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mercredi 10 décembre 2008

la peur, l'ombre de la peur

Petite_alma_petite_christie

Enceinte de Chimène j'étais terrorisée par la perte de liberté qu'impliquait l'arrivée de cet enfant (peur tout à fait justifiée ! ce que je n'avais pas prévu, en revanche, c'est l'amour...)

Enceinte d'Alma, j'avais tellement mal au dos que je me déplaçais surtout à vélo (le ventre est porté)... et je m'imaginais violemment propulsée sur le trottoir par une auto.

Bien sûr, le mot fausse couche était tabou.

Après la naissance de mes filles je n'ai pas été tranquille jusqu'à leur trois mois, quand le risque de mort subite du nouveau né a été à peu près écarté. Il y avait aussi ce fantasme, à la maternité, qu'une femme en long manteau sombre vienne enlever ma toute petite....

En scooter avec Nico, j'ai peur sur les lignes droites, dans les virages, quand il y a un peu de circulation... Peur de ce qui pourrait nous arriver à tous les deux en même temps. J'imagine le visage des filles quand on leur annoncerait la nouvelle ; les larmes, le manque si long à combler. 

Mais le pire, le pire c'est ce qui pourrait leur arriver à elles. Depuis quelques jours j'entends (au café, à la radio) des témoignages de pères qui ont perdu leur enfant. La parole sans fard de ceux qui ont survécu à la chair de leur chair - je ne vois pas comment moi, je pourrais supporter ça. D'ailleurs je ne crois pas qu'eux supportent cela. Dans l'église de Sauzon, les larmes de mon grand-père quelques mois après la mort de son fils, celui qui est né le même jour que moi.

[Et puis il y a les peurs moins graves, celle de ne pas faire preuve de suffisamment d'autorité, la difficulté de me séparer d'Alma, la peur de ne pas savoir remplir "l'après", la peur aussi qu'il n'arrive jamais, ce nouveau bébé tant désiré...]

[Dans une semaine, nous partons rejoindre mon frère et sa famille au Kenya. Pour la première nous emmenons les enfants dans un pays que nous ne connaissons pas.]

C'est malin, maintenant que j'ai écrit tout ça j'ai envie de pleurer.

Commentaires

un jour que j'avais du mal à quitter mes parents, un dimanche soir, et j'avais peur que le monde ne s'écroule le lendemain,
que j'ai embrassé dix fois maman, dit au revoir pendant 45 minutes... au bout du bout, maman m'a regardé et m'a dit mais qu'est ce qu'il y a .
je lui ai dit mais maman, on ne sait pas ce que sera demain, on ne sait pas comment ce sera, ni comment nous on sera, et....
elle m'a flanqué ses yeux dans les miens et elle m'a dit : "vivants... demain, ma fille, on sera vivants".

voilà, je crois que c'est le plus beau cadeau de ma maman...
ce jour là j'ai compris le vrai sens de l'expression "donner la vie".
en fait une maman, elle ne la donne pas qu'une fois...

Rédigé par: leyla | 10 déc 2008 13:47:37

(sinon, magnifique, la photo. il y a tant de toi dans ces yeux mi clos

Rédigé par: leyla | 10 déc 2008 13:48:58

Tu parles ! Je crois que c'est principalement à cause de cette trouille-là, que je n'ai pas envie d'enfants...

Rédigé par: Milky | 10 déc 2008 13:59:52

Ce matin, en regardant ma fille se réjouir de son anniversaire demain, je me suis surprise à penser "Pourvu qu'elle y arrive, à cet anniversaire". Evidemment, je me suis dit que j'étais un peu folle d'avoir ce genre de pensée.
Je déteste quand on se fâche avant de partir travailler, parce que je ne sais pas si on se reverra. Je déteste aimer tant que je redoute qu'on me prenne l'être du désir. Mais c'est tellement fort d'aimer à ce point-là.
Est-ce propre aux mères de redouter que l'on prenne la vie qu'elles ont donné, et dans laquelle elles ont tant mis ?

Rédigé par: MarieMay | 10 déc 2008 14:51:08

Moi c'est cette trouille-là qui me montre à quel point je les aime mes enfants.. et qui m'en fait désirer d'autres, pour connaître encore et encore cet amour-là (et le mystère de voir le mélange de nous deux + beaucoup de lui-même, s'incarner encore une fois)

Rédigé par: Christie | 10 déc 2008 14:53:28

Et la douleur de ne pas voir arriver un petit alors qu'on le désir de toute son âme... oh mon dieu, que je te comprends.
Souvent associée à la culpabilité de se dire que l'enfant qu'on a déjà ne nous suffit pas...
Bonne journée Chrisite, courage

Rédigé par: MarieMay | 10 déc 2008 14:56:51

Je l'ai ressentie cette culpabilité, au moment où en effet mes enfants ne me suffisaient pas (j'avais du mal à les aimer comme elles étaient). Et puis maintenant je me suis "réconciliée" avec mon désir, et j'ai toujours envie d'un bb, mais allegée de la culpabilité.

