs dans l'ombre. Et penser que ce comportement est une petite exception française qui n'agit pas pour la crédibilité du projet européen en France, comme pour la crédibilité de la voix française au parlement.
Jean, on attend avec impatience le billet sur "les députés qui comptent, ceux qui travaillent".




si seulement la question de l'implication ne pouvait concerner que les députés européens..
Malheureusement je crains fort qu'un certain nombre de prétendant nationaux ne soient aussi plus que dillettantes..
C'est tres moyen dans l'optique d'une démocratie..
Rédigé par: frednetick | 03 mars 2007 at 13:15
Les réflexes nationaux ont la vie dure, l'UDF en est un exemple !
On peut qu'être d'accord avec le souhait de voir apparaître un réel espace démocratique européen. C'est une condition nécessaire à l'émergence d'une Europe elle-même politique.
Mais aujourd'hui, force est de constater que l'opinion européenne n'existe pas. Le cadre national reste le lieu naturel des identités, des débats, et donc de la confrontation politique. Qui sait ce qu'est le PSE ? le PPE ? Personne bien sûr.
Il est d'ailleurs intéressant de suivre le parcours de quelques parlementaires européens. Alain Lamassoure, UDF, s'est ainsi distingué par son activisme au Parlement européen. Mais bon il vient de rallier l'UMP. Depuis on ne l'entend plus là-bas. Sûr que lui il rentrera au bercail en cas de victoire de Sarko ! Les réflexes nationaux ont la vie dure.
J'en profite pour dire que L'UNION NATIONALE DE BAYROU EST LA PLUS GRANDE SUPERCHERIE DE CETTE CAMPAGNE (avec Jaurès et Blum cité par Sarko il est vrai). Il n'y a d'ailleurs qu'à voir comment fonctionne le parlement européen : comme il n'y a pas de majorité ce ne sont que des mauvais compromis qui en sortent. Faute de direction politique au niveau européen, c'est la techno-structure qui décide. Est-ce ce que nous voulons pour la France ?
Des fois je me demande si l'UDF n'est pas plus dangereuse que Sarko...
Rédigé par: micol98 | 03 mars 2007 at 13:28
Les législatives et l'hypocrisie du « Bayroutage »
François Bayrou propose une nouvelle voie, la voie « ni-ni », ni droite ni gauche avec un programme, peut être remarquable, mais en tous cas TOTALEMENT INAPPLICABLE, je dirais même plus constitutionnellement inapplicable.
Pourquoi ? parce que d’une part « le gouvernement définit et conduit la politique de la nation » et non pas le Président de la République (apparemment, tout le monde semble l’avoir oublié)
d’autre part le Président de la République fait appel pour constituer le gouvernement à un des leaders du parti majoritaire aux élections législatives et que, nécessairement, le futur Premier Ministre appliquera la politique du parti dont il est issu, démocratiquement, sinon il sera mis en minorité au Parlement.
En conséquence, François Bayrou se contentera d’assister à l’application d’UNE politique et jamais de SES idées politiques.
De plus comment vont se dérouler les législatives après l’éventuelle élection de François Bayrou, en sachant qu’en gros en France 55% des votants sont de droite et 45% de gauche.
Premier cas : Bayrou a battu Ségolène Royal : les électeurs de gauche, furieux, vont se regrouper et voter massivement pour le PS et ses affiliés en dépassant les 45% de votes. La gauche majoritaire forme le gouvernement avec qui que ce soit (DSK ou un autre) et applique le programme socialiste de base, sans tenir compte des éventuelles variations de Ségolène Royal.
Deuxième cas : Bayrou a battu Sarkosy : pour les législatives, l’UMP n’investit aucun candidat UDF et les électeurs de droite furieux boycottent d’éventuels candidats UDF indépendants ou votent FN. Les 55% de voix de droite se répartissent approximativement ainsi : UMP 25%, UDF 10%, FN 20%. De nouveau, c’est la gauche unie, et elle sera unie (le PS avec ses affiliés), qui est le plus grand parti. Elle forme le gouvernement avec qui que ce soit et applique le programme socialiste de base, sans tenir compte des éventuelles propositions de Ségolène Royal.
