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mardi 01 juillet 2008

sur le pont d'Arcole

Femme_enfant

Barbara, une copine de fac, m'avait passé ses notes d'amphi pour que je rattrape un cours. Après avoir recopié la partie qui m'intéressait, j'avais feuilleté le reste de son classeur et étais tombée, à la dernière feuille, sur une liste griffonée au crayon : c'étaient nos prénoms, les six filles de la bande, avec une phrase accolée à chacune - les impressions de Barbara nous concernant

A côté de mon prénom, Barbara avait noté "Malgré ses 23 ans et le fait qu'elle parle parfois de ses amoureux, il y a une pureté en elle, une innoncence - elle me fait l'effet d'être toujours vierge."

J'aime habiter à proximité de l'eau ; et lorsque je me balade dans Paris, je ne loupe pas une occasion de traverser un pont. Je confie mes pensées à la Seine et elle les emmène le plus loin qu'elle peut.

Avec l'amoureux de mes 18 ans, une nuit, nous avions remonté le cours du fleuve en nous roulant des pelles sur une enfilade de ponts ; quatre ou cinq y étaient passé, la passerelle des Arts, le Pont Neuf, le Pont au Change, le pont Saint Michel, le Pont Notre Dame, le petit pont, le Pont d'Arcole...

Le pont d'Arcole. C'est lors d'une fin d'après-midi de juin que j'ai connu sur ce pont mon grand choc amoureux.

Je saute du bus 70 qui m'a laissée à la place de l'hôtel de ville, pour rendre visite à une amie malade et lui porter - est-ce un pot de crème et un paquet de galettes bretonnes, ou un bouquet de pois de senteurs mauves et roses ? Je vais voir Julie mais je pense à ce garçon que j'ai regardé dormir quelques jours plus tôt.

A l'occasion des week-ends à rallonge, nous étions partis à une dizaine de copains dans la maison de ma grand-mère à Belle-île. Là j'avais rencontré Mathieu, ce garçon toujours partant pour tout. Instantanément je m'étais sentie moins seule. Le dernier matin je m'étais levée plus tôt pour ne pas louper une miette ; en quittant ma chambre pour descendre dans le jardin j'avais passé une tête dans la chambre d'en face, qui était en fait un dortoir et où les copains dormaient à 4 ou 5. Mathieu dormait tout près de la porte. Enroulé dans son sac de couchage, une mèche collée à son front par la sueur, cela m'a donné un coup au coeur de voir ce presque inconnu abandonné au sommeil. J'ai eu envie de m'assoir à côté de lui sur le lit, de caresser sa joue.. Mais j'ai tourné les talons, suis descendue au jardin et ai enfourché mon vélo pour descendre à Palais prendre mon café seule sur le port et acheter la presse et les croissants.

A présent, je suis rentrée à Paris depuis une dizaine de jours et on peut dire que je me sens très seule -enfin, c'est compliqué, ma tête est farcie de pensées vers ce Mathieu qui me tiennent compagnie.... Comment ce garçon même pas mon genre a-t-il pu me faire un effet aussi boeuf ? Est-ce de l'avoir regardé dormir ou quand il a commandé la même crêpe coquilles saint jacques - fondue de poireaux que moi à la crêperie ?

Et sur ce pont d'Arcole, tandis que je me traite de Blanche Dubois à la manque, tout tout d'un coup je comprends la phrase de Gainsbourg à Jane.

Je suis la vague, toi l'île nue.

Peu m'importent les raisons ; ce Mathieu-là je le veux de toutes mes tripes.   

En posant mon pied sur ce pont, il me semble que j'étais encore vierge. Quand j'ai eu traversé la Seine, rendue à la terre ferme, eh bien, je ne l'étais plus.   

Commentaires

j'adore les ponts de paris, j'avais fait tout un projet dessus à l'école. Quand on est venu vivre à paris c'est la première chose que j'ai fait "visiter" à mon copain !

Rédigé par: alice | 1 juil 2008 15:40:16

Alors moi la seine a longtemps fait partie de mon quotidien, puis pouf ! je suis partie vivre à lille. c'est au bout de quelques mois que j'ai compris ce qui me "manquait", pour de vrai : la seine ! mon point de repère, mon point de repos, ma ligne directrice...
ça a duré deux ans cet exil, puis fin ! je suis revenue vivre à deux pas. Sans elle, je ne peux pas !

