08 mai 2008

Course à l'échalote

Bertrand Delanoë a donc lancé une initiative, manifestement pour répondre à la "consultation participative" (je ne me lasse pas de dire cette petite adjonction de termes) de Ségolène Royal. Il s'agit donc de "Clarté créativité courage", avec le site web à son nom.

Réponse du tac au tac, donc. Et texte à peu près aussi gnagnan et mélangeant allègrement le vocabulaire habituel du PS à des termes crus et modernes. expression de volonté sur ce que doit être le congrès, encore, plutôt que d'effectivement le préparer. On est dans le registre de l'injonction sur ce que le PS devrait faire, et en aucun cas dans la mise en pratique. Avec ce texte, on a presque l'impression que les signataires s'adressent à leur psy.

Je pensais bêtement que le PS, avec l'adoption d'une nouvelle déclaration de principes globalement pas idiote, allait sortir de ce genre de discours sur ce qu'il devait devenir, et s'attaquer au contenu effectif de sa pensée. Non.

Notons que, pour la forme, le site ne fait pas appel à la rhétorique participative. A tant faire, je préfère l'approche de Ségolène Royal, qui s'attache au fond, même si elle ne marche pas (aucune discussion effective ne s'y mène, il n'y a pas de modérateur apparent, pas d'échange construit).

Allez, un petit effort. On suggérerait volontiers à Manuel Valls de lancer une "pétition interactive" sur "un-congres-ferme-et-juste.fr" ou à Pierre Moscovici d'engager un processus de "dialogue collaboratif" sur "partageons-notre-socialisme.net". Ou pas.

Justice - stress

Lu sur le myspace de Romain Gavras, le réalisateur du film polémique.

Un commentaire certainement bien inutile, puisque nous sommes de toute façon pris au piège par ce clip: on en parle, ça crée du buzz, on n'en parle pas, on laisse le champ libre à tout et n'importe quoi.

La véritable violence de ce clip c'est la stigmatisation sociale et raciale de... toujours les mêmes ! Ce qui choque c'est surtout la vacuité du discours. Comment peut-on banlancer de telles images, sans en avoir rien à en dire ? Le seul "discours" semble être celui de la critique des images d'actualité (dont la forme est
singée et dont parle le seul discours articulé du clip). Or au moment même où vous critiquez ce pouvoir des images, vous faites exactement la même chose, mais en retournant tout le système dans votre propre intérêt. On se demande bien, du coup, où est la critique !!! En gros, on passe de la manipulation des images et des stéréotypes par les médias à des fins de promotions d'idées politiques à un processus tout à fait identique mais à des fins de promotion... commerciale d'un groupe de musique !!!!
Ce clip est une sorte d'étape ultime de tout ce que les situationnistes critiquaient: vous utilisez la souffrance réelle des gens (celles des victimes, comme celle de bourreaux - qui sont eux-même victimes de la violence sociale et médiatique) pour en faire un outil de promotion, le comble du "médié". la réalité
n'existe plus, elle est niée dans un jeu médiatique qui ne réfléchit plus - contrairement à ce que vous semblez vouloir faire - à ses conséquences. On est au bout du bout d'un système...
N'est pas Kubrick qui veut...

On sent bien le pseudo-discours qui sous-tend ce clip. Dénonciation du regard sur, mais sans stigmatiser, en revoyant aux media leur propre regard en miroir (symbolique du perchman qui brûle et de la caméra détruite à la fin). Sauf que ce message facile ne passe pas : la lecture des commentaires posés sous les vidéos suffit à s'en rendre compte.

Pour ma part, je vais revisionner les 5 dernières minutes de wassup rockers, nettement moins con, et qui relève d'autre chose que de la promo choc.

07 mai 2008

Vive l'Europe !

A Lille !

06 mai 2008

Joyeux anniversaire !

Un an ! En voilà de bonnes nouvelles !

