... et dans l'exaltation de ces journées pleines, dans la fatigue du soir, je ne trouve plue le vide pour écrire (surtout que je dois ré-ré-écrire un synopsis pour un autre documentaire que je complote et que j'aimerais bien faire même si je peine à imaginer comment ce sera).
Apprendre un nouveau métier... penser un objet sonore, pour moi qui suis spécialisée dans l'écrit... ça prend une place folle !
J'y serai encore demain et après je retrouve un peu de mon vide. Souvent terrifiant ce vide, mais nécessaire pour écrire. (La fille qui veut toujours autre chose que ce qu'elle a. C'est de famille il parait, ça et l'instinct de rebondir comme un chat).
Le documentaire on l'a tourné avec les commerçants de mon quartier, au sujet de leur relation avec leur tenue de travail. Le titre que j'ai donné c'est Y'a-t-il quelqu'un sous l'uniforme. Maintenant je connais les prénoms de tous mes commerçants chouchous. Bon j'arrête de danser partout faut que j'aille ranger la cuisine...
En juin dernier, Chimène m'a soufflé, avec sa finesse coutumière, que manger à la cantine tous les jours.. franchement.. si j'avais une autre idée... Alma mon petit chou a abondé Oui Maman la cantine c'est dégueu. J'ai réalisé qu'en 4 ans d'école, même quand je travaillais juste à côté avec mon emploi du temps super flexible, je n'avais jamais pris mes enfants pour déjeuner et que bientôt elles seraient grandes et ne voudraient plus entendre parler de leur vieille maman qui pue.
Donc j'ai pris sur moi et avec un grand soupir (intérieur) j'ai annoncé D'accord l'année prochaine j'irai vous chercher à déjeuner le lundi. Ouais !!! se sont exclamées les choupettes. Et moi, soupir soupir soupir rongnongnon petite matinée de deux heures fatigue fatigue des enfants perte de liberté dans quoi je m'embarque...
Mais pourquoi jusqu'ici je n'ai été maman qu'à moitié ?
Ces déjeuners sont géniaux. Toutes les 3, nous sommes super contentes de nous retrouver. On mange au mac do ou on pique nique. On se raconte la matinée. Après elles jouent au parc et reviennent vers moi toutes les deux minutes et je suis heureuse de les sentir se coller contre mon flanc.
Pourquoi me suis-je privée de ces moments jusqu'ici ?
Merci les filles. Merci aussi à toi mon bébu, le tout petit qui m'a passé le message : sois une vraie maman pour tes enfants déjà nés. Une maman heureuse, présente, qui sait que "se sacrifier" ce n'est pas vraiment se sacrifier, c'est juste vivre pleinement une époque qui ne durera pas.
Forcément, j'ai les larmes aux yeux en écrivant ça...
[Et Alma qui tous les matins me demande si c'est ce jour là que je viens les chercher pour déjeuner...]
Ca nous change grave de la Corse, les jets d'eau du parc André Citroën. Mais quelle joie hier de voir mes fillous courir en culotte à travers les gouttes pour se rafraichir en cette fin d'après midi d'été indien. Ce parc où toutes les deux elles se sont entrainées à marcher, à faire de la trott, du vélo. Et puis avant, après, le vélo sur le trottoir. Elles grandissent bien..
Quelle satisfaction de couper les fleurs dans le jardin de mon amie Viow (en vingt minutes de travail on voit un massif revivre), puis le lendemain de ratiboiser les rosiers de ma grand-mère.
Quel régal de tester de nouvelles salades (merci Scally, ton blog une fois encore offre une planche de salut et incite à tenter de nouvelles choses avec l'assurance que ce sera bon raffiné inhabituel ET simple...).
Quelle énergie contre les asticots qui avaient fait leurs nids dans les endroits les plus inattendus, on a dû jeter la moitié de nos stocks de cuisine et une étagère louche.
Quelle légèreté samedi soir quand Nico et moi avons enfourché le scooter pour rejoindre la terrasse de nos copains. L'impression que nous n'étions pas sortis depuis des siècles...
La vie reprend. Je suis contente - soulagée.
