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Un jour de la semaine dernière, je travaillais avec une cliente sur ce à quoi une femme doit renoncer pour accéder à une carrière brillante dans une grande entreprise. Passer beaucoup de temps avec ses enfants, avoir une maison nickel, le temps pour elle.. Sur ces points nous étions d'accord, puis elle a tiqué quand j'ai ajouté "Faire les courses de sa grand-mère, réconforter ses amis quand ça va mal" "Mais ça Christie, plus personne ne le fait aujourd'hui ! Ou alors, ces femmes ne travaillent pas en entreprise !"
Un moment plus tard, quand je lui ai parlé du courant des femmes qui arrêtent de travailler pour s'occuper de leurs enfants et plus généralement, jouer davantage "leur rôle de femme", elle a eu l'air de trouver cela dommage.
Un jour de la semaine dernière, une cousine de ma belle-mère a succombé à la violence d'un cancer. Depuis deux mois, ses enfants et ma belle-mère et d'autres cousines et belles-soeurs, se sont relayées au chevet de celle qu'elles aimaient, pour accompagner sa douleur et vivre avec elle ces derniers moments. Elles ont tout laissé en plan pour accueillir ce qui était là, la fin d'une vie.
Ma grand-mère aussi s'était rendue absolument disponible pour accompagner son homme, mon grand-père, et sa petite soeur quand tous les deux ils ont été, durant de longs mois ingrats et terribles, emportés par un cancer.
Je ne veux pas ramener les femmes à la maison ! Et j'admire ces femmes qui réussissent en entreprise et se hissent à l'égal des hommes ; mais il y aura toujours quelqu'un pour les remplacer à un poste brillant et amusant. Nous les femmes sommes irremplaçables dans notre mission ingrate et forte, d'accompagner la naissance et la mort. C'est un travail que personne ne cherchera à nous prendre, et si nous ne l'accomplissons pas qui le fera ?
Il y a 12 ans que j'ai choisi mon camp (ce sont les femmes chiliennes qui m'ont montré la voie, elles qui donnent tout à leur famille) - j'espère être à la hauteur de mon rôle. En fait je sais que je peux mieux faire, beaucoup mieux. Heureusement, des modèles me montrent la voie.
juin 23, 2008 dans Une femme | Permalink | Commentaires (88)
Ton billet me réconforte ce matin. Je suis dans la période qui revient de temps en temps où je me questionne sur mon choix de vie. Et tu me rappelles que l'une des raisons qui m'avait guidée, c'était même la principale, était de pouvoir être facilement disponible si quelqu'un autour de moi avait besoin d'une présence à ses côtés.
C'est fou comme tes billets raisonnent au bon moment !!
Rédigé par: swahili | 23 juin 2008 10:37:34
Oh merci !
Moi aussi ce rappel me fait du bien, ces deux exemples, deux extrêmes (la très carrièreriste et les disponibles), et de me rappeler ce qui compte pour moi (même si souvent j'ai du mal à le vivre ce choix-là...)
Rédigé par: Christie | 23 juin 2008 10:40:56
je n'en connais pas exactement les modalités mais depuis quelques années il existe en entreprise un congé exceptionnel pour accompagner un proche très malade, c'est une énorme avancée, car ce temps si précieux de la fin est perdu à jamais. Ma soeur qui était géographiquement éloignée de notre frère, jeune mourant a beaucoup souffert de ne pas avoir pu disposer de ce temps des adieux. Le deuil n'est ni plus ni moins facile peut être juste plsu serein pour ceux qui étaient là, quelle est le prix d'une carrière par rapport à ces moments là ? je ne sais pas.
Rédigé par: pat | 23 juin 2008 10:48:26
Bonjour Christie
tu es dans des choses très fortes aujourd'hui.
Je te suis assez dans ta réflexion.
Mais pour moi il y a le quotidien et il y a l'exceptionnel gravité des situations que tu décris.
Au quotidien cela tient de l'exercice de jonglerie, et cela demande une certaine capacité à se dédoubler. Et cela conduit souvent à la méditation aussi !