Je souhaite un excellent premier anniversaire à Rue89 ! Avec mes remerciements pour un an d'expérimentations, de recherches, de pratique d'un journalisme différent. Merci et bravo à toute léquipe : on a presque l'impression que vous avez toujours été là (un peu comme l'autre, d'ailleurs).

05 mai 2008

Aller à Pondichéry

Je suis assez d'accord avec Hugues.

Après tout, quand on est un webdesigner français, jeune diplômé, avec un peu de compétences et d'envie de les développer, est-ce infâme, honteux, sordide que d'imaginer aller apprendre là-bas ce qui s'y passe ? S'y créer une connaissance de ce qu'est l'Inde, développer un réseau, apprendre un peu de technique, pour un salaire localement très acceptable. Revenir peut-être. Y avoir des perspectives de carrières enthousiasmantes...

La bulle médiatique sur cette annonce transmise à l'ANPE est un symptôme de plus de la bouillie inquiète qui tient lieu de discours sur la mondialisation...

Khmers Islam

Bande annonce d'un documentaire qui s'annonce plus que riche. Qui, à ma connaissance, n'a pas encore de diffuseur. Un génocide musulman par les khmers rouges ? Guillaume Orignac et Bruno Deniel-Laurent ont enquêté.

Diffusion à suivre. La bande annonce me confirme l'intérêt qu'a pu susciter ce travail de mon ami Guillaume.

02 mai 2008

lightgraffiti - bing !

Très fort.

Il faudrait que je m'y remette.

Versac answers

Considérant le flot ininterrompu de requêtes google qui arrivent sur ce blog, parfois farfelues, parfois tristes, et ne sachant qu'y faire, j'ouvre un nouveau principe de billet : la réponse à la question posée de manière implicite par quelqu'un étant arrivé sur ce blog au moyen d'une recherche google.

Le mois dernier, 6235 combinaisons de mots-clefs ont amené ici des visiteurs demandant à google de lui délivrer un sésame, une information, une réponse. La plupart du temps, et j'en suis bien désolé, ils sont repartis bredouilles. Ainsi cette personne qui rercherchait "ca+commerce+équitable+france+2006", ou "adresses emails des directeurs de sociétés industrielles français". Je passe évidemment sur quelques volumineuses demandes de recherches d'images d'anciennes maitresses de notre bon président, évidemment dénudées, ou de combinaisons pour le moins étonnantes de mots sordides. Je passe sur ceux qui cherchent à savoir si Aimé Césaire était juif, ou à retrouver les affiches électorales de Rachida Dati, je ne m'étendrai pas sur ceux qui veulent avoir accès à des "films pornauds". Les problèmes d'ortographe sont d'ailleurs parfois étonnamment révélateurs (ainsi, cette personne qui confesse à google "actuellement salariée dans une boite privé, je n'arrive pas à être embaucher aileurs").

Le volume de ces demandes, qui, pour la plupart, ont amené une visite unique sur ce blog, laisse toujours perplexe le blogueur : la diversité des rercherches effectuées prouve que le web ne répond pas encore à l'immensité des besoins qui s'y expriment.

Je piocherai donc, un peu au hasard, une ou plusieurs demandes parmi celles-ci. Et tenterai d'y répondre.

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01 mai 2008

Pourquoi j'aime les blogs

Parce que je ne trouve pas ailleurs de débats de la qualité de celui qui a lieu actuellement sur l'affaire du mariage-homosexuel-binational et de la modification de convention internationale pour convenance personnelle présumée.

Parce que ce débat est passionnant.

Parce que ces blogueurs jouent ici un rôle éminent de whistleblower.

Parce que ce débat se déroule dans la transparence, le respect du lecteur, la contradiction respectueuse.

Parce qu'il nous est livré les moyens de former notre jugement, sources et arguments clairement énoncés à l'appui.

Parce que tout cela est écrit avec talent, humour, finesse. On sent le plaisir de la disputation qui anime les auteurs.

-

Il suffit de lire.

Chez Jules.

Chez Eolas.