[Coucou mes p'tits doux. Chacun vous m'avez laissé un petit mot, chacun votre son de cloche. Ca m'accompagne votre tendresse. Vos couleurs me traversent, certaines cicatrices un peu plus longtemps que d'autres. Je prépare un billet sur la pertinence d'avoir écrit tout ça, comme ça.. ]
[Je viens de me balader sur ce blog - par hasard ! et j'ai senti le goût des choses. De manière très différente, ça m'a fait penser à ce film de Claire Denis - mon préféré so far de l'année 2009. Pendant plusieurs semaines, il m'a rendue plus humaine. Y'a l'affiche dans le couloir de France Culture.. ]
Je ne sais pas comment lutter contre le vide, étais-je en train de dire à Nicolas, bien serrée dans ses bras, dans la cuisine. Les obstacles tangibles, je peux les affronter, mais le vide ? que veux-tu faire du vide ?
Les premiers moments après la révélation de la fausse couche, faut un peu se battre - pour guérir, pour partager avec les uns et aux autres, éviter de sombrer. Mais c'est quand les choses reprennent leur ordre que la tristesse s'incruste. L'a-quoi-bon. J'ai du mal à répondre quand on me pose des questions. Envie de me rouler dans une couverture et m'endormir dans le premier coin venu.
En disant cela, je levais les yeux vers le plafond... Il était recouvert d'une colonie d'asticots. C'est immonde !! Ni une ni deux j'ai sorti l'escabeau et munie d'un sopalin, je les scrountchés l'un après l'autre. Yeuk.
Il est temps de parler d'autre chose.. non que je vais arrêter d'en parler complètement hein... mais depuis que je suis rentrée à la maison, dimanche, mes bichettes et le travail m'ont beaucop aidée à garder pied ; je suis revenue avec l'intention de me laisser traverser par la tristesse, mais pas envahir et encore moins squatter.
Elle réclame sa place, malgré tout. Elle descend par vagues, à la fin de la journée quand je suis crevée. Quand mon ventre glougloute. Ou quand la maîtresse de Chimène me demande comment je vais avec une gentillesse tellement gentille que les larmes me viennent aux yeux.
Bref. Je ne suis pas encore capable de complètement parler d'autre chose. Je vous raconterai mes ptites histoires demain !
En m'endormant vendredi soir dans le lit de la chambre 222, il devait être 23 heures et des poussières, j'ai respecté mon rituel. Chaque soir avant de m'endormir je me repasse les cinq plus beaux moments de la journée. Il y a des soirs où je peine à faire ma liste, mais vendredi soir, ça a été facile
les yeux éperdus de Nicolas ma maman qui est a lâché tout ce qu'elle était en train de faire pour venir s'occuper de mes enfants le bleu des yeux d'Odile, l'infirmière qui m'a accompagnée au bloc et ne m'a pas lâchée jusqu'à ce que je m'endorme... qui était là au réveil.. nos discussions sur l'amour la certitude de mes deux filles bien vivantes, endormies dans leur lit à quelques mètres à vol d'oiseau le souvenir des éclats de rire venus dégonfler le ballon de la douleur
Depuis vendredi, je suis entourée de tendresse et de douceur. Je reste beaucoup seule aussi et c'est ce qu'il faut - accompagnée, la fébrilité me guette, je parle je parle je déborde. Et puis les conseils - ça ne sert à rien les conseils pour une femme qui vit ce que je vis. Juste la douceur - et vider le lave-vaisselle - et les fleurs - et les petits mots tendres - et passer du temps avec mes amours, les pieds au mur, à se demander ce qu'on a fait de bien aujourd'hui (Ah bon Maman tu trouves ça t'amuse de pulvériser du purin d'orties sur tes rosiers ??!!)
Pour le reste, je suis bien toute seule, à me demander "de quoi as-tu besoin ?"
"Celui qui vient au monde pour ne rien bouleverser, ne mérite ni égards ni tendresse".
La dernière fois que j'ai lu cette phrase, c'était sur un faire-part de naissance. J'ai pensé, "Pauvre bout de chou, tout petit on lui demande de faire la révolution... et s'il a le malheur d'être un père tranquille, pan, il va s'en prendre plein la tronche."
Mon bout de chou à moi, notre bout de chou à nous - je ne sais pas combien de temps vraiment il a été vivant... Mais c'est certain il a laissé son empreinte dans notre équilibre à quatre (+ Churchill, sur lequel les gens continuent à s'appitoyer dans la rue avec sa patte cassée, ce qui ces derniers jours me rend un peu.. jalouse ?)
