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Mars, ninja Christie


















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vendredi 04 juillet 2008

Emmanuel dans le ciel (une histoire pour Lou)

Noir_et_blanc

Tout à l'heure j'ai inventé une histoire pour mon amie Lou ; ses yeux ont tellement brillé que j'ai eu envie de la retranscrire pour elle, pour vous - surtout pour moi en fait.

L'autre soir je me suis couchée vers 10 heures. Nico avait une soirée avec ses potes et moi, j'avais prévu de me lever aux horreurs pour travailler le lendemain - et puis de temps en temps, j'aime bien me coucher tôt avec un livre. J'ai donc pris mon Femmes qui courent et je méditais sur sur son idée de recréation... et je me suis endormie en moins de deux.

J'aime les soirs d'été. La chaleur me permet de laisser la porte-fenêtre de notre chambre ouverte, elle donne sur le balcon et j'ai l'impression de dormir au milieu des bambous et des capucines...

Je dormais depuis cinq minutes (la nuit n'était pas encore complètement tombée) quand je sentis quelque chose sur mon lit. "Churchill, dégage", marmonnais-je. "Hé, mais qui êtes-vous ?!!", m'écriais-je, complètement réveillée, à la vue du garçon assis en tailleur sur mon lit. Je ne savais pas dire s'il était un adolescent ou un homme ; entre les deux, disons. Ce qui est certain, c'est qu'il ne m'inspirait pas la moindre crainte. Déjà il était pieds nus ; et puis il portait une chemisette en liberty jaune et vert et un corsaire de soie verte ; ce qui était frappant chez lui, c'était la douceur de ses yeux bruns bordés de looooongs cils ; mais aussi la soie de ses cheveux châtains ; ou encore sa peau mate ; pas besoin de te faire un dessin, il était très beau.

"Comment êtes-vous arrivé jusqu'ici ?" lui demandais-je. "Vous avez escaladé les trois étages ?"
"Bonjour.. Je m'appelle Emmanuel. Et non, je ne suis pas arrivé en escaladant mais... en volant !"
Ce qui est bizarre, c'est que je l'ai cru.
"Tu veux que je t'emmène ?"
Ce qui est bien c'est que je portais ma nouvelle chemise de nuit, celle qui ressemble à une chemise de grand-père.
" OK, chouette. On va où ?"
"On verra bien !" Et là il me fit un sourire incroyable ; un sourire à la fois timide et ravi, mais qui qui découvrait toutes ses dents.

Emmanuel et moi sommes sortis sur le balcon, nous avons poussé deux-trois pots pour accéder à la balustrade, puis nous avons grimpé dessus et de là, main dans la main, nous nous sommes élancés dans le ciel. Mon coeur battait très fort, mais le contact de sa paume était légèrement moite.. confiant..

Que Paris était beau dans ses habits de lumière ! Tout scintillant, tout léger de l'air qui se rafraichit avec la nuit ; un vrai Paris de fête.. Nous avons pris de l'altitude, "Tu n'as pas froid ?" m'a crié Emmanuel ? "Ca va ! Je suis super contente !" "Alors je t'emmène voir les montagnes !"

En un quart d'heure ou deux nous avons traversé la France. Il faisait complètement nuit à présent, une nuit sans lune mais pleine d'étoile, et tout à coup je l'ai vue scintiller : la neige en haut d'un sommet. Quand nous avons été suffisamment proche de cette montagne en forme de dent de lait, Peter, je veux dire, Emmanuel, s'est baissé et a ramassé une grosse poignée de neige : "C'est pour toi !" brr c'est froid ! "Emmanuel, c'est génial, c'est génial génial génial ! Hou mais quelle heure est-il, quoi déjà minuit ? Tu sais j'aimerais bien être rentrée quand Nicolas reviendra, je ne voudrais pas qu'il s'inquiète..."

Sur le chemin du retour, j'ai osé lui demander "Tu crois que j'y arriverais ? Je veux dire, à voler toute seule ?" Et là Emmanuel a lâché ma main. Et je ne me suis pas écrasée au sol mais j'ai continué à planer à côté de lui, entre l'air infini et les pâturages que je devinais au sol, au milieu des montagnes noires qui nous protègeaient. "Wahou !"nous sommes-nous écriés. "Wahouuuuuuuuuu !"

J'ai volé toute seule. Moi. C'était possible.

