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jeudi 26 janvier 2012

le quart d'heure colonial

Herbe 3

C'est une histoire toute simple, sans doute même que je vous l'ai déjà racontée (en 8 ans, j'ai eu l'occasion ; et j'ai appris, compris, récemment que ceux qui se répètent le font car ils ont la sensation de ne pas être écoutés). 

Mon grand-père maternel ; nous l'appelions Mon Cher. Il me faisait très peur, en plus il préfèrait mon petit frère et ma cousine Raphaèle (il avait un favori par famille, chez nous c'était mon frère et parmi Raf et ses soeurs, c'était Rafalou, comme il l'appelait ; moi, je n'avais pas de surnom).

Ce grand-père terrible avait servi dans l'armée, il a fait presque toute sa carrière à l'étranger, Martinique, Madagascar, et l'Indochine, pour finir attaché militaire à Bangkok. Puis l'armée a voulu le muter à Charleville Mézières, comment dire, la perspective lui a moins plu (moi ça me dirait bien de découvrir les Ardennes, mais mes grands-parents n'ont aucune attache dans le coin, et quand on connait et qu'on aime la Thailande, anyway, c'est difficile d'en revenir, surtout que là bas ils étaient des dignitaires). Bref il a démissioné et il est devenu préfet des études en prépa à Sainte Geneviève, je crois qu'il a aimé cela aussi, je crois qu'il a été respecté de ses hommes puis des étudiants, 
mais avec ses enfants, ses beaux-enfants, ses petits-enfants, avec moi, c'était une autre paire de manche.

Et pourtant, je suis fière de descendre de ce grand-père démiurge, qui a fait 8 enfants à ma grand-mère, qui a découvert Belle-île et eu le courage d'acheter un immense terrain alors que mes grands-parents n'avaient pas un radis. 

Vous comprenez que les colonies, il connaissait. 

Mon frère et moi passions chaque année des petites vacances et un morceau des grandes, à Belle-île, dans leur maison (et surtout dans le jardin). Il y avait tout un tas de rituels très contraignants comme le lever à 8 h, la messe du dimanche, les portes intérieures qui devaient être fermées, les colères imprévisibles de Mon Cher, rituels et force qui après sa mort en 1988 ont fait défaut à la famille... Mais un rituel que j'aimais, c'était celui de l'histoire avant d'aller se coucher.

Mon Cher avait un livre, je ne sais pas qui l'a récupéré,  un gros livre à la couverture en tissu vert, 52 contes du monde entier, dont il nous lisait un conte chaque soir. A 20 H15, nous les petits-enfants étions attendus dans le salon, autour de la cheminée. Mon Cher était dans son grand fauteuil et de sa voix forte, il nous emmenait loin, loin, loin. 

Comme il fallait que nous soyions très silencieux et sages pour l'écouter, nous devions être calmés et pas surexcités comme le sont souvent les enfants, l'été, quand il ne fait pas nuit et qu'ils doivent quand même être expédiés au lit. Mon grand-père, ce grand manager, avait eu l'idée de nous envoyer nous défouler dans le jardin avant l'histoire : il appelait ce moment le quart d'heure colonial. 

Je ne sais plus ce que nous faisions, à quoi nous jouions, si nous courions partout ou si nous escaladions les arbres, ni comment nous parvenions à nous calmer après. 

Ce que je sais, c'est qu'aujourd'hui encore, il se passe rarement un jour sans que j'ai mon quart d'heure de fofolle - pas un jour sans qu'une fraction de seconde je n'évoque ce grand-père caractériel et amoureux des mots. 

Endormie
Ma toute petite, lors du dernier Belle-ïle avec mes amis, en 2004. 

Il y a un an, j'y étais d'ailleurs, à Belle-île.. Mon premier retour depuis qu'on a vendu la maison.. J'ai eu froid aux seins, mais c'était bien !

Photo du 39461314-01- à 10.57

C'était bien. 

Dans la pampa

Oui c'était bien. Les vrais paradis sont ceux qu'on a perdus. 