Rédigé par: leyla | 1 juil 2008 16:13:59

Oui, pour les amoureux de l'eau ben.. il faut de l'eau ! Et moi j'ai besoin d'eau, et de vert..

Rédigé par: Christie | 1 juil 2008 16:15:52

très beau mouvement du texte, tu nous déplaces avec aisance et souplesse.On craint un peu de se perdre au départ, mais tu ouvres les tiroirs un à un et les referme pour revenir au départ et la chute puissante...grand progrès christie.
Bravo donc..

Rédigé par: hélène | 1 juil 2008 16:50:24

moi j'aime beaucoup ... l'effet boeuf que ce garçon aurait pu provoquer en commandant des coquilles st-Jacques -fondue de poireaux ! association gustative bizarre ! ;-))
belle soirée

chez moi il fait très lourd et très chaud ...

Rédigé par: lutin | 1 juil 2008 17:37:56

Coquille saint-jacques fondue de poireaux : avec la norvegienne, c'est la crêpe la plus chère de la crêperie, celle à 7,50 ou à 8€ 10 ! j'adore les crèperies, je me sens toujours super riche de pouvoir commander la crêpe la plus chère !

Rédigé par: Christie | 1 juil 2008 17:44:43

ben oui on est cons parfois, moi c'est le jour où je l'ai quitté que j'ai sû la place qu'elle avait en vrai...
bon depuis, jte rassure, on se quitte plus... je suis à deux doigts de louer un matelas pneumatique pour dormir dessus :)

Rédigé par: leyla | 1 juil 2008 17:48:43

Mmmm des st jacques fondue de poireaux!!! J'ai faimm!!! Je fais quoi à manger ce soir?? :)

Rédigé par: lapetitecatherine | 1 juil 2008 18:04:35

Tres joli texte et tres joli sujet. J'aime beaucoup.

Rédigé par: Flore | 1 juil 2008 18:43:22

Moi c'est l'idée du garçon même pas mon genre qui résonne... parce que je crois bien que je suis tombée amoureuse d'un garçon même pas mon genre (un gentil taiseux aux cheveux roux...), et qu'on est aussi stupides l'un que l'autre, la relation n'avance pas plus loin qu'un début d'amitié... j'ai trop peur d'oser... et parce que j'avais l'impression de commencer à arriver à m'approcher de lui... et voilà qu'il part pour plusieurs jours... voire plus... je l'ai su ce soir... je hais les ordis qui plantent et qui obligent les gens à rentrer dans leur patelin...

Rédigé par: Titoune | 1 juil 2008 23:27:48

Bonjour Christie,
De tous tes textes celui-là m'interpelle. Sa forme, son déroulé m'accroche. Le début m'emmène, puis me lache sans prévenir. Et j'aime bien ça. Tout le milieu j'aime moins (mais je crois que c'est la manière dont c'est traité qui me touche moins) mais il doit néanmoins exister pour faire cette rupture.
Et puis la fin me rattrappe. Mais je crois que j'aurais préféré rester "lachée" et faire mon chemin toute seule.
Mais j'aime vraiment le début!
Bonne journée.

Rédigé par: dja | 2 juil 2008 13:01:36

Je le trouve top ce texte. En plus, je viens juste de lire 24 h dans la vie d'une femme et je ne peux m'empêcher de faire le rapprochement : l'attirance pour un garçon même pas mon genre, la contemplation du garçon endormi..
Je crois bien que c'est mon préféré !

Rédigé par: swahili | 2 juil 2008 13:37:59

Moi, j'aime tout de cette histoire !

Sa petite solitude, son émerveillement quasi-permanent, la cruauté de l'inconscience de ces petits animaux à mèche endormie qui ne sauront jamais, et la nostalgie de ce qui aurait pu être, mais qui ne sera pas, parce que c'est pas comme ça que ça marche en vrai...

Merci ! Je me permets de te linker à la sauvage...:o)

Rédigé par: Rapide Sherpa | 3 juil 2008 15:15:18

Ahhh Rapide Sherpa cela me comble votre petit mot - car moi aussi j'aime cette histoire !

Rédigé par: Christie | 3 juil 2008 21:25:55

Tu couches tes mots et ça me reveille des sensations.... Qu'est-ce que j'aime te lire!!! Merci pour ces doux moments d'intimités universels.

Rédigé par: celine | 9 juil 2008 19:59:44

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