Politique sacrificielle, au tour de Fabius
ON avait eu Jospin, qui expliquait à l'université d'été du MJS que son retrait avait été fait pour servir l'avenir de son parti, puis Jack Lang, qui consentait à acocmplir le sacrifice de ne pas se présenter aux suffrages. C'est au tour de Laurent Fabius, pour justifier sa démarche :
je suis prêt à tout endurer pour défendre ce que vous pensez.
Le discours de Fabius, au-delà du fond (ses sempiternelles promesses d'intention de hausse du pouvoir d'achat, on aimerait savoir comment il compte s'y prendre), s'infléchit, dans le style : il est passé de la critique un peu simple de la ségo-attitude à un ralliement doux à l'approche de sa rivale.
C'est assez logique, pour un Fabius qui n'est pas prêt à un reniement de plus, que de se présenter désormais comme une oreille à l'écoute, là où il a toujours été identifié plutôt comme un expert distant. C'est logique, mais c'est quand même toujours drôle : une étape de plus dans la construction progressive d'un personnage humoristique d'un nouveau genre.
Ces évolutions confirment que l'opposition se fait bien entre DSK et Royal. Royal dans le registre de la mère compassionnelle, et DSK dans celui de l'homme d'Etat qui trace un chemin. Fabius se place étonnemment au centre, en termes de style, ça ne lui réussira pas.




Oh, Ségolène aussi avait donné dans le sacrifice :
"Oui, j'accepte d'assumer cette mission de conquête pour la France et les épreuves qui vont avec -et dont je veux protéger ma famille- et donc de me présenter au vote des socialistes, puis je l'espère, au jugement des Français, en gagnant par le mérite leur confiance en avril 2007"
J'adore le "j'accepte" de celle qui fait tout pour être là depuis des mois, et j'aime aussi le "dont je veux protéger ma famille", dont on se demande bien ce qu'il vient foutre là. Probablement le mode "mère compassionnelle" que tu évoque...
Rédigé par: koz | 09 octobre 2006 at 15:55
Opposer en terme de vision politique une Royal qui la joue mère supérieure moraliste et un DSK qui la joue homme d'Etat voulant changer le socialisme, la France, l'Europe et le monde est assez juste.
Mais Fabius ne se pose pas au centre à proprement parler. Fabius se situe sur le registre de l'homme expiant ces fautes et ressortant d'une expérience mystique. Sinon comment expliquer son virage à 540°?
Rédigé par: abadinte | 09 octobre 2006 at 16:22
Oui, le débat sera DSK / Royal. Fabius est aussi grillé que Jospin, et je m'étonne encore que ses amis le laissent poursuivre son désastre personnel au lieu de mettre son savoir-faire au service d'une cause (peut-etre parce que sa seule cause, c'est la sienne ?). QUI est le fou furieux au PS qui a laissé croire a Jospin que personne ne l'avait vu s'engager à quitter la vie politique en 2002 ? Le même qui laisse croire à Fabius que les Français ne l'ont pas catégorisé comme "opportuniste de gauche" ou "retourneur de veste au gré des vides laissés par ses adversaires internes", probablement.
La force de Royal et DSK est d'incarner un centrisme de gauche fort bienvenu après tant d'années à osciller entre la social-démocratie et le trotskisme (il serait d'ailleurs temps de virer les vieux fossiles crypto-socialistes, ça donnerait de l'air au centre). L'enjeu de l'investiture sera dans le positionnement rapide et franc pour un programme politique réaliste et ambitieux. Le premier qui sortira du bois avec un vrai programme centriste différenciant aura gagné.
Pour l'instant Segoline a la faveur des journalistes qui commentent son image sans l'avoir côtoyée, qui transmettent une ferveur Royaliste sans se fonder sur autre chose que l'aura qu'elle a réussi à construire. On peut s'attendre (avec impatience si l'on est sadique) à ce qu'elle se fasse descendre en flèche par tous les journalistes politiques qui la cotoient et qu'elle rudoie. Ils ne manqueront pas de révéler la face dure, capricieuse, odieuse et méprisante du personnage. (voir Arret sur Images de la semaine passée pour s'en apercevoir).
