Moi qui suis souvent prise de jetite, de donnite et même de vendite...
On a revendu ma harpe celtique un an ou deux après que j'aie arrêté d'en jouer, elle prenait la lumière et la poussière dans ma chambre ; cela m'a coûté de me séparer de mon instrument, je suis heureuse de savoir qu'une autre jeune fille a rêvé avec ma harpe et s'est abimé le bout des doigts dessus pour produire des cascades.
Aujourd'hui, c'est ma nièce chérie qui fait l'expérience de la corne au bout des doigts.
Il y a des objets que j'ai voulu conserver, comme mon petit matériel d'aquarelle, acquis l'année de mes 14 ans : le pinceau en poil de petit gris, ça avait l'air super important le petit gris, et la boite compacte en fer blanc, avec ses couleurs concentrées et sa palette.
Je prenais des cours avec ma copine Julie, beaucoup plus douée que moi, et un jour le prof m'a virée du cours pour insolence - comme le prof de théâtre m'avait eue dans le nez avant lui, comme mes profs de harpe m'avaient intimidée et finalement, nous n'avions pas noué de relation et j'ai fini par arrêter de jouer, et de peindre.
J'ai gardé le goût de ces disciplines (et des pédagogues qui savent fixer des règles et prendre chaque enfant là où il en est), et gardé mon matériei d'aquarelle comme un petit trésor.
Je le range (avec quelques crayons à papier, une bonne gomme, un taille crayon où y'a encore l'étiquette du prix marqué en francs, un morceau de sopalin, des mini godets à eau), dans une pochette rose framboise qu'on aurait dit conçue pour accueillir et conserver mon trésor, la possibilité d'un trésor, le temps que j'y revienne, peut-être.
Recoller les morceaux, me donner de nouveau le droit d'essayer même si je ne me trouve pas douée, même si j'ai été virée du cours, même si mon médium c'est l'écriture.
JE NE VEUX PAS ETRE UN IMPRIMé ! hurlait (sur le papier) Karen Blixen.
Et voilà, depuis quelques mois Chimène et moi nous remettons à peindre (enfin, elle n'a jamais arrêté, c'est moi qui m'y suis remise grâce au fabuleux pinceau à réservoir d'encre que je remplis d'encre de Chine et ainsi on peut l'emmener et dessiner partout), mais à présent on dessine ensemble.

Comme avec Julie à l'époque, je la trouve bien plus douée que moi, et en même temps.. le plaisir que j'y prends, à cette concentration du dimanche ou des matinées à l'atelier d'Isabelle Besse, tout d'un coup aimer le sujet, entrer dans la queue du renard ou dans le cou du chat, réussir à rendre la courbe (presque) telle que je la voyais.. Je retrouve mes premières jubilations d'écriture, lorsqu'envin je parvenais à traduire finement ma pensée avec des mots.
Je suis heureuse d'avoir conservé mon petit matériel.
Les plus beaux cadeaux, c'est soi, à soi, qui bien souvent nous les offrons. Ce sont les autorisations que nous nous donnons, à faire.
(Mais quand même.. voilà une chanson qui me donne la pêche depuis deux jours) Et arrête la folie, arrête ta folie, fais voir un peu..
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