Cela va faire neuf ans que je travaille seule. Pour une fille femme aussi sociable que moi, c'est une ironie. Depuis que je suis dans la solitude professionnelle, je cherche à en sortir. Heureusement j'ai ici, j'ai vous... mais vous n'êtes pas des interlocuteurs de boulot. Mes clients, les éditeurs, sont des personnes avec lesquelles j'échange énormément : mais ce ne sont pas des pairs ! Jamais contente, la fille. Que voulez-vous, les collègues c'était le côté que je préfèrais dans ma courte vie de salariée (ça et la paye qui tombe tous les mois).
Quand on sort du système ce n'est pas si facile d'y retourner ; quand on entre dans la solitude, c'est parfois compliqué d'en sortir - comme si je suintais le mauvais caractère, l'inadaptation, la difficulté de faire des compromis... ou que je me voyais comme telle.
Du coup quand nous avons commencé à travailler ensemble sur un projet de livre, Marie et moi - un projet perso, amical ; puis quand on a lancé nos petits dejs avec Anna.... Vous imaginez la joie que j'ai éprouvé, que j'éprouve encore. Conseurs, collègues, échanges, disputes, égalité, s'épauler, soutien, collaboration, partage de rêves et inspiration. Et puis le top c'est : quand j'ai commencé à collaborer sur un mode projet pro ou semi pro avec des copines, c'est devenu plus facile de le faire avec d'autres copines, dans d'autres domaines. Et peu à peu j'ai commencé à me sentir moins seule.
Mais ce que je n'avais pas prévu c'est ce qui s'est passé ensuite. Un jour sur le blog d'Anna je tombe sur ce billet très beau. Beau, oui mais... C'est qui ce mec avec qui elle anime un atelier ? Sur un sujet hyper pertinent et qui m'anime depuis toutes ces années en plus ? How dare she, non mais ?
Cette première morsure passée, j'ai éclaté de rire et ai appelé Anna. "Tu sais quoi, avec toi je suis plus jalouse qu'avec Nico !" Ca l'a fait rire elle aussi ; et peut-être aussi un peu plaisir.
C'est intéressant quand même, de se plonger dans les méandres de nos drôles de coeurs.
[Et sur ce je partage avec vous deux phrases qui m'ont accroché l'oreille et l'oeil ce matin :
"Je suis de nouveau un homme car je t'aime avec passion !" Karl Marx à sa femme Jenny, dans la bouche du beau Raphaël Enthoven (on dira de lui ce que l'on veut, moi par exemple je goûte peu les hommes qui gonflent leurs plumes comme un paon... celui-là sait parler aux femmes).
"Que d'autres se flattent des livres qu'ils ont écrit, moi je suis fier de ceux que j'ai lus." Borges repris par Pierre Assouline (qui n'a rien à envier à Raphaël en termes de voix pénétrante..)
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