Encore une journée où rien ne se passe comme prévu - j'ai séché ma Voie des contes pour rester avec les trésors, on s'est mis à ranger l'appart alors on a squizé le défilé du Nouvel An chinois, puis on est sorti voir une de nos grands-mères... qui avait oublié qu'on venait puisque, quand on a sonné à sa porte, il n'y avait personne.
Ma part du rangement (qui n'est pas terminée) portait sur les livres. C'est indubitable, j'en achète trop - mais je ne peux pas m'en empêcher (et Nicolas non plus, quoi qu'il en dise). La bibliothèque déborde encore et cela fait plusieurs semaines que trois piles à côté de mon lit, qui tanguent à chaque passage de Churchill, ça commence à me titiller. La question, à chaque coup de balai, c'est "quels livres on enlève" et "qu'est-ce qu'on en fait"? Bah oui deux questions auxquelles répondre ça fait beaucoup pour une seule tête c'est pour cela que je ne range pas souvent.
La dernière fois, nous avions exposé nos livres en trop sur la commode du salon pour que les gens qui passent se servaient,certains étaient ravis de repartir avec trois ou quatre bouquins, mais il faut avouer qu'au bout de 6 mois l'exposition était toujours conséquente et j'ai dû remplir quatre ou cinq sacs IKEA pour aller chez le bouquiniste du quartier. Il nous a accueilli, moi, mes sacs et mon chiot, dans son réduit déjà surencombré de piles, un sourire d'une joue à l'autre et m'a dit qu'il allait les lire. Je l'ai aimé tout de suite.
Mais comme j'aime varier les plaisirs et que nous partions en goguette, j'ai rempli mon panier (celui de la photo de l'autre jour) de tous les loulous qui écorchent mon regard et je les ai semés sur mon passage. En trainant pour regarder si les gens les prenaient ou pas. Nina Bouraoui en bas de l'immeuble, pour voir si ça tentera mes voisins. Parler de la solitude dans le métro, - Hé Madame, vous avez oublié un livre ! - Ah non, il n'est pas à moi je vous assure... Un singe en hiver dans le Jardin des Tuileries. Nico sauve Lignes, de Haruki Murakami.
J'ai posé sur une table de terrasse d'un café, le bon polar Ouest de François Vallejo. Nous étions assis à l'intérieur (fallait bien se réfugier quelque part après la défection de notre vieille oublieuse), avec la table bien en vue. La beauté d'un livre abandonné sur une table de café, avec en toile de fond les derniers rayons sur le parc. Le flot des gens qui passent sous les arcades, sans même se douter de sa présence. Une femme élégante l'aperçoit, s'en saisit, le feuilette. Mon coeur bondit. Je pense à toute la chaîne de désir qui a amené ce livre sur cette table : la première inspiration de l'auteur, son lent travail d'écriture, puis l'éditeur séduit par le texte, puis les représentants, les libraires, les critiques... Jusqu'à moi, qui ai tourné longtemps autour de ce roman avant de l'acheter, qui l'ai finalement lu d'une traite et modérément apprécié.
La femme le repose.
Si personne ne l'a emmené d'ici à ce qu'on ait bu notre thé, je le reprends.
Un homme, grand, la silouhette molle, sort du café un gobelet fûmant à la main. Il le pose sur notre table, celle occupée par le livre. Il le prend, le soupèse, regarde à droite et à gauche.. Moi je remarque les poches de chaque côté de sa veste matelassée : pile la taille de mon livre. Qui est le sien, à présent ; je le vois dépasser de la fameuse poche. L'homme traverse tranquillement vers les Tuileries.
Allé, j'y retourne, des livres y'en a encore plein sur mon lit !
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