« le seul truc | Accueil | accompagner »
18h15. Je reviens de la boulangerie avec ma fille, la dernière ; je marche tranquillement pour lui laisser le temps de me rattraper avec sa trotinette qu'elle est en train d'apprivoiser... Tiens voilà Isa ma copine de l'immeuble, on se croise un jour sur deux sans avoir le temps d'échanger plus qu'un rapide Bonjour, tu vas bien ? Mais ce soir rien de spécial ne m'attend, je flanne tranquillement en arrachant des bouts de baguette fraiche et Isa et moi avons le temps de bavarder sur le chemin de l'immeuble.
En me retournant pour surveiller d'un oeil la progression laborieuse de ma pitchoune derrière nous, je vois qui nous rattrape une silhouette bien connue, la silhouette d'un homme - le mec du Franprix. Ce type sur lequel j'avais flashé il y a quatre ans, avant même de tomber enceinte, alors qu'il était en train de choisir des piments verts à l'étalage du Franprix où je fais mes courses chaque jour. Je ne peux pas décrire l'effet extraordinaire que ça m'avait fait, cet homme, ces piments. Mais pendant un an ou deux je m'étais raconté des tas d'histoires à son sujet, le regardant par en dessous avec des petites mines - tout en me contentant de le gratifier d'un timide bonjour à chaque rencontre, au Franprix ou dans la rue. Lui aussi me regarde gentiment ou je me fais encore un film ?
Et puis un jour, un jour... Le son de sa voix m'a paru douceureuse. J'ai été horrifiée par ses boots pointues. J'ai remarqué sa peau grêlée, ses cheveux trop longs dans le cou. J'ai commencé à trouver louche de le voir en plein milieu d'après-midi dans le quartier, Il a pas de travail ou quoi ? Je me suis demandé, Mais qu'est-ce que je lui ai trouvé à celui-là ? Et lorsque je le croisais dans la rue, une fois sur deux je faisais mine de ne pas l'avoir vu. Une fois j'ai même changé de trottoir... Cruauté du charme une fois qu'il est rompu.
L'homme derrière nous semble avoir reglé son pas sur le nôtre. J'oriente la conversation sur des propos triviaux, la météo, le boulot, ce que je peux trouver de plus antisexy, y'a pas de raison que je sois la seule à éprouver du dégoût. Isa répond nonchalamment. Au bout d'une minute ou deux, l'homme nous double ; je peux détailler à loisir sa démarche lente, sa silhouette déplaisante, ses cheveux légèrement humides, et ces boots, ces boots pointues... Je fais remarquer à ma copine que vraiment, le coeur humain est animé par de drôles de ressorts. Puis nous passonsà un autre sujet.
[Petit à petit j'agrège ces textes à l'intérieur d'un fichier Word. Me forcer à ne pas relire les textes précédents : juste écrire ce qui vient, laisser poser quelques mois avant de retravailler. J'ai peur de trouver ça vraiment nul...]
juin 20, 2008 dans autoficcion, le principe féminin | Permalink | Commentaires (10)
Très très réussi, les piments verts, sur cette cruaauté du charme quand il est rompu. J'aime énormément vos textes qui "attrapent" quelque chose de singulier, avec une voix elle aussi, singulière. Merci!
Rédigé par: sophie L.L | 20 juin 2008 09:56:02
Aaaah, quand le charme se rompt, c'est dur... Mais finalement, le fait qu'il se transforme en rejet, n'est-ce pas la solution que l'on trouve inconsciemment pour se remettre de sa chute en petits morceaux ?
(et je suis d'accord, les boots pointus, bououououh!!)
Rédigé par: Olympe | 20 juin 2008 10:56:39
Yeah! le retour du mec du Franprix!!! ^^
Rédigé par: Titoune | 20 juin 2008 10:56:47
çà me rappelle des souvenirs, cette histoire...
A la fac, dans les amphis, j'avais repéré une "proie", enfin une des, bref un petit brun super mimi...
Comme je n'étais pas une fille timide, à la bibliothèque, je suis allée le brancher sous un prétexte fallacieux ("scuse moi, t'aurais pas le bouquin de Machin, je l'ai oublié et là, je dois bosser!")...
Il m'a répondu, sympas, mais alors avec un accent...
Le charme en a été rompu, immédiatement...!
Cela dit, à défaut d'un petit ami potentiel, par la suite nous sommes devenus assez copains lui et moi.!
Souvenirs, souvenirs...
Mais cet accent, horriblement tue l'amour, même si c'est bête comme "jugement", je le met entre " car çà n'en est pas vraiment un, de jugement!
bises
Encore une bonne petite histoire today, cool!
bisous
Rédigé par: small head | 20 juin 2008 11:14:13
Ah oui, très bien.Bravo.
Rédigé par: Clea | 20 juin 2008 11:28:50
Dans la nuit de Varennes d'Ettore Scola quand Casanova cherchait ses mots pour dire ce qui est important dans l'amour,
Restif de la Bretonne disait pour lui :
« dans l'amour ce qui est important c'est le mystère »
et tous ces micro-détails, comme les doigts de la marchande d’œufs qui étaient exactement ceux d’une statuette de musicienne en porcelaine de Saxe qui avait l’air si douce.
Bref j’étais heureux que ce ne soit pas Giacomo Casanova qui dise cela car le mystère n’est pas important dans l’amour bien au contraire, le mystère est important dans le désir
ha le désir, en voilà un monde.
Sappho dit que le désir c’est comme la lune, quand elle absente ou faible, on voit les étoiles. Les boots et les cheveux qu’on ne voudrait surtout pas toucher.
Et quand la lumière de la lune monte, on ne voit de plus en plus qu’elle.
Quand elle est pleine, on ne voit rien d’autre et notre imagination va se perdre droit dedans.
Comme le désir.
Ce qui est bien chez Sappho c’est qu’elle n’oppose pas le désir à la haine.
C’est la présence du désir opposé à rien.
A l'indifférence.
Et si tu lui parles un jour comme tu parlerais à personne, tu seras toi aussi personne pour lui.
Rédigé par: jp | 23 juin 2008 09:16:27
Mais non, ce ne sera pas nul ! :)
Belle initiative en tout cas !
Rédigé par: Olympe | 23 juin 2008 10:09:48
Ooooo que c'est beau ce que tu (m') écris jp ! rien que pour susciter ces lignes je suis heureuse d'avoir écrit cette histoire !
Rédigé par: Christie | 23 juin 2008 10:24:44
Oh ben moi aussi je suis déçue que le mec du Franprix ait la peau grêlée et des boots pointus :-(
Rédigé par: swahili | 23 juin 2008 10:43:43
Swahili, Swahili ! ta remarque m'ouvre des mondes !! (et à tout le moins, le thème d'une nouvelle histoire......)
Rédigé par: Christie | 23 juin 2008 10:51:42
Les commentaires récents