« la fluidité | Accueil | accueillir l'imprévu »
Vous connaissez Ben & Jerry's, le fabriquant de glaces aux ingrédients naturels ? Eh bien, j'ai failli sortir avec LE Ben de Ben & Jerry's.
Son vrai nom c'est Benoît, il est français et il était une promo au dessous de moi à HEC. J'ai toujours adoré "faire ma grande" et quand j'ai vu arriver sur le campus ce grand brun en duffle coat, un peu perdu avec son beau regard de myope, se tenant à l'écart des grappes de cool... J'ai eu envie de le nounouter et je l'ai invité prendre un thé au caramel dans ma petite chambre en bois. On est devenus potes ; et de novembre à juin, il a été mon chevalier servant.
Je n'avais rien contre ; devant lui je portais beau mais j'avais du mal à rencontrer les gens en profondeur sur ce campus : à une soirée quelqu'un te prenait dans ses bras en déclarant Toi t'es géniale ! et le lendemain, il ou elle te croisait dans les couloirs sans te saluer. Lorsque j'arrivais au RU pour déjeuner ou dîner, j'avais souvent des bouffées d'angoisse à la perspective de ne pas trouver d'amis dans la salle ; et souvent je dinais avec de vagues connaissances qui m'accordaient à peine un regard. Autant dire que j'ai été soulagée de me laisser admirer par le beau regard de mon Benoît dégingandé. J'étais touchée aussi par sa démarche maladroite et gracieuse de chiot. Un vrai amour.. dont je n'étais pas le moins du monde amoureuse.
Et puis j'ai connu un garçon, on a eu des hauts et des bas qui m'ont occupée, je suis partie au Chili et mon amitié avec Benoît s'est étiolée tranquillement.
Jusqu'au soir où on a dansé ; j'étais revenue en France, c'était à la fin de ma troisième année, ma promo et moi allions quitter le campus dans quelques jours et il flottait un parfum d'urgence à profiter de nos dernières miettes d'insouciance - une fois sortis, nous serions lâchés parmi les fauves dans la jungle du travail... Une soirée ou un pot dansant était organisés un soir sur deux ; moi qui avais souvent la flemme de sortir, ce juin-là j'étais de toutes les fêtes.
Benoît était là aussi, souvent. Je ne savais pas qu'il dansait comme un dieu ; enfin, plus exactement il dansais comme j'aime. Il sautillait, virevoltait, inventait, me portait, s'agenouillait, toujours avec un regard de conivence qui me prévenait du mouvement suivant... Une nuit, nous l'avons passée à danser ensemble. Puis nous sommes sortis et nous nous sommes allongés dans l'herbe. J'ai posé ma tête sur son ventre, mais il ne s'est rien passé de plus. Je ne sais pas pourquoi.
Le lendemain il partait faire de la planche au Pays Basque.
Je me suis demandé quoi faire. Et puis, j'ai rappelé mon ex amoureux pour savoir comment il allait. Je suis resortie avec lui... et à l'heure qu'il est nous sommes toujours ensemble ; nous partageons même deux enfants.
Un mois après "notre nuit", j'ai reçu une carte de la part de Benoît, une carte sympa sans plus. Depuis, il a monté deux boîtes, dont l'une s'est cassée la gueule au moment de la bulle internet ; et la suivante, c'est Ben & Jerry's. Nous sommes toujours amis, de temps en temps il repasse à Paris pour visiter ses distributeurs et voir sa famille, et quand il a un quart d'heure on prend un café ; et à chaque fois que je le revois, je savoure le charme de son beau regard de myope...
[Coucou j'ai inauguré mardi dernier une série de courts textes de fiction ; toute ressemblance avec des situations et des personnes existant ou ayant existé, ne peut être que fortuite... Gros bisous !]
juin 10, 2008 dans autoficcion, le principe féminin | Permalink | Commentaires (42)
vrai ou faux qu'importe, c'est toujours aussi bien, les mots à la juste place ( leur ordre juste :-), merci pour cette plume du matin.
Rédigé par: pat | 10 juin 2008 10:19:13
Ah ouais, c'est génial ces histoires ! J'adOOOOOOOOre...
Rédigé par: Clea | 10 juin 2008 10:37:33
Bonjour Christie, je remarque que tu évoques à nouveau le ventre masculin! Bonne journée!
Rédigé par: Isabelle | 10 juin 2008 10:45:10
Ah... oui ! C'est très juste, je comprends très bien l'appréhension de devoir aller déjeuner sans savoir si on sera seule, se retrouver en moyenne compagnie... ce sont des situations inconfortables mais qui ouvrent sur des possibilités.
ça m'évoque Quand Harry... ton histoire.
Rédigé par: MarieMay | 10 juin 2008 11:12:00
Ben and Jerry, je connais très bien depuis...au moins 20 ans ! je me régalais à Boston, de ces glaces plus craquantes les unes que les autres, alors que j'avais 25 ans...il me paraît bien jeune, le jeune homme en question ! l'histoire est mignonne.
Rédigé par: Lolo | 10 juin 2008 11:43:14
Ah, je suis contente qu'elle vous plaise mon histoire de bric et de broc ! hé hé j'en ai plusieurs dans ma besace..
