"Dignité et moralité"
L'affaire du proviseur renvoyé à cause de son blog est déjà largement relayée par une blogosphère qui grogne fort. Comme à son habitude, notre maitre à tous se fend du billet qui laisse pantois tant il est juste (cela devient énervant). Emmanuel revient également sur le sujet, et Jules cite en commentaire cette bonne synthèse de l'affaire du point de vue du droit.
Le fonctionnaire est tenu, dans sa vie privée, à un comportement empreint de dignité. Il ne doit pas faire preuve d'inconduite notoire.
Le droit et la moralité ne font en général pas bon ménage. Qu'est-ce qui est moral, qu'est-ce qui ne l'est pas ? Qu'est-ce que la dignité du fonctionnaire à la maison ?...
Cette histoire soulève de vraies questions sur l'utilisation de l'anonymat pour les fonctionnaires. Ils sont nombreux à bloguer, dans le droit, l'enseignement. Beaucoup ont choisi la voie de l'anonymat pour éviter ces objections au devoir de réserve ou établir une "muraille de chine" entre leur profession et leur expression personnelle. Certains n'ont pas cette gracieuseté, d'ailleurs, mais on les imagine plus protégés.
Il y a peu, le statut des militaires a été modifié, pour leur permettre une - relative - liberté d'expression, là où ils étaient confinés dans une stricte observance du silence. Les règles qui régissent l'expression personnelle des fonctionnaires doivent-elles être amendées ? Ce n'est pas sûr, mais la frontière qui sépare l'expression publique de l'expression privée, mise à mal - ou renouvelée - par les blogs, va sans doute créer de nouveaux arrêts Tessier, sans compter l'évolution de la morale, qui devrait faire s'arracher les cheveux à quelques magistrats administratifs.
Au-delà du droit, j'espère bien que les garanties qui doivent être prises par les fonctionnaires (et d'autres professionnels, d'ailleurs : je ne parle jamais ici de ma vie professionnelle, sur laquelle j'aurais tant à dire, mais un devoir de réserve et de confidentialité m'y oblige) seront suffisantes, si elles sont effectivement mises en place par les blogueurs (pas question de faire du blog une zone de non-droit : que deviendraient les avocats ?). L'anonymat est par ailleurs un élément de protection dans la presse (combien de citations par des journalistes de critiques sur leurs administrations ?). Pourquoi ne le serait-elle pas autant sur un blog, si celui-ci est effectivement bien maitrisé (illusion ?) ?
Reste que cette affaire ne devrait pas être emblématique du sujet. Notre proviseur n'a pas émis de propos véritablement immoraux, à mon sens (sauf à ce que son orientation sexuelle soit jugée telle par l'éducation nationale, ce qui me semblerait pour le moins jouer avec la loi Gayssot). Il a, en revanche, émis de nombreuses critiques et réflexions sur son métier, fort riches d'ailleurs. Peut-être faut-il voir là le fond de l'affaire ?
PS : Christophe Alix avait un peu trop vite sauté dans le sensationnel et le bas de gamme cette fois, en attribuant au proviseur des propos qui n'étaient pas les siens, dans Libé. Libé rectifie aujourd'hui en supprimant l'article. Un petit précédent, blogo-centré, mais intéressant, de réaction d'un media à la correction des blogs.




"Il y a peu, le statut des militaires pour leur permettre une - relative - liberté d'expression, là où ils étaient confinés dans une stricte observance du silence."
Il manque un bout à ta phrase, le verbe en fait : "le statut des militaires a été modifié pour leur permettre...", non ?
Rédigé par: Maitre Eolas | 19 janvier 2006 at 10:44
Eolas : thanks, corrigé.
Rédigé par: versac | 19 janvier 2006 at 11:02
"Il y a peu, le statut des militaires pour leur permettre une - relative - liberté d'expression, là où ils étaient confinés dans une stricte observance du silence."
Disons que la liberté d'expression justement toute relative, et le caractère nouveau pour les militaires de pouvoir enfin briser le silence, fait qu'ils ne maitrisent par encore totalement l'expression, et donc oublient parfois quelques mots...
Rédigé par: Krysztoff | 19 janvier 2006 at 11:06
La bonne nouvelle est que Libé s'est corrrigé.
Correptus misericordia ?
Rédigé par: all | 19 janvier 2006 at 11:25
Pour info, la version initiale du papier de Libé est encore disponible via la fonction imprimer des archives : http://www.liberation.fr/imprimer.php?Article=352068.
Le passage suivant est assez incroyable et le Christophe Alix en question a fait un peu plus que sauter dans le sensationnel :
"«J'ai en stock du fantasme sur les super queues de blacks et les bites de beurs», écrit-il avant de revenir quelques lignes plus loin sur les grèves contre la loi Fillon."
Rédigé par: Hugues | 19 janvier 2006 at 11:33
Alix a fait un copier coller malencontreux, mais il a publié un rectificatif, et reconnu son erreur.
Ce n'est malheureusement pas le cas de tous mes confrères....
Rédigé par: Gilles Klein | 20 janvier 2006 at 10:44
Alix a fait un copier coller malencontreux, mais il a publié un rectificatif, et reconnu son erreur.
Ce n'est malheureusement pas le cas de tous mes confrères....
Rédigé par: Gilles Klein | 20 janvier 2006 at 11:43
Oh proviseur My proviseur
La blogosphère se soulève contre la révoquation d’un proviseur, blogueur, homosexuel.
Nombreux sont ceux qui craignent que ce jugement ne fasse jurisprudence, sur l’homosexualité ou sur de droit de dire du mal ou du bien de son employeur en ligne.
Il me semble que la question n’est pas où on le pense.
Pour avoir lu de larges extraits de ses textes, il ne me semble pas qu’il s’agisse d’une sanction anti-homosexuelle. Peut être qu’il y avait des photos, ou des mots très crus, mais il me semble que les erreurs de « garfield » se trouvent ailleurs.
Se raconter sur internet pose problème quand on est en position de commandement et que son anonymat n’est pas préservé. Les réflexions générales d’un proviseur ou d’un enseignant peuvent être passionnantes tant qu’elles ne mettent pas en cause directement des personnes qui ne peuvent répondre ( l’intendant dans le blog de Garfield ).
Une autre frontière invisble, bien plus grave, me semble avoir été franchie. Le simple fait de parler de sa sexualité et de son goût effectif pour des personnes plus jeunes, quel que soit leur sexe, rend envisageable une transgression majeure pour un enseignant. Le maintien d’une séparation absolue entre sa vie amoureuse personnelle et privée et une fonction d’autorité sur des jeunes me semble essentiel. L’anonymat mal protégé de « Garfield » rendait cette frontière plus floue.
Rédigé par: l'homme dans la lune | 20 janvier 2006 at 14:07