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Je suis en train de lire à Chimène la carte que vient de lui envoyer sa grand-mère - elle m'interrompt au bout de trois lignes. "Elle a reçu une lettre aussi, Alma ?" "Oui ma chérie. Mais attends, je finis de te lire la tienne.." "Il est beau le dessin sur sa carte ? Où tu l'as mise ?" "Mais Chimène, ta lettre..." Peu importe ce que lui écrit sa grand-mère, l'amour qui danse à chaque ligne. Chimène ne pense qu'à ça, à ce que sa soeur a reçu.
Alma et moi et moi nous sommes fait une fête de ce petit déjeuner organisé par la maîtresse. Mais à peine arrivées dans la salle de classe, elle me demande si je vais rester toute la journée. "Non ma picthoune, je reste une heure et après je repars avec les autres parents." A cette annonce, ma petite fond en larmes. Elle ne lâchera pas ma main du petit dej, ne goûtera pas aux croissants et enfouira à tout moment son visage plein de larme dans ma grande roble bleue.
Je me mets à penser à ce père divorcé qui me raconte son coeur tordu de douleur dès la première minute du week-end qu'il passe avec ses enfants, à la perspective de les voir repartir dans deux jours. Et à ma propre incapacité à profiter du moment quand, dans les bras d'un ancien amoureux, je pensais à notre séparation dans une heure, sans savoir quand nous nous reverrions.
Le rendez-vous tant désiré devenait torture d'angoisse et je me détestais.
janvier 30, 2009 dans Carnets de l'après, Deseo | Permalink | Commentaires (16)
ouh la la comme ton billet résonne en moi
l'as tu, toi, cette capacité au bonheur ? de plus en plus j'ai l'impression.
moi pas encore.
mais j'y travaille !
je t'embrasse fort
Rédigé par: Leyla | 30 jan 2009 09:55:15
J'essaie de la faire grandir cette capacité au bonheur. Mais j'ai conscience que j'ai bcp de chance en ce moment, ce qui n'a pas toujours été le cas et peut-être ne l'aurai-je pas toujours..
Rédigé par: Christie | 30 jan 2009 11:12:11
le rapport au temps était très flou enfant, le nombre de fois ou ma mère a du venir me chercher dans la cour à 16h30 ! ben oui je jouais tranquille je pensais que c'était la petite récréation de l'après midi. Mais aujourd'hui je me demande si ça ne me permettait pas justement de profiter de l'instant présent.
Rédigé par: alice | 30 jan 2009 11:41:58
vivre l'instant présent, est à mon sens, une qualité extrêmement difficile à acquérir...cela demande une lucidité terrible....peut être tes petites commencent elles à saisir cette terrible notion du temps qui passe sans que l'on puisse l'arrêter..?
Mais l'écriture n'est ce pas cela, figer l'instant qu'on ne peut retenir autrement, pour le vivre plus longtemps ?
Vaste, vaste sujet....
Rédigé par: hélène | 30 jan 2009 11:45:04
C'est marrant je reviens ici te lire alors que je reflechissais justement a ce que cela apportait de vivre dans l'instant. Je remarquais qu'avec la decouverte d'un nouveau pays, le quotidien semble plus intense, la sensation d'etre heureuse est plus facile.Et puis je me disais qu'en fait non, c'est d'etre tout entiere dans l'instant (forcement plus demandeur, qui exige capacite d'adaptation, ouverture, sens de l'observation, disponibilite...) qui rend heureux. Ce lacher-prise-la n'a pas de frontiere!... Sais-tu qu'en Hindie 'demain' et 'hier' sont les memes mots, dans la conception indienne du temps c'est soit 'maintenant' soit 'pas maintenant'. Ils vivent completement dans l'instant present. Et malgre toute la misere de leur vie, ce sont des gens qui ont l'air heureux!
Rédigé par: Vero | 30 jan 2009 12:44:59
C'est tellement un peu (beaucoup) de moi à chaque
ligne que ça en est douloureux.