Rédigé par: Christie | 10 juin 2008 12:39:23
Jolie histoire "de bric et de broc"... on aurait envie d'y croire!!
A quand ton recueil de nouvelles?
A moi aussi le coup du réfectoire me rappelle des souvenirs... comme je suis contente de ne plus avoir à vivre cela! (Bonheur d'avoir trouvé une "bande" à laquelle je n'aurais jamais osé rêver!!)
Rédigé par: Titoune | 10 juin 2008 13:52:33
Moi aussi je bénis le ciel d'avoir trouvé une bande.. et de ne plus être obligée de prendre mes repas "en public". J'ai détesté cela, le refectoire midi et soir.
Rédigé par: Christie | 10 juin 2008 14:06:35
Moi aussi, j'ai tilté sur le ventre de l'homme... Un fil rouge ? :) En tout cas, un fil rouge doux ! J'aime bien cette histoire aussi, cet image du myope attendrissant, prévenant, sportif et surtout, SURTOUT... qui sait danser !! Vous en connaissez beaucoup, vous, des hommes qui savent VRAIMENT danser ?? :)
Rédigé par: Olympe | 10 juin 2008 14:23:29
ben y'avait lui.. "Ben".. (soupir)
Rédigé par: Christie | 10 juin 2008 14:25:10
hé mais non, c'est pas des glaces, c'est des biscuits...! non ? j'y réfléchissais en m'habillant et tout à coup eurêka, les morceaux se sont recollés tous seuls. bref. merci, Christie. je commente jamais, mais je te lis tous les matins, à Paris et maintenant à New York, et c'est un moment nécessaire de ma journée. merci merci !
Rédigé par: zz | 10 juin 2008 14:25:41
je propose de ne pas trop poser de questions à l'auteur sur la véracité des histoires et les éléments qui collent ou pas..
Rédigé par: Christie | 10 juin 2008 14:27:18
Aaaah, les Ben (soupir soupir soupiiiiiir) !! :) :)
Surtout quand ils deviennent les rois de bonnes choses qui se mangent !!
Par rapport à l'autre histoire, on voit aussi que ce sont des princes charmants platoniques, non ?
Rédigé par: Olympe | 10 juin 2008 14:32:38
Voilà, voilà ! Maintenant, je meurs d'envie de manger une glace !
Sur un ventre doux.
Rédigé par: MarieMay | 10 juin 2008 16:16:19
hmmmmmm moi aussi !
Rédigé par: Christie | 10 juin 2008 16:21:43
C'est marrant! je crois me souvenir d'une note où vous parliez de votre ami co-fondateur de la marque de biscuits "Michel et Augustin" (ancien de HEC...).
Rédigé par: anaïs | 10 juin 2008 16:49:08
C'est marrant! je crois me souvenir d'une note où vous parliez de votre ami co-fondateur de la marque de biscuits "Michel et Augustin" (ancien de HEC...).
Rédigé par: anaïs | 10 juin 2008 16:49:44
Eh bien, c'est à vous de voir : soit vous continuez à rechercher les coincidences et j'arrête de publier mes histoires sur ce blog, soit vous arrêtez et je continue à les partager avec vous.
Rédigé par: Christie | 10 juin 2008 16:56:22
géniale !
je decouvre votre blog avec grand interet merci et bonne continuation
anna
Rédigé par: chippendales | 10 juin 2008 17:46:12
merci pour cette petite histoire, c'est plutôt sympa si vous en avez d'autres en réserve!
Rédigé par: balie | 10 juin 2008 18:33:00
ah là là, ça me rassure, je suis toujours aussi naïve et fleur bleue.
j'y ai trop cru à ton histoire :p
ah si seulement...
Merci, ça m'a fait du bien en cette fin de journée pluvieuse
Rédigé par: titenat69 | 10 juin 2008 19:57:36
C'est drôle de voir comment les gens reçoivent un texte, je me rends compte que ça change des ateliers.
Rédigé par: MarieMay | 10 juin 2008 20:43:40
Ah ben j'ai y cru, dur comme fer, lol. Bravo Christie, je te lis tous les jours et tu parviens encore à me surprendre...
Rédigé par: myosotis | 10 juin 2008 22:13:47
Ben en atelier c'est vrai la consigne est claire, "on ne cherche pas à savoir ce qui s'est passé et ce qui est inventer, ça ne regarde personne, la seule contrainte est que l'histoire sonne juste.."
Rédigé par: Christie | 11 juin 2008 00:54:14
Oh pardon, c'était pas pour être désagréable... c'est comme un roman à clés dont les clés sont à peu près transparentes, et c'est amusant de reconstruire - et peut-être de redonner à l'histoire sa crédibilité ? la référence transposée à ben&jerry's ne tient pas bien, puisque l'histoire et l'ancienneté de la marque ne collent pas tellement... Donc on cherche un peu ce qui cloche, et la solution s'impose. Voilà. Pardon encore pour cette indélicatesse, et merci encore pour ce/s joli/s texte/s...
Rédigé par: zz | 11 juin 2008 04:28:09