Rédigé par: Christie | 10 déc 2008 14:58:57

Courage Christie !"le bébé tant désiré" j'ai attendu 7 ans pour l'avoir.(une fois l'agrément obtenu pour adopter, je me suis retrouvée enceinte.)Et les jours où j'ai envie de les passer par la fenêtre car ils (et oui il y en a eu un deuxième après)ne sont pas sages, on se souvient de ces moments d'attente et ça calme tout de suite.

Rédigé par: Thaïs | 10 déc 2008 15:22:58

Au cours de mon stage à Agapa en septembre, j'ai entendu et lu beaucoup de récits de pertes de grossesses, de fausses couches... Et souvent, je me demande, depuis, est-ce que j'oserai, moi, prendre le risque de porter la vie? Et en même temps, avoir des enfants, c'est un "appel" de mon corps, de mon âme, que je ressens au plus profond de moi depuis toujours... cette idée m'a portée, mais aussi tiraillée, quand ma meilleure amie m'a annoncé son entrée au couvent... renoncer à la maternité, je crois que je ne pourrais pas...
Et puis, souvent, j'ai peur, c'est un peu bête, j'ai encore le temps, de ne jamais "trouver le papa", de ne jamais rencontrer l'homme avec qui avoir ces enfants que je désire tant!

Rédigé par: Titoune | 10 déc 2008 16:02:58

Oui moi aussi j'avais peur de ça.. ne pas rencontrer le père de mes enfants.. et puis tu vois..

Rédigé par: Christie | 10 déc 2008 16:18:53

Et moi, hier, j'ai pleuré en entendant qu'un bébé avait été enlevé dans une maternité. C'est ma peur la plus profonde, celle qui me réveille la nuit. Qu'on m'enlève ce petit être que j'ai eu tant de mal à mettre au monde parce que l'envie de lui a été très difficile à accepter, cette petite qui n'a qu'un an, qui est si vulnérable et si fort à la fois. Ma fille, Jeanne. Cette peur ne passe pas, elle ne me quitte pas, elle me fait comprendre que je suis devenue maman.

Rédigé par: Natalie | 10 déc 2008 16:29:11

Olalal ce petit mot auj!!
j'ai du mal à envisager de faire un enfant et à passer le cap par peur de perdre ma liberté.... et pourtant ça me turlupine! je reve que je suis enceinte, ou que j'accouche (ou que je fais une fausse couche ça c'est plus un cauchemar) ou que j'ai un bb presque une nuit sur deux.. Ca veut dire qq chose non?? ;)
et j'ai tellement peur de perdre mes parents et mon amoureux que je les couvre à chaque fois que je les quitte de milles bisous et de je t'aime!!!

Rédigé par: lapetitecatherine | 10 déc 2008 16:34:26

Milky, ne pas vouloir d'enfant est un choix que je peux comprendre, que je respecte, que j'admire même ! Mais ne pas en vouloir à cause de cette peur, certes forte, puissante, quel dommage. La peur ne fais pas le poids face à l'amour infini et indéfini que tu ressens pour ton enfant, ton petit, quand tu croises le regard de ce petit être que tu as attendu, porté, crée, quand tu sens l'odeur douce et tiède de son petit cou, quand tu serres dans tes bras ce corps si fragile, si confiant, tes bras si précieux pour lui... Rien ne vaut cet amour ressentit dont parles Christie.. Rien ! ;)

Rédigé par: Cenina | 10 déc 2008 16:39:23

Moi, mon frère est parti pour 2 ans avec ses 2 enfants en Afrique du Sud et je ne sais pas si je serais capable d'aller les voir ... Prendre le risque et le faire prendre à mes 2 gars (qui eux ne voient pas le danger surtout que mon frère dit qu'il n'y en a pas ...) ça me fait peur...

Rédigé par: Gridou | 10 déc 2008 17:24:58

Moi aussi j'ai peur de partir au Kenya ; peur de la violence des hommes et des accidents de voiture (la chef de mon frère a perdu son fils sur la route, là bas)

et je suis attirée par les fils de mon frère, ces petits garçons qui vont avoir un an ; le rire de mon frère qui me manque ; l'envie de découvrir sa maison ; l'envie de voir mon Nico déconnecté ; l'envie de mer ; la curiosité devant mes enfants et tous ces animaux....

Oui le désir est parfois plus fort que la peur.