Commentaires

Les vrais paradis sont ceux que l'on trouve quand on ne les cherche pas, et puis peut-être, ce/ceux dont on se souvient bien après qu'ils aient existé.
Très beau textes et photos.
Merci

Rédigé par : camille | 26 jan 2012 14:11:59

J'aime beaucoup ce texte, et cette histoire.
[intéressante l'idée que si on se répète, c'est qu'on peut avoir l'impression de ne pas être écouté...dixit la fille qui a souvent l'impression de se répéter...sans avoir envisagé cette hypothèse! Mais plutôt celle de la mémoire/concentration défaillante...]

Rédigé par : Snödroppe/Sophie | 26 jan 2012 14:40:54

Jolie histoire ... mais... euh... c'est quand meme un petit peu raciste, non, cette histoire de quart d'heure colonial? ou c'est moi qui ai mal compris?

Rédigé par : LOD | 26 jan 2012 15:53:20

Chez nous, la quart d'heure colonial, c'est quand ma chienne se met à courir à toute allure comme une folle, autour du jardin ou même dans la maison. Ça ne dure pas longtemps mais c'est intense ! Je ne me souviens pas d'où vient l'expression.

Rédigé par : swahili | 26 jan 2012 16:09:46

Merci pour ces jolis souvenirs.
J'ai tellement peur de perdre mes paradis que j'ai du mal à en profiter tant qu'ils sont encore là...

Rédigé par : Anne-Laure | 26 jan 2012 17:18:06

C'est ce que je disais à mes filles ce matin
celles qui me prennent la tête une partie du temps
et qui pourtant ne sont là que pour un temps
et je leur dis que j'en profite, que je la savoure leur présence !

Rédigé par : Christie | 26 jan 2012 17:23:50

merci pour cette belle histoire et ces photos touchantes...

Rédigé par : Cenina | 26 jan 2012 18:02:09

En voyant ton post sur Facebook, j'ai pensé "ah bah ma Christie s'autocomplimente !" et je suis venue... et tu as bien raison d'être fière de ton texte, il est vraiment magnifique.

Rédigé par : Caroline | 26 jan 2012 21:09:46

Joli texte, mais un peu triste aussi, de considérer que les vrais paradis sont ceux qu'on a perdus. Mais il est vrai que les souvenirs font souvent ce travail d'injecter de la magie au passé.

Rédigé par : la belette | 26 jan 2012 22:17:40

J'ai adoré lire cette histoire. Tu as un vrai don de conteuse!

Rédigé par : verveine | 26 jan 2012 22:44:00

l'histoire a pris une toute autre direction que celle que je voulais lui donner.. c'est ça qui est bien quand on écrit !

Rédigé par : Christie | 27 jan 2012 10:01:26

Pas facile de vivre avec un tel homme !
Une pensée à sa femme," Il lui fait 8 enfants", juste un instant pour lui, pour elle beaucoup de temps et de peine, enchainer gosses sur gosses
La femme ne disposait pas de la liberté de son corps à cette période

Rédigé par : franck | 27 jan 2012 12:41:44

Rigolo : chez nous, le quart d'heure colonial c'était la même chose mais appliquée par mon père… à notre chien, un grand boxer un peu foufou qui faisait le tour du jardin dix fois à fond la caisse avant de rentrer s'étaler sur le tapis. Mais il n'avait pas droit à une histoire après, lui ! J'aime beaucoup ton récit en tout cas.

Rédigé par : Satsuki | 27 jan 2012 15:10:43

merci de me l'avoir demandé, Satsuki
je ne l'aurais pas écrit sinon, et je suis contente de mon texte...

tu me donnes envie d'adopter un boxer...

Rédigé par : Christie | 27 jan 2012 16:01:39

J'adore cette histoire.
Dans ma famille aussi existe la notion de "quart d'heure colonial". Et j'aime cet aspect désuet de nos enfances pourtant si différentes.

Rédigé par : Natalie | 30 jan 2012 14:35:34

Oui c'est vrai, il y a comme un côté sépia...

Rédigé par : Christie | 30 jan 2012 15:22:22

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