Chez Emmanuel.

Et ce n'est pas fini.

-

Ces gens sont de grands malades. Mais je suis assez fier de les compter au nombre de mes amis.

30 avril 2008

Message perso

Pour Dableuf : le voici. En revanche, je n'ai toujours pas vraiment compris ce que c'est que l'asile. Mais ca a l'air rigolo.

PS : pour toux ceux qui me demandent, je ne fais pas "d'échange de liens".

Fin du New Yorker dans le Megastore ? (rebonds divers)

Je suis en train de lire (en parallèle avec un peu trop d'autres choses, c'est un défaut) Design and Crime, de Hal Foster.

Chose amusante, je l'avais repéré et acheté à l'arbre à lettres, lors d'une de mes visites régulières (j'ai un faible pour Les Prairies Ordinaires, qui réalisent de belles éditions de livres qui font réfléchir). Puis un lecteur régulier (et discret) de ce blog me l'avait souligné.

Le livre est en fait un recueil de quelques articles, sur les relations de l'art et du marketing, de l'art et du design, de l'architecture (rôle des architectes stars, notamment) à l'heure de la culture de masse. L'un des articles, au début du livre, est en fait la traduction de celui-ci paru dans la LRB, il y a déjà huit ans, et qui me parait toujours d'actualité.

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Web et politique

J'interviens souvent à des conférences diverses, sans vraiment les narrer ici (de la même manière que je ne relaie pas mes passages media ou interviews et articles divers). Ce n'est tout simplement pas la fonction que j'assigne à ce blog, qui est avant tout un lieu de râleries discussions éparses.

Hier soir, ceci-dit, j'intervenais à une conférence du groupement HEC Web, tout nouvellement créé, sur le thème du web et de la politique. Y étaient présents Edouard Fillias (d'Alternative Libérale), Nicolas Princen (responsable de la cellule de veille de l'Elysée), Julien Landfried (Actu Point Info), Christophe Grébert (le présente-t-on encore ?) et Olivier Mousson (Nouveau centre et blog pensez libre).

Les débats ont été intéressants. On a rapidement, je crois, dépassé l'intitulé de la conférence, "internet, lieu du débat ou machine à ragots", pour explorer quelques réflexions autour des implications du web comme espace politique. Quelques petites notes éparses.

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L'intitulé de la conférence est pour moi symptomatique de la vision qu'on développe du web. On imagine mal une conférence de professionnels de la presse sur son avenir l'intituler "la presse, lieu du débat ou machine à ragots ?". Cela est lié à la difficulté à comprendre a complexité de ce qu'est le web, compte-tenu de son immensité, au manque de schémas de compréhension, et à la perception dominante qui se dégage peu à peu, issue du relais de ce qui en émerge, dans les media (le web comme alibi aux sales besognes de la presse, comme repoussoir idéal). L'enjeu, c'est de rapidement sortir du duel un peu ridicule entre ceux qui n'y croient pas ou jettent l'opprobre (le web, c'est mal, ça fout tout en l'air) et ceux qui sont des évangélistes (le web, ça va sauver le monde). Sortir de ce parallélisme de formes pour comprendre ce qui se passe, ce que ça change.

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J'ai tenté de rappeler quelques idées-clefs sur le web social.

Absence d'autonomie : les blogs, forums et autres espaces sociaux ne vivent que par le reste. Ils sont nourris de media, et de la vie de leurs acteurs. Si certaines communautés sont fortement autoréférentes (blogosphère geek, par exemple), c'est loin d'être généralisable : la presse nourrit énormément les blogs, nettement plus que l'inverse.

Hétérogénéité : il faut cesser de parler de "la blogosphère", et penser le web social comme un espace cohérent, unifié. Il faut l'imaginer comme une foule de grappes, de réseaux où les individus sont des noeuds. Difficile de qualifier "la blogosphère" : il vaut mieux parler de certains espaces identifiables en son sein. D'où, d'ailleurs, le risque identifié par Cass Sunstein du regroupement des mêmes.