Après dans les cas concrêts de maladie, de mort, c'est une question vitale, qui touche chacun dans sin intimité personnelle.
Je crois que l'on peut toujours faire mieux. De mon côté, j'ai découvert que le mieux faire passait par le fait de lâcher un peu prise. Et de lâcher un peu les autres aussi (surtout mes enfants et mon mari !)
C'est étonnant, non ?
Rédigé par: MarieMay | 23 juin 2008 10:57:18
Tu lis Chaos calme ? On m'en a dit beaucoup de bien. Tu aimes ?
Rédigé par: MarieMay | 23 juin 2008 10:58:22
Oui j'aime beaucoup ; je ne le lâche (à regret) que pour lire un chapitre de mon livre sur la magie des contes !
Rédigé par: Christie | 23 juin 2008 10:59:30
Merci Christie pour ce post!
Je suis au moment de ma vie où la question de ces choix se fait pressante... et celle de l'équilibre à trouver entre avoir travail qui m'épanouira et être présente pour la famille, les amis, et la famille que je construirai. Même si je ne me vois pas faire comme une copine qui arrête ses études avec un bachelor (autrement dit, bac+3) qui ne lui permettra pas de travailler, parce qu'elle sera bientôt maman... Ne serait-ce que parce qu'un été j'ai travaillé avec des personnes handicapées et que l'un d'eux nous disait de ne surtout pas arrêter complètement parce qu'on ne sait jamais ce qui peut arriver au conjoint, sa femme à lui parvenait à peine à les faire vivre depuis que lui était invalide...
Essayer de trouver le juste milieu... travailler, mais pas "faire carrière", acoompagner mais sans s'oublier... dur dur
Rédigé par: Titoune | 23 juin 2008 11:00:19
"Cahos Calme" me tente bien aussi.. j'ai bien envie d'essayer de le lire en italien...
Rédigé par: Titoune | 23 juin 2008 11:02:34
Je ne sais pas si c'est dur ; non, je ne crois pas. Si on sait ce que l'on veut, que l'on place l'intention, je pense que c'est possible d'avoir un métier passionnant et de fixer ses priorités personnelles. Evidemment... c'est plus facile sans doute quand on est en libéral. Et encore, j'ai l'impression que les entreprises font de plus en plus de pas dans le sens des femmes.
Rédigé par: Christie | 23 juin 2008 11:05:33
Tu me rassures un peu. Et surtout, je sens de plus en plus, et ton post comme ta réponse me le confirment, que je vais dans la bonne direction! ça fait du bien!
Rédigé par: Titoune | 23 juin 2008 11:08:01
Au Portugal j'ai été frappée aussi par la présence des femmes autour des fontaines, dans les cuisine des petits restaurants à éplucher les patates ou assises devant leur maison toutes de noir vétues. C'est très difficile pour moi d'imaginer le renoncement, j'imagine que ce n'est jamais facile j'espère juste que le moment venu j'aurai le courage de faire les bon choix.
Rédigé par: alice | 23 juin 2008 11:08:11
Je suis d'accord avec vous, moi aussi j'ai accompagné ma mère pendant de longs mois à la maison avant qu'elle ne décède de son cancer, je n'avais que 27 ans et pourtant j'étais prête. Alors c'est vrai que ça me choque lorsque je vois un collègue de travail carriériste, laisser sa mère mourir seule....
Rédigé par: mimos | 23 juin 2008 11:12:05
Ce n'est pas ma collègue, c'est ma cliente, et je ne pense pas qu'elle laisserait sa mère mourir seule !!! qui a dit ça ?
Rédigé par: Christie | 23 juin 2008 11:18:23
Votre post ce matin me touche beaucoup, et ce dans tous les sens du terme... Je suis manipulatice radio, et il y a 27 ans, j'ai renoncé sans hésitations à ma carrière (mais elle n'aurait pas eu l'ascension de certaines carrières de toutes façons) pour rester avec mes jumeaux à la maison et ensuite avec mon 3° enfant. C'est un choix que je n'ai jamais regretté, même si ce fut dur financièrement quelques fois... Et lorsque l'un après l'autre, en diverses occasions, mes enfants m'ont dit "merci Maman, d'avoir été toujours là pour nous et de nous avoir guidés", je n'ai pas eu besoin de plus.