Rédigé par: Christie | 10 déc 2008 17:46:56

J'entends dans ton post comme un écho des "actualités" courantes, l'enlèvement d'un enfant à la maternité dans les Pyrénées, les témoignages des pères dont tu parles... je me trompe ?
Et je crois que, de toutes, la pire est la peur de la souffrance... Souffrir à l'idée que l'on va souffrir, anticiper, imaginer pire que tout, craindre.. ce qui n'arrivera peut-être jamais.. (je suis très forte en cela, à appréhender par ex que mon petit bonhomme chope une gastro d'un copain, je n'en dors pas la nuit, je suis ko et ensuite c'est moi qui tombe malade !!)

Rédigé par: Anne-So | 10 déc 2008 17:47:29

Ma psy (voilà le mot est lancé...) me dit souvent que la peur nous est utile, elle nous protège car elle nous avertit d'un danger. Mais le désir de vivre doit être plus fort que la peur, comme le dit Christie, pour ne pas passer à coté de la vie ...

Rédigé par: B. | 10 déc 2008 18:05:32

Incroyable écho de ton post...aujourd'hui particulièrement alors que justement je viens d'apprendre le départ d'un petit.

Rédigé par: Clea | 10 déc 2008 18:19:52

Ah oui c'est tellement juste tout ce que tu écris… Moi je fais beaucoup de cauchemars sur ces peurs-là et surtout, je rêve que j'oublie mon bébé, partout !
Il est encore tout petit, j'ai aussi longtemps attendu sa naissance, encore aujourd'hui quand je le vois j'ai du mal à y coire ! C'est surement pour cela…

Rédigé par: Sandra | 10 déc 2008 19:01:21

Et surtout, les larmes, tu les laissent venir..
ça été si longtemps tabou pour moi, si insupportable, et c'est pourtant si naturel! ;0) très belle photo.

Rédigé par: planeth | 10 déc 2008 19:43:48

pardon j'écris comme un cochon!

Rédigé par: planeth | 10 déc 2008 19:45:04

une de mes cousines m'a dit juste après que j'ai accouché de ma première fille : « Au fond, donner la vie, c'est ce qui nous rapproche le plus de la mort, de l'idée de la mort. » et j'ai compris ce qu'elle voulait dire parce que c'est ce que j'avais profondément ressenti

Rédigé par: akynou/racontars | 10 déc 2008 23:07:50

C'est étrange de lire vos témoignages ! Moi qui me suis longtemps cru "pas normal" devant ce genre de peur, d'angoisse, de trouille !!!
Lorsqu'on les voit partir à l'hopital vers le bloc, on ressent une douleur terrible qui nous enserre de partout et le besoin de montrer à ce petit bout qu'on est serein, confiant ....
J'ai longtemps vécu dans l'anticipation de toutes les situations possibles et imaginables qui ferait que je pourrais éviter de souffrir de la perte de l'être tant aimé. Je suis en train de passer ce cap mais suis bien incapable de savoir quel a été l'événement déclencheur : leur autonomie grandissante ?
Un grand pédiatre nous avait dit après la naissance : n'oubliez jamais qu'en donnant la vie, vous donnez la mort !!! J'ai mis longtemps à comprendre et maintenant je lui en veux terriblement de prononcer ce genre de choses devant de jeunes mères !
Le fait de vivre dans l'anticipation m'a fait oublier de profiter du moment présent : c'est souvent très difficile pour moi de "lâcher prise".
D'ailleurs c'est le titre du livre que je lis actuellement. je me retrouve dans tout ce qui est dit mais vais-je trouver les conseils qu'il faut ???

Rédigé par: laurence | 11 déc 2008 00:01:52

Que vous avez l'air jeune et fragile, sur cette photo, Christie! C'est exactement ce que j'ai ressenti, à la naissance de mon premier bébé: la fragilité. De lui, de moi, de lui dans mes bras (et si je le laissais tomber?...), de notre bulle si merveilleuse et si précaire!
Depuis qu'ils sont nés, je leur ai inventé mille morts, pour conjurer le sort, pour empêcher le malheur d'arriver. En même temps, je me suis plongée dans des abîmes d'angoisse, à pleurer leur hypothétique disparition.
Respirer, respirer. Vous avez raison, c'est l'ombre de la peur qui nous fait pleurer. La peur, à tout prendre, nous la regardons en face s'il le faut.

Vous allez faire un beau voyage, Christie... Et les filles vont voir des girafes!

Rédigé par: Lola | 11 déc 2008 04:45:21

Je n'aurais pas du lire cette note ; toute ces angoisses qui sont aussi les miennes ça... m'angoisse.
Du coup, j'ai préféré jouer la prudence et éviter de lire les commentaires.
(Bon voyage à vous ; la bise.)

Rédigé par: aymeric | 11 déc 2008 09:59:00

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