Dimanche, sous le soleil de 9 h du mat', j'ai croisé un vieil ami qui comme moi, courait au Champ de Mars. J'ai dû le héler plusieurs fois pour qu'il tourne la tête, "Oh pardon je ne t'avais pas reconnue !" "C'est que tu ne m'as jamais vue en gazelle.." Moi non plus j'avais failli ne pas le reconnaître tellement il a grossi depuis le temps où nous étudiions côte à côte en prépa. Les années n'épargnent pas certains hommes ; et je ferais mieux de me méfier moi aussi, du petit tas de graisse autour de ma taille.
Déjà quatre ans que je cours. Quand j'ai commencé en 2006, c'était, déjà, pour tenter de mincir : redevenir celle que j'ai toujours été dans ma tête, cette fameuse gazelle limite androgyne. Oui mais voilà avant même l'avent de Chimène, le vilain bourrelet s'est emparé de mon ventre. Je suis trop gourmande et pas assez portée sur les abdos. Et quand Chimène est née, le docteur a regardé mes seins et m'a dit "votre corps ne sera plus jamais comme avant". J'avais tellement pleuré de me voir dans la glace au retour de la maternité, que sa remarque a touché une corde assechée.
Courir a pour un temps semblé régler le problème, le problème de la ligne et beaucoup d'autres à côté (comme celui de la colère et de la fierté de mon corps) et puis... non. Au bout d'un an d'efforts heureux, je me suis rendue compte que la bouée autour du ventre revient au moindre ralentissement. Comme une drogue, il en faut toujours plus pour que ce soit efficace. Sauf que j'ai participé à une course qui m'a rendue malade ! Après les 20 kilomètres de Paris, en octobre 2008, j'ai eu une semaine de courbatures et de fièvre et de migraine (j'étais bien préparée sur le plan de la course, mais n'étais pas assez hydratée, voilà ce que j'en ai conclu). Alors après j'y ai beaucoup moins cru. Puis mes genoux se sont mis à gonfler au bout de cinq minutes sur le bitume et à ce moment-là, je me suis carrément découragée.
Aujourd'hui, la petite bouée a repris son ampleur des plus beaux jours mais si je me remets à courir c'est avant tout par désir de me sentir de nouveau gazelle ; pas gazelle statique et mais gazelle bondissante. Je suis amoureuse de cette traversée de Paris ou du paysage qui m'accueille, à petites foulées. Deux fois par semaine, aller vers l'eau.. traverser des parcs (Champ de Mars - Tuileries, ou Saint-Lambert - André Citroën)... doubler les touristes sur le bitumes.. m'étirer dans un petit carré d'herbe ou sur un pont suspendu entre l'eau et le ciel... gorger mes poumons d'air et revenir à métro ou à pied.
Tout cela seule ou accompagnée, de Churchill et de la compil que je m'affûte petit à petit sur l'ipod shuffle.
J'ai du mal à dépasser les 25, 30 minutes à chaque fois ; et si je maigris c'est très subtil.
Simplement, je retrouve mes ailes.
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