Décloisonnement : ce qui caractérise cet espace, c'est aussi (à l'inverse de la thèse de Sunstein) la proximité, et la capacité de transmission entre individus, qui facilite le rapprochement d'individus différents. On voit des informations, des angles, des contenus circuler dans des sphères qui n'avaient a priori rien à voir. Tous les mécanismes de transmission de l'information et de l'opinion sont bouleversés. Par exemple, le buzz sur le documentaire "le mon de selon Monsanto" est passé très rapidement de sphères militantes (alter, écolo) à des blogs de cuisine et de vie pratique, dans un schéma de transmission qu'on consultant en opinion traditionnel aurait eu bien du mal à qualifier.

Nouvelles autorités : là où certains croient que le web social serait le lieu d'un nouveau relativisme, j'y vois plutôt des mécanismes de réallocation d'autorité. Souvent, dans des cas emblématiques (referendum, 11 septembre), c'est par la démission des acteurs traditionnels du débat, leur non prise en compte des nouveaux modes du débat et de l'information que la foule se tourne vers des autorités neuves. Les acteurs du jeu démocratique ont une responsabilité à investir le web social : se lamenter sur son relativisme revient à démissionner de son rôle.

Nouvelles concurrences : on est beaucoup revenus sur la nouvelle concurrence que constituent les espaces sociaux en ligne pour des rôles classiques des partis. Nommer de l'argent, désigner des candidats, organiser le militantisme, construire la réflexion et un programme : tout cela peut se faire sans une structure centrale. D'où l'émergence de nouvelles concurrences pour les partis politiques, qui leur impose de réinventer leurs modes d'action, d'intégration de nouvelles logiques de militantisme.

Perte de contrôle : une des personnes de la salle a relevé que le nom patronymique devenait une marque, qu'elle nécessitait une gestion proche de celle-ci. C'est vrai pour les personnes publiques. Et c'est tout à fait frappant, de remaquer que nombre d'hommes politiques, comme les entreprises, ont découvert sur le web qu'elles ne détenaient plus (ou n'avaient même plus l'illusion) de monopole de discours sur leur propre nom, leur marque. Ce sont les utilisateurs, les consommateurs, les citoyens qui sont en mesure de forger l'identité de ces acteurs.

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Deux idées avec lesquelles je ne suis pas en accord. Des menaces identifiées, liées à la pression qu'exercerait le web social sur le politique :

1. Cette pression limiterait le droit de l'homme politique à évoluer. L'effet mémoire du web empêcherait l'homme politique d'évoluer.

> en aucun cas. En revanche, il est vrai que la mémoire, la recherche, le travail de recoupements forcent l'homme politique à plus d'explications, quand il vient à changer d'avis, à évoluer. Ce n'est que justice. Notons que, pour l'instant, le web n'empêche pas notre président de pratiquer une triangulation pour le moins complexe.

2. il serait difficile de se réapproprier son propre nom, de gérer son identité en ligne. Au risque d'un big brother collectif, qui empêche quiconque de gérer son nom.

> Cela est vrai des personnes publiques. Pas des personnes privées. Encore que certaines aient été, effectivement, mises en pâture contre leur consentement (David Hirschmann, Mathieu Vaidis... et dans une moindre mesure Nicolas Princen). La maîtrise de son image en ligne n'est pas simple (c'est mon métier), mais elle suppose, si l'on veut effectivement entrer dans un mode de protection contre les malfaisants, de participer à cet espace : celui qui y est étranger n'y a que peu de pouvoir. gérer son identité en ligne, cela veut souvent dire : bloguer.

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... Autant de vastes sujets. Sans fin. Evidemment, mes amis blogueurs seront curieux de savoir à quoi ressemble Nicolas Princen, s'il est armé de micros, caméras et autres mouchards du web. Il est juste sympathique et sa mission fort éloignée du délire qui a accompagné son annonce. Mais c'est un autre sujet.

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