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Ma grand-mère paternelle, ma petite Mam chérie a passé une grande partie de sa vie à désirer avoir sa maison (elle suivait mon grand-père, dircab, de ministère en ministère, dans des apparts' de fonctions minuscules dans lesquels ils n'avaient pas toujours la place de loger leurs enfants et qu'elle n'avait pas la liberté de décorer à sa guise). Puis, quand elle l'a eue sa maison, peu avant ses 50 ans, elle a passé des années à l'aménager, la décorer, la chouchouter. Son intérieur, c'était sa grande affaire !
Et même très, très vieille, à peine capable de tenir debout, elle s'est toujours assurée que sa maison soit complètement nickel, bien tenue, à son goût. Jamais on ne l'aurait fait quitter sa maison pour une maison de retraite, malgré les chutes à répétition, la dépendance, tout ce qui fait que c'est compliqué de rester seule dans une maison à étages à plus de 85 ans.
Quand elle est morte, deux jours après, Papa nous a demandé si nous tenions à des meubles en particulier. Et moi ben j'ai emporté la table à ouvrage, vous savez l'espèce de meuble à deux battants où on range tout le matos de couture. Deux jours après sa mort, avec déjà quelques meubles manquants, et les magazines de Mam rangés, et son petit bordel (elle avait des milliards de pots de crème à proximité du coin de canapé où elle se tenait) débarrassé, et sans Mam, ben... La cosmogonie n'était déjà plus la même. L'esprit de Mam, on ne le sentait s'évanouir.
Cette histoire de cosmogonie est devenue tellement importante pour moi, dans ce qu'elle a d'attaché à une personne (vous savez, les copains qui déménagent, et leur nouvel appart' a le même esprit que le précédent) que je la guette à chaque coin de rue. Je la photographie dans les boutiques. J'en jouis chez mes beaux-parents, chez mes belles grands-mères, chez la moitié de mes amis dont le goût de l'assemblage rejoint le mien. Je la déplore chez les autres...
Et c'est par ce bout là, par la cosmogonie, l'arrangement de l'espace, les fleurs, la vaisselle, les cahiers, les torchons, le thé qui va nous irriguer, les gâteaux, les surprises, que j'aborde jusqu'à présent les formations dont je suis l'auteure. Ce moment de joie, où je sens ma singularité à l'oeuvre (choisir, assembler, offrir, partager un émerveillement pour ce que je trouve beau ou bon), me donne une confiance dont tout le reste découle.
février 21, 2013 dans Amigos, Au boulot !, Cousinage, Deseo, la joie, la petite voix, Les lieux, Les objets, Se lancer se risquer chercher | Permalink | Commentaires (4)
Un nouveau terme que je découvre, merci :))
Je suis sensible aussi à ces atmosphères que l'on crée et dépose, où que l'on soit, je crois.
J'aime ces formes d'intelligence, d'aura finalement.
Rédigé par : Cloudy | 21 fév 2013 10:35:49
C'est touchant... Il y aurait beaucoup de choses à dire. D'abord je trouve triste que l'on passe sa vie pour obtenir quatre murs : Une vie contre une maison... mais pourtant il faut s'estimer heureux d'y parvenir !
Cela étant dit ces murs ont une âme propre à leur propriétaire, je suis bien d'accord...
Bonne soirée.
Rédigé par : Le Marginal Magnifique | 22 fév 2013 00:09:11
Comment tu définirais une "cosmogonie", Christie ? Les définitions parlent de "système de formation de l'Univers", alors j'avoue avoir un peu de mal à suivre. :o) La façon dont les personnes créent leur intérieur, peut-être ? BIses !
Rédigé par : Anne-So | 22 fév 2013 09:49:21
ah j'aime bien ta question Anne-So
ben dans ma tête, une cosmogonie c'est une manière propre qu'ont certaines personnes, certaines familles, d'aménager l'espace...
Rédigé par : Christie | 22 fév 2013 10:06:50
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