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mercredi 18 janvier 2012

le corps de nos parents

La vie, si fragile

Il ne nous appartient pas
(pas plus que ne nous appartient celui de nos enfants).

Et pourtant.

C'est à partir de l'une de leurs côtes que nous avons été modelés.
C'est à leurs yeux que nous avons accrochés les nôtres pour pousser jour après jour.
Ils nous ont légué nombre de leurs goûts et leurs dégoûts (aaah le thé... ah les fraises.. aaah la crème fraiche... aah le Japon !) 
C'est leur sourire, la forme de leur lèvres, la couleur de leurs yeux, le débit de leurs paroles, que les vieilles tantes et les amis de la famille retrouvent en nous. "Quand tu parles, je croirais entendre ta mère !" (Ce que ça a pu m'énerver !)

Et c'est à ces corps que nous nous raccochons en dernier recours, quand plus rien d'autre ne veut de nous - nos parents  jamais ne demandent pourquoi on les appelle, et toujours se réjouissent à l'annonce de l'une de nos visites. Tu pars déjà ?

Alors quoi. Une égratignure, ou pire, une blessure, ou pire, une maladie, infligés à mon père ou à ma mère, et c'est moi qui saigne, qui tremble, qui perds le souffle, qui m'évanouis. 

Et ça finira par arriver. C'est déjà arrivé. Ca arrive. 

Tremblons, donc, nous les futurs orphelins. 

Et prenons soin d'aimer ceux qui nous ont donné le jour. 

(En plus quand nous n'avons plus nos parents nous ne pouvons plus leur piquer leurs affaires, ni recevoir leurs cadeaux, puisque tout cela nous revient. C'est beaucoup moins drôle d'avoir TOUTE la mercerie et TOUS les torchons de ma grand-mère, que de les recevoir au compte goutte. Bref je profite d'avoir encore ma maman pour de longues années pour vous lire ce haïku issu d'un recueil que je lui ai emprunté il y a 4 ou 5 ans, l'affreuse 

Ce jour si long -
trop court encore
pour le chant de l'alouette ! 

Matsuo Bashô

Commentaires

Alors là moi franchement, le "pourquoi t'appelles ?", j'y ai parfois eu droit. Je file chez un psy ;-)

Rédigé par : Anne-Laure | 18 jan 2012 10:39:27

Merci pour ce texte qui résonne en moi au plus profond.
Je culpabilisais de me sentir vulnérable face à la maladie de mes parents alors que c'est dans l'ordre des choses, que je dois rester forte pour les aider, pour aider mes filles qui ont aussi besoin de soutien en ce moment...Tu me rassures, et je recopie tes mots pour les garder sur moi...

Rédigé par : swahili | 18 jan 2012 14:48:02

ma bichounette
j'ai pensé à toi en écrivant ce texte...
hier soir j'ai relu mon cahier de 2010, dans l'une des pages j'ai marqué des choses gentilles que l'on m'avait dites et il y avait une phrase de toi...

Rédigé par : Christie | 18 jan 2012 15:05:37

:-)))

Rédigé par : swahili | 18 jan 2012 16:15:37

Oh, comme tu traduis bien mes propres pensées ! C'est si beau ce que tu écris, si émouvant.
En ce moment, dès que mon daddy a une faiblesse, je m'inquiète, je m'inquiète, je me fais peur, même si je sais, la peur n'évite pas le danger, je ne peux pas m'en empêcher...
Et je tremble, tremble, impossible d'imaginer le perdre un jour...

le "pourquoi tu appelles?" je l'entend souvent dans la bouche de ma maman, jamais dans celle de mon daddy, il n'oserait pas peut-être?
Bises ma Christie !

Rédigé par : small head | 18 jan 2012 17:24:51

Ton billet est juste et touchant... Je fais partie de ceux qui se bouchent les oreilles quand leurs parents commencent à leur dire qu'ils ont mal quelque part (rien que l'idée, je peux pas, c'est insoutenable), d'ailleurs ils me protègent en évitant souvent d'évoquer leurs douleurs... J'en suis pas fière de ne pouvoir affronter cela, mais je crains que cette part de moi ne grandisse jamais.

Rédigé par : la belette | 18 jan 2012 23:24:47

J'ai une amie de 8 ans mon ainée, qui me raconte que sa mère a grandi brutalement lorsque son père est mort...

Rédigé par : Christie | 19 jan 2012 15:07:58

Se détacher de ses parents aident à grandir et est nécessaire pour son propre bien m^me si c'est difficile
Les proches sont souvent des dangers : voir l'émission sur france 5 "http://les-maternelles.france5.fr/?id_dossier=893&page=dossier" "Introduction
Aujourd’hui, en France, on estime que deux enfants meurent chaque semaine à la suite des mauvais traitements infligés dans leur propre famille¤. Un chiffre incompréhensible, révoltant. Pour chaque situation révélée, trop tard, dans les colonnes des faits divers, combien de souffrances resteront ignorées ?"

Rédigé par : Marie | 20 jan 2012 13:27:38

Tellement vrai... Et c'est lorsqu'on manque de les perdre qu'on comprend plus encore que les petites égratignures ne sont rien si l'on ne peut plus se regarder dans leurs yeux.

Rédigé par : Isa Lise | 20 jan 2012 14:30:41

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