Troisième cas, Ségolène Royal ou Sarkosy sont élus : que ce soit l’un ou l’autre les législatives qui suivent leur donneront une majorité sur laquelle ils pourront s’appuyer pour faire passer leurs propositions et appliquer leur propre programme, ce qui ne sera jamais le cas de François Bayrou.
Ici, c’est clair, dans TOUS LES CAS, Bayrou, qui ne roule QUE pour la gauche, ne pourra voir se réaliser, sous son mandat, qu’un programme socialiste.
En fait son unique et réel but sera atteint, satisfaire son « ego » en étant Président de la République et non pas rénover les institutions comme il veut le faire croire.
Rédigé par: Jean Desnos | 03 mars 2007 at 14:23
c'est le week-end, alors rions un peu :
http://www.dailymotion.com/visited/search/montebourg%2Bbayrou/video/x19ggc_montebourg-et-bayrou
Pour les malentendants :
«Le programme de Jospin, c'est le programme de Bayrou en moins bien. Tu l'as lu le programme de Bayrou, moi il me plait beaucoup plus ! Je comprends que ma femme hésite entre Bayrou et Jospin. Je lui ai dit vote Jospin. Carrément à droite ! Bayrou, il est un peu centriste… C'est honteux, c'est honteux cette campagne ! J'en veux beaucoup à nos chefs.»
A.M.
Rédigé par: tristram | 03 mars 2007 at 15:17
N'avez vous pas l'impression que si les politiques privilégient (en France) le parlement national au parlement européen, c'est en grande partie de la faute des électeurs qui s'intéressent (superficiellement) surtout à la politique nationale reléguant la politique européenne au rôle d’épouvantail à réformes ?
Le jour où les français seront plus impliqués dans la démocratie à tous les niveaux, peut-être aurons nous enfin des hommes politiques à la hauteur de leurs fonctions.
Rédigé par: Kokoro | 03 mars 2007 at 15:55
Oui c'est un cas représentatif d'une pratique courante de la délégation française de députés européens...depuis 1979. Jean Quatremer en a fait un gros pâté parce qu'effectivement Mosco est l'un des 14 vice-présidents du parlement européen.
Le problème fondamental, en dehors très justement de la question sempiternelle de l'espace public européen et de la faible attirance des électorats pour une scène politique européenne confuse, a également des racines françaises me semble-t-il et doubles :
1- un système électoral inadéquat qui crée une hiérarchisation dans la perception du mandat de député européen en France et pour le député et pour les électeurs (vive le rapport Casanova, héhé !) ;
2- une sociologie des principaux députés français marquée par l'appartenance à la haute fonction publique, dont la sphère imaginaire et de carrière est nationalo-centrée (à l'exception notable d'un JL Bourlange).
Rédigé par: George | 04 mars 2007 at 01:08
L'un des problèmes est peut-être lié au mode de scrutin, pour devenir député européen il faut réussir à trouver une place sur une liste, et ensuite il faut manoeuvrer dans les calculs PSE/PPE pour obtenir un poste intéressant avec une visibilité politique nationale à peu près nulle. La marge de manoeuvre d'un député européen peut sembler à peu près nulle dans ces conditions.
Le mandat de député national par contre relève d'un mode de scrutin qui laisse plus de liberté à l'élu, même si l'assemblée nationale est devenue une chambre d'enregistrement aux ordres d'un côté de l'exécutif et de l'autre des directives européennes.
Paradoxalement le pouvoir réél est certainement de plus en plus du côté du parlement européen, mais la visibilité politique du côté de l'assemblée nationale.
Tant que l'on aura pas donner un peu plus de consistance politique (il suffit de regarder les accords ubuesque entre PSE et PPE pour les présidence de commission) au parlement européen on restera avec le même problème.