Si vous n'êtes pas d'accord, échangeons, je me rallierai avec plaisir à votre avis si je peux le faire mien.
Rédigé par: Emmanuel | 09 octobre 2006 at 17:05
Je ne vois pas très bien, dans l'article de Libé que vous mettez en lien, ce qui permet de dire que Fabius se rapprocherait de l'approche de sa rivale. Ni par ailleurs dans son attitude.
Et il me semble qu'il a clairement choisi une stratégie de positionnement dans le seul espace politique qui lui paraissait encore viable pour sa propre carrière politique.
Un vrai contre-emploi, donc!
Rédigé par: Philippe | 09 octobre 2006 at 17:08
je crois que leurs positionnements respectifs sont d'abord liés à des lectures très différentes de l'échec du 21 avril.
Pour Fabius, Jospin a perdu faute d'avoir su rassembler à gauche. Il pense que les privatisations, la baisse des impôts, "l'Etat ne peut pas tout" et "mon projet n'est pas socialiste" ont brouillé les repères d'électeurs qui n'étaient plus capables de faire la différence entre le PS et la droite. Il se positionne sur le terrain des valeurs pour incarner la ligne "clairement de gauche" qui a manqué à Jospin.
Royal fait à peu-près la lecture inverse. Elle pense que Jospin a perdu par excès de dogmatisme. Il n'a pas su voir que les grands principes socialistes sur le temps de travail, la prévention, l'éducation ou l'intégration l'ont coupé de la réalité des classes populaires. Elle se positionne sur le terrain de la proximité pour entendre les problêmes des français et y apporter les réponses qu'ils attendent.
DSK pense lui que Jospin a perdu faute d'avoir su trouver un deuxième souffle après la réalisation du programme de la "gauche plurielle" entre 1997 et 2000. Il n'a pas su renouveler son logiciel politique, s'adapter à la mondialisation, aux discriminations, au terrorisme ou au réchauffement climatique pour se projeter dans l'avenir. Il se positionne sur le terrain des solutions pour incarner ce renouveau de la pensée socialiste.
DSK veut rassembler la gauche, mais dans le respect mutuel des différences et en assumant d'y être le pôle "réformiste". Il se veut pragmatique, mais sans renoncer à son objectif de transformation sociale. En ce sens, c'est plutôt lui qui se trouve "au centre".
Rédigé par: Fred de "et maintenant ?" | 09 octobre 2006 at 17:13
@Philippe: la phrase "je suis prêt à tout endurer pour défendre ce que vous pensez..." c'est quand même de la démagogie ségolèniste de la plus belle eau, loin de la démagogie fabiusienne habituelle ("le candidat du pouvoir d'achat"...) bien mise en évidence par Versac.
Rédigé par: Sindelaar | 09 octobre 2006 at 17:32
Ce qui est drôle, c'est à quel point personne n'a compris que le référendum de mai 2005 joue, quoi qu'on en pense, un grand rôle dans le positionnement des candidats socialistes et partant dans le résultat de 2007.
Le PS a trop bien démontré son incapacité structurelle à comprendre les enjeux du débat - fondamental pour la gauche. Aussi, ce n'est pas du PS (c'est-à-dire en interne) que viendra le démenti face aux sondages (relayés sans esprit critique par les journalistes et autres blogueurs). Royal s'est revendiquée du blairisme, c'est ce qui la perdra. La vraie gauche votera pour des idées réellement à gauche et non pour du populisme sous emballage recyclable.
Il serait temps que les analyses (y compris les vôtres) prennent la mesure de ce véritable rapport de force, ancré dans une réalité démocratique incontestable (mais il est toujours plus facile d'affirmer, par un argument autoritaire, que le "non" l'a emporté grâce aux souverainistes et aux fachos), et de ce fait bien plus fondé que vos petites suppositions illusoires à plusieurs mois de l'élection. L'analyse du passé proche est, en matière de politique, un préalable à la prospective. Or personne (ou si peu) n'a tiré les leçons de mai 2005.
Rédigé par: BF | 09 octobre 2006 at 18:02
Une fois n'est pas coutume (quoi que..), je me vois à faire une analyse personnelle à peu près diamétalement opposée à celle de Versac.