De me retrouver avec un vide quand je croyais qu'il y avait un plein, la tentation est grande de promener mon petit paquet mort de pièce en pièce avant d'accepter, un jour, éventuellement, de l'enterrer.
Je ne sais pas combien de temps ça va durer, ce mourning. Qui n'est pas juste une tristesse d'ailleurs, mais aussi le retour reconnaissant sur ce qui nous a été donné pendant ces quelques semaines où j'ai cru être enceinte.
Heureusement, il y a certaines choses qui dépendent de nous... un élan que nous pouvons garder.
La perspective du petitou nous a aidé à responsabiliser davantage les filles. M'a aidée à trier dans le placard d'Alma, des affaires trop petites certaines depuis deux ans. Y'a pas de raison qu'on s'arrête en chemin. Nous avons aussi réfléchi à la nouvelle répartition de l'espace dans l'appartement. Y'a pas de raison qu'on ne poursuive pas nos projets de déménagement intérieur. Il y a aussi tout ce qu'on s'est dit qu'on ne pourrait pas faire. Un voyage à Venise pour notre anniversaire de mariage. Courir, aller au hammam. Nous allons prendre le temps de savourer notre équilibre à un, deux, trois, quatre, + Churchill ce petit gougnaffier.
Finalement, finalement... elle ne sert pas à grand chose, cette phrase. L'arrivée d'un être vivant bouleverse toujours un ordre des choses. Tant mieux.
Je vous embrasse très fort mes chéries-chéris, et vous serre dans mes bras à distance respectable. Une nouvelle fois je transforme mon vide de chair en plein d'écriture - et c'est bien ainsi. Merci d'être là...
La vidéo est pourrie mais la chanson.. la chanson..
Finalement vendredi après-midi je suis allée m'étendre - une douleur abdominale très vive qui me tenait depuis le matin.. J'avais rendez-vous peu de temps après avec l'échographe car mon médecin, au téléphone, m'avait prévenue de sa voix calme et ferme : "il y a un risque de grossesse extra utérine".
17 h l'échographe fouille avec ses bidules, il cherche dans mon ventre la trace de mon petit tout petit et la raison de ces douleurs. Et il ne trouve rien. Il me dit "je ne vois pas de foyer cardiaque, la grossesse n'est pas évolutive".
Ensuite les choses s'enchainent, Nicolas m'emmène à l'hôpital de Bon Secours, la jeune femme interne d'une douceur incroyable note sur mon dossier GEU ? Le diagnostic est confirmé. Mon bébé n'a jamais trouvé le chemin jusqu'à l'utérus et est resté dans la trompe droite, je suis opérée quelques heures plus tard, sauvée peut-être,
et me revoilà, lundi matin, le ventre encore gros, bizarroïde, mais vide de cette petite vie que je croyais abriter.
Et en vie. (Oooh le goût du beurre frais sur la première biscotte le lendemain matin...)
Alors je passe juste faire un bisou. Brume siesteuse de l'après-midi. Mais : plein de choses à faire (fréquent), et envie de les faire (moins fréquent). Pas de sieste donc. Demain ? Peut-être..
Chimène et Alma trainent en rentrant de l'école, elles veulent les ramasser tous ("C'est pour ma collection Maman ! " " La maîtresse a dit qu'on allait faire de la peinture aux marrons.. (?? Alma prête souvent des phrases à ses maîtresses, l'année dernière c'était "La maîtresse a dit que je devais mettre ma robe boubou"))
Moi je ne me baisse que pour les plus beaux, les plus gros, les plus luisants... que je retrouve dans ma poche deux mois plus tard, tout ternes et racornis. Parfois aussi je les offre à mes aimés, avec des réactions variées ("Oh merci Maman !" "C'est quoi ce truc ?" "Tu rigoooles, c'est pas un vrai cadeau ça Maman !" "Churchill, attrape !")
Nico les ramasse pour les envoyer à son chien qui en est friand, adore courir après, nous piquerait bien les nôtres "de collection" aux filles et à moi, finit par se les coincer entre les dents.
L'automne a du bon. Envie d'odeurs d'humus et de balade en forêt.
Les commentaires récents