Rédigé par: PEL | 04 mars 2007 at 10:07
Les europhiles convaincus ne peuvent ici s'en prendre qu'à eux mêmes : après tout, la dernière réforme du mode de scrutin a fait en sorte qu'il était parfaitement possible, pour un groupe de citoyens motivés, de mener une réelle concurrence aux partis en place et d'obtenir des sièges de députés européens.
Le PS et l'UMP ne font ici que de profiter du peu d'implication politique directe dont font preuve les citoyens pour "recaser" ceux des leurs affrontant une mauvaise passe sur ce théâtre politique que les partis nationaux s'intéressant essentiellement aux présidentielles et aux législatives considèrent, et à juste titre de leur point de vue, comme un théâtre d'opérations tout à fait secondaire (le nombre de fromages et rentes de situations contrôlés par le parlement européen étant infiniment inférieur au nombre de rentes de situations discrétionnairement distribuées par le président, son gouvernement et sa majorité à l'assemblée).
It's the economics.
Rédigé par: Gus | 04 mars 2007 at 21:33
je vais peut ètre vous paraitre un peu fou!
les Francais ne s'interessent pas a la politique européenne et franchement tant mieux regardez ce qui se passe on a peut ètre 50% d'abstention aux européènnes mais ceux qui vont voter on beaucoup plus réfléchi a leur vote du fait que justement elle ne soit pas médiatisé et la conséquence c'est qu'au parlement européen on a des parlementaires représentatif des courants francais.
les politiciens y sont peu intéréssé par le pouvoir et le show des medias (normal tout le monde s'en fout).
les lois qui sont votés au parlement m'aparaissent beaucoup plus pragmatique et le fait que ca ne soit pas médiatisé permet aux parlementaires d'éviter les prises de position fermée aussi stupide que médiatique.
ne serait ce pas en fait une chance que la majorité des français ne s'y interessent pas du tout?
Rédigé par: guillaume badin | 04 mars 2007 at 22:57
Sur Moscovici, je comprends ce que tu veux dire Versac, mais sans le défendre tout à fait, ce n'est pas non plus un drame européen de souhaiter être député national. Ca fera monter un ou une petit(e) nouveau/elle [c'est difficile d'écrire le féminin/masculin...] puisqu'il s'agit d'un scrutin de liste.
Je pense qu'avant de régler ce problème là, il faut s'occuper du cumul des mandats à l'assemblée nationale. En priorité.
Rédigé par: Corfélix | 05 mars 2007 at 11:37
D'où encore une fois la nécessité d'instaurer:
- le mandat unique des parlementaires, nationaux ou européens (voir: http://c6r-paris.blog.lemonde.fr/2007/02/27/interdiction-du-cumul-des-mandats-tout-reste-a-faire)
- de réelles sanctions ou incitations financières pour que les parlementaires siègent réellement.
Rédigé par: G. | 05 mars 2007 at 15:05
Corfélix: Moscovici appartient à cette génération d'hommes politiques de gauche à laquelle appartiennent également ces nombreux maires de gauche auxquelles les lubies réformativo-constructives chiraco-jospiniennes imposent désormais de faire un an de mandat électif de plus que prévu alors que l'heure de la retraite et parfois du départ vers d'autres régions, aux côtés de ses parents sonne.
Ces maires-là restent en poste par respect d'une part pour les institutions qu'ils représentant et d'autre part poour ceux citoyens qui les auront élu et parfois aidé.
Par égard envers ceux socialistes d'entre les socialistes que sont ces élus militants de longue date au crépuscule d'une vie d'engagement au service de la société, le geste de Moscovici méritait mieux qu'un déni.
La politique, c'est comme le poisson : le pourrissement vient toujours de la tête.
Rédigé par: Gus | 05 mars 2007 at 17:08
D'autant que la France est le seul pays où cette tendance à être député européen quand on ne peut pas être autre chose subsiste. Elle a existé dans les autres Etats membres, mais elle se marginalise progressivement.
D'ailleurs, les Britanniques ont été les premiers à investir le Parlement européen de manière sérieuse, notamment à cause de leur attachement au parlementarisme.
Rédigé par: Brimbelle | 07 mars 2007 at 12:49