Ségolène Royal a déjà bien démontré sa volonté de coller à l'opinion par tous les moyens, l'approche participative (dites aussi le "cause toujours") n'ayant pas en 2006 d'autre saveur que celle qu'elle eu dans la bouche de Claude Thélot inspirant le ministre Ferry lançant le grand débat sur l'école en 2002 (où en sommes nous de ce débat-là, au fait ?). Cette forme particulière de démagogie qu'on pardonne à Nicolas Sarkozy puisqu'on ne le voit guère pouvoir adopter quelque autre stratégie est inexcusable dans la bouche de celle qui prétend incarner une vision de la politique dépassant l'approche par coups médiatiques et petites solutions, la seule qu'on puisse attendre de la droite conservatrice.
Quoi qu'il arrive, Fabius ne perdra donc certainement pas contact avec cette partie du PS qui reprochera toujours à l'arrogante dame du Poitou son approche à la hussarde et son populisme, que n'aurait certainement pas renié en son temps un Jacques Chirac.
Rédigé par: Gus | 09 octobre 2006 at 18:07
RV les 17 et 24/10 ainsi que le 7/11 à 20H30 sur LCP ou Public Senat pour observer le fond et la forme des protagonistes.
Rédigé par: petit jardin | 09 octobre 2006 at 19:19
C'est drôle qu'il n'y ait que des victimes au P.S, des martyrs, des boucs émissaires. Le pire c'est qu'ils risquent vraiment d'être tous sacrifiés sur l'autel électoral.
Stop au pathos facile!
Rédigé par: d3log | 09 octobre 2006 at 20:29
Nos éléphants, du plus pachydermique au moins mammouthien avancent cahin caha ...
A l'enterrement d'une feuille morte (le projet ?) trois éléphants s'en vont. Ils ont la peau dure et du crêpe autour des cornes (avec "défenses" ça ne rimait pas :D). Ils s'en vont cahin caha dans le noir vers le cimetière des éléphants. ... Ils s'en vont un très beau soir d'automne...
Amis poètes pouët, pouët !
A lire mon billet :
http://www.taha.fr/blog/index.php?2006/10/08/86-fabius-royal-strauss-kahn-premiere
Sinon je vous invite à consulter ce site qui montre comment fabriquer un pouet-pouet outil hautement technologique qui pourrait servir pour désigner le candidat(e) socialiste de manière équitable puisque la presse n'a aucune influence sur le résultat.
http://pataloustic.net/index.php/2005/07/20/28-comment-fabriquer-un-pouet-pouet
Rédigé par: Farid Taha | 09 octobre 2006 at 23:13
Vrai que Fabius se plante chaque fois qu'il donne dans la proximité (carottes), le subliminal (écharpe chapeau) ou le christique. On ne peut pourtant pas dire qu'il soit dénué de charisme - ou de séduction si on préfère - c'est un excellent orateur et son humour fait mouche, même si sa causticité déplaît aux oui-oui bien-pensants.
Une réflexion expéditive ferait conclure qu'il a de mauvais conseillers en communication. Pas suffisant : les dents de soeur Sourire passent très bien malgré l'air que ça lui donne d'avoir des crampes de niaiserie.
Non, le mal, si on peut dire, est plus profond : son problème par rapport à ses concurrents c'est, à mon avis, qu'il est cousu de fil blanc.
C'est sur lui que tombent les accusations d'opportunisme et d'insincérité comme si les autres ne donnaient pas depuis toujours dans les mêmes travers. Pas assez culotté, pas assez rusé Fabius : un mec qui, contrairement à Mitterrand, ne saurait pas mentir? Cynique peut-être, ambitieux sans doute mais maladroit dans les jeux de l'apparence. Se plante dès qu'il s'abaisse. Sa faille? Peut-être l'embarras où le met son intelligence fine et rigoureuse, la dimension aristocratique qu'elle lui donne, qu'il n'assume pas et qu'il cherche à se faire pardonner. Alors que Mitterrand, lui, n'attendait aucun pardon : l'éventuelle culpabilité d'être roi ou sphynx ne pouvait que lui être une jouissance supplémentaire (vrai catho en cela).
Il faut peut-être chercher Fabius dans le titre de son livre "Les Blessures de la vérité".
Rédigé par: CL | 10 octobre 2006 at 22:30