Et se détester aprés de ne pas savoir prendre ces moments comme ils sont, les savourer tant qu'ils durent, en absorber le beau ou la joie...
Mais comment se débarrasser de l'ombre de l'aprés ?
Merci pour ce beau texte.
Rédigé par: mycraftyways | 30 jan 2009 14:08:17
Il y a des gestes qui me plongent dans l'instant. Couper des légumes en se mettant entièrement dans le geste. Courir au bord de l'eau. Chanter à tue tête dans la voiture...
Rédigé par: Christie | 30 jan 2009 17:16:27
C'est le drame de la plus vieille versus la plus jeune.
Un peu de jalousie quoi! Elle voudrait avoir l'exclusivité. Je connais.
Rédigé par: Ginette | 30 jan 2009 23:57:42
ton post me parle bcp... et c'est rigolo les steeple remove, mon homme en faisait partie au tout début !
Rédigé par: charlotteb | 31 jan 2009 08:19:14
Ô combien je connais ce dont tu parlais, cette difficulté à vivre le moment présent, moi qui suis toujours en "projection" ou anticipation (vers) de l'avenir. Ma mère au contraire construit tous ses raisonnements par rapport au passé.
Une bonne pensée pour aujd (tiens, pas de petite phrase finale "passons une journée à " ?), essayer, faire de son mieux pour vivre nos instants présents...
Rédigé par: Anne-So | 31 jan 2009 12:45:14
Pas facile de vivre l'instant... impression que c'est un travail de chaque instant, me mettre dans le présent pour en vivre totalement, sans penser à la séparation ensuite... J'essaie toujours, quand je me perds à penser à plus tard, de me recentrer sur maintenant en me disant "Si tu ne vis pas ce moment pleinement, tu vas le regretter ensuite..."
Et puis, je me dis qu'il ne faudrait pas finir comme mon grand-père qui le premier jour de ses vacances de prof, en été, disait "et dire que dans deux mois c'est déjà la rentrée!" (en général, cette idée-là finit par me faire rire...)
Rédigé par: Titoune | 31 jan 2009 14:12:32
quelle beauté Chimène sur cette photo
et oui ...
toujours plus
on en voudrait toujours plus
savoir apprécier quand tout va bien dans sa vie aujourd hui ici et maintenant
pas facile
et pourtant ...
Rédigé par: Marijo | 31 jan 2009 15:52:56
c'est top steeple remove ! décidément ce blog est fréquenté par des stars..
Titoune la phrase de ton grand-père je me la garde comme talisman pour les jours où ça me reprendra, l'incapacité.. (ce soir ?)
Rédigé par: Christie | 31 jan 2009 17:53:29
Vivre l'instant donné, c'est aussi accepter de reconnaître la grâce dans sa vie (pour celles et ceux qui croient en Dieu). Je viens de le réaliser à la lecture de ton mot. Il faut que j'en parle à Véronique, une copine qui souffre de ne pas recevoir de grâces. Moi, si j'ai l'impression d'en avoir tout plein, c'est peut être parce que je parviens à voir l'irruption soudaine du beau, du bien, du bon (dubonnet) dans mes heures, même si tout cela n'est que fugace.
Par exemple, l'autre jour, j'étais à un enterrement particulièrement dur à vivre (une maman décédée avec le bébé qu'elle portait, c'était la femme d'un collègue de bureau). Le temps était maussade. Tout à coup, après l'homélie, un trait de soleil sur les vitraux rouges et oranges, l'intérieur de l'église se fait chaleur. Et moi, je perçois dans ces quelques secondes la tendresse et la vie, plus forte que tout.
Rédigé par: Natalie | 2 fév 2009 11:23:52
L'orientation à la grâce
c'est une bénédiction..
Rédigé par: Christie | 2 fév 2009 11:33:59
Moi j'y travaille, même si vivre le moment présent n'est pas toujours facile. Notre vie est faîte de projets d'avenir et je suis toujours énervée lorsque je vis un moment que j'avais beaucoup attendu et préparé, et que je pense à l'après...
Rédigé par: mummy active | 4 fév 2009 11:21:15
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