Coucou mes chéries-chéris,
avec le conte de Juniper j'ai la joie d'inaugurer une nouvelle rubrique de ce blog et de ma vie : les contes thérapeutiques. En voulant écrire pour mes enfants je me suis aperçue que je portais de nombreux contes en moi, des contes qui ont envie de s'adresser à des personnes que j'ai rencontrées et que j'aime et aussi des contes pour parler à la petite Christie qui n'est pas bien loin. Mon objectif est d'écrire ces histoires et de les illustrer, soit moi-même, soit Chimène et Alma, soit si des dessins ou des collages ou des broderies ou des chansons vous viennent.. ou des photos ou des suites... et bien vous pouvez me les envoyer et ce sera l'illustration du conte.
J'ai créé un cahier spécial contes mais je me rends conte heu compte que ça m'aide de passer par la médiation de maviesansmoi... Merci encore une fois de vos regards et de votre présence, parlante ou silencieuse !
Allé zou je me lance.
Il y a très longtemps - vous n'étiez pas encore nées, ni moi non plus, c'est dire - vivait dans un enclos, au bord de la montagne, une très jolie petite chèvre qui s'appelait Juniper. Oh elle ne vivait pas là toute seule, elle était entourée d'une bande de chèvres dont pas mal de copains cabris et de copines chevrettes.
Juniper se sentait spéciale. D'abord parce que sa robe était toute blanche alors que celles de toutes les autres chèvres de l'enclos étaient brunes, ou noires, ou encore blanches tachetées de brun. Et puis, elle avait un don : elle savait reconnaître toutes les plantes de la montagne, et non seulement les reconnaître mais savoir lesquelles étaient fondantes et lesquelles croquantes, lesquelles utiliser pour faire lustrer le poil et lesquelles utiliser pour calmer un ventre ballonné ou panser une patte foulée.
Elle avait repéré un petit trou dans la haie de l'enclos et ses parents s'arrangeaient toujours pour regarder ailleurs quand elle disparaissait des journées entières, du petit matin à la tombée de la nuit, pour aller explorer la grande montagne. Elle qui avait très peur des araignées et de l'obscurité, était intrépide quand il s'agissait de sauter de rocher eh rocher pour aller arracher un brin d'herbe inconnu.
Et puis le soir bien sûr, elle revenait dans la chaleur de l'enclos et s'endormait contre sa maman.
Certains jours cependant Juniper n'avait pas envie d'aller explorer la montagne ni de mâchonner des herbes : comme toutes les petites chèvres, elle avait envie de jouer avec ses copains et ses copines à la balle ou à la paume placée. La plupart du temps ça se passait bien et elle s'insérait sans mal dans leurs jeux ; mais il arrivait que les autres petites chèvres lui tournent le dos, se moquent d'elle en la traitant de "machonneuse" et lui disent qu'ils n'avaient pas besoin d'elle.
Et Juniper se sentait alors très malheureuse.
Un jour que personne ne voulait jouer avec elle, Juniper ravala un bêlement douloureux (c'est la manière qu'ont les chèvres de pleurer) et elle se rendit au fond de l'enclos. Il y avait là Bleu bleu, un vieux chardon que personne ne s'était aventuré à croquer tellement il avait d'épines et puis, c'était le doyen des chardons de ce champ. Il aimait beaucoup Juniper car elle lui faisait part de ses découvertes, et ensemble ils avaient beaucoup de plaisir à parler des 1001 possibilités offertes par les plantes.
- Que t'arrive-t-il, mon beau chardon doux ? demanda-t-il à Juniper.
- Les autres ne veulent pas jouer avec moi. Je me sens seule et je m'ennuie. Je voudrais tellement être comme eux !
Bleu bleu la regarda de son regard beau gris bleu un peu passé par le soleil. - Mais moi je t'aime bien comme tu es...
Et je reconnais que ce n'est pas facile d'être différente et tu es très courageuse de le vivre. Dis toi que les autres chevrettes et cabris sont sûrement jaloux de toi, d'abord parce que tu as ce don de reconnaître les plantes et en plus tu oses t'aventurer dans la montagne alors qu'eux-mêmes ne sont jamais encore sortis de l'enclos.
Transmets ton don. Intéresse toi aux dons des autres. Accepte aussi les moments de solitude que tu n'auras pas choisis. Comprends que c'est le prix à payer pour être toi, dans toute ta richesse. Et quand tu te sentiras trop triste et trop seule, tu sais que tu pourras toujours venir me voir.
Juniper avait très envie de sauter au cou de Bleu bleu pour le remercier, mais elle se ravisa à cause des piquants.
Elle retourna lentement vers le centre de l'enclos.
Il y avait un attroupement : Philémon, le petit cabri, s'était tordu la patte en jouant à la marelle ; il était étendu à terre et poussait de petits gémissements.
Juniper s'approcha timidement - Je connais une herbe qui soulage et une autre qui permet à l'entorse de guérir plus vite... Philémon acquiesca avec gratitude. Le cercle s'ouvrit devant Juniper, émue et fière de pouvoir les aider.
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