Emmanuel a volé à côté de moi jusqu'à la maison, tantôt en me tenant la main, tantôt en me la lâchant. Nous nous sommes posés sur le balcon à peu près en douceur pour lui, les quatre fers en l'air pour moi.. Puis il m'a suivie dans la chambre et m'a proposé : "Tu veux que je te borde ?" "Oh oui, j'adorerais ! " Alors il s'est assis à mon chevet. Il a remonté le drap jusqu'au menton puis a déposé un baiser à la comissure de mes lèvres. Ensuite il est sorti sur le balcon, je crois bien qu'il est reparti par les airs.

Et tu veux savoir ce que j'ai fait moi ? Dès qu'il a été parti, je me suis relevée darre darre. J'ai mis la neige dans un bol, j'ai sorti le tube de lait concentré sucré, j'en ai mis un gros chloups dans la neige et j'ai mangé ma glace dans le noir en écoutant les accents de jazz qui venaient du restaurant d'en face. 

juillet 4, 2008 dans autoficcion | Permalink | Commentaires (16)

Commentaires

Euh... tu sais que le fait de voler est une métaphore classique du sexe dans les rêves. Ou plus exactement du plaisir sexuel, du GRRRRAND plaisir sexuel !
Moi ta scène me fait penser à Peter Pan.

Et pour revenir à un débat déjà évoqué ici, moi j'adore tes petites histoires, tes fictions croyables, tes nouvelles possibles.


Rédigé par: emmanuelle | 4 juil 2008 19:24:19

Je trouve génial que la première à me laisser un message sur mon histoire d'Emmanuel.. soit une Emmanuelle !

Rédigé par: Christie | 4 juil 2008 20:03:27

Moi aussi, j'ai tout de suite vu Peter Pan...

Rédigé par: Cenina | 4 juil 2008 21:32:11

J'aime bien la petite touche (consciente ou non?) "j'avais prévu de me lever aux horreurs pour travailler ": horreurs ou aurores?? ;)
Tu es en pleine période de créativité on dirait!

Rédigé par: lapetitecatherine | 4 juil 2008 22:36:37

Je ne peux m'empêcher de citer Giorgio Agamben :

Donner corps à l'incorporel,
Rendre le corporel incorporel,
Façonner la plus grande réalité en
Lui donnant la plus grande irréalité.
extrait de Stanze

Il me semble que c'est un bon résumé d'Emmanuel dans le ciel !

Rédigé par: Egide | 4 juil 2008 23:15:04

J'aime beaucoup tes histoires magiques

Rédigé par: Marie-Christine | 5 juil 2008 02:29:45

Merci Egide, j'aime beaucoup cette stanza et elle me parle en effet..
La question que je me pose, et vous aurez peut-être votre avis là-dessus mes amis, c'est : cette histoire-là a-t-elle sa place dans mon recueil ? Je la trouve si différente..

Rédigé par: Christie | 5 juil 2008 11:55:00

pas si différente que ça non , juste par ce côté d' "irréel et de magie " mais toujours cette candeur et cette fraîcheur féminine et ce charme et cette douceur masculine .......un moment de rencontre " féminin , masculin" ....

Rédigé par: christine | 5 juil 2008 13:21:19

http://www.dailymotion.com/relevance/search/glosoli/video/x98j4_sigur-ros-glosoli_music

Rédigé par: sanscommentaire | 5 juil 2008 14:15:37

Je trouve aussi qu'elle a sa place dans le recueil... la seule chose qui me fait un peu bizarre par rapport aux autres c'est que dans cette histoire tu nommes Nicolas, il me semble que dans les autres pas... malgré le côté magique de cette histoire, du coup, j'ai plus l'impression d'une incursion dans ta vie d'une façon qui me dérange un peu...

Rédigé par: Titoune | 5 juil 2008 14:51:46

Eh bien oui, à la différence des autres j'ai ancré cette histoire dans le réel de ma vie d'avant-hier..

Rédigé par: Christie | 5 juil 2008 16:02:06

En fait là ça ne me dérange pas des masses, par contre je crois que dans le recueil ça me dérangerait...

Rédigé par: Titoune | 5 juil 2008 17:26:46

C'est un peu ce que je pense. On verra à l'aune du décantage (5-6 semaines)..

Rédigé par: Christie | 5 juil 2008 21:04:14

J'adore l'idée qu'il te borde... :o) Et le petit "rebondissement culinaire" de la fin, et aussi le "Peter, oups".

Rédigé par: Anne-So | 7 juil 2008 11:24:18

merci belle Anne-So ! ils me font du bien tes messages, ce matin..

Rédigé par: Christie | 7 juil 2008 11:30:45

Hé bien, super ! Ca me fait du bien de te lire et de t'écrire aussi :o)

Rédigé par: Anne-So | 7 juil 2008 15:18:30

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