Quant à l'accompagnement jusqu'au bout de la vie et même un peu plus loin, je l'ai fait pour mes deux parents, et ce que l'on ressent à l'instant précis où tout bascule est indescriptible, mais ô combien doux à porter par la suite. Lorsque ma mère est partie, emportée aussi par un cancer, j'ai décidé de faire quelque chose contre cette maladie puisque mon métier me le permettait. Alors j'ai attendu que les 3 soient sur les rails de l'enseignement supérieur, aient leur permis, et je suis retournée à l'hôpital travailler en radiothérapie et j'ai tout réappris, parce que 22 années avaient bien effacé mes connaissances.
Le premier jour, ma fille qui vivait encore avec nous, m'a dit:" je me suis sentie quand même un peu perdue sans toi à la maison..."
Et aujourd'hui cela fait bientôt 6 ans que j'ai recommencé et j'ai tout autant de satisfaction à faire ce métier, à aider et écouter les patients et leurs familles qu'à être restée auprès de mes enfants à la maison. Et la reconnaissance de l'autre est la même.
Lorsque vous reverrez votre cliente, posez lui juste cette question: est-il normal que lorsqu'un enfant naît, où que ce soit dans le monde, il a au moins sa mère près de lui, alors pourquoi n'aurait-il personne à ses côtés le jour de sa mort?
Les gestes qui se faisaient spontanément autrefois autour d'un mourant ont été relégués au fond des mémoires, mais je suis sûre que la tendance va s'inverser, on a fait de grands progrès autour des soins palliatifs, on saura en faire pour accompagner nos mourants...
Rédigé par: Desbeaumes | 23 juin 2008 11:22:27
Ma cliente je ne vais pas la méler à tout ça ! Elle fait du mieux qu'elle peut avec ses (immenses) talents, qui sont eux davantage tournés vers l'entreprise.
Mais juste le parallèle m'a intéressée..
Rédigé par: Christie | 23 juin 2008 11:26:11
Oui c'est très important qu'il y ait quelqu'un là aussi bien pour la naissance que pour la mort !
La mort en particulier est bien souvent évacuée, ça ça me fait très peur !
Je ne poste pas souvent de commentaire Christie mais je te lis tous les jours !
Rédigé par: florence | 23 juin 2008 11:39:37
Ta fidélité Florence me va droit au coeur.. gros baisers !
Rédigé par: Christie | 23 juin 2008 11:40:41
Bizarrement, ceux qui ont des priorites claires s'en sortent pas mal au bureau, on les respecte aussi pour ca. Moi c'est (1) famille, (2) potes, (3) progres social, (4) boulot, dans cet ordre, et c'est tout. Je negocie pas, je n'y reflechis meme pas, et je l'affirme a tout bout de champs.
Plus on est clairs sur ses potitions, plus on se fait respecter. Ceux (celles) qui n'arrivent pas a se faire respecter sont ceux avec un conflit de priorites permanent.
J'avais adore l'histoire des gros cailloux, j'y pense un jour sur deux, et aucun texte ne m'a autant changee: http://www.journaldunet.com/management/0503/050375contes.shtml
Rédigé par: dany | 23 juin 2008 11:53:26
Oui il est beau ce conte.
Moi aussi avant d'avoir des enfants c'étaient mes priorités.. et elles ont changé depuis ; et évoluent en fonction des besoins, des moments.. en ce moment le boulot est la chose la plus importante pour moi, après mon équilibre perso / de couple et celui des enfants..
Rédigé par: Christie | 23 juin 2008 11:56:57
Bravo Christie de nous faire réfléchir sur ces sujets graves
depuis que j ai mis au monde mes enfants je me pose cette question
trouver le bon équilibre, pour moi c est le temps partiel
les femmes grace à une activité professionnelle en dehors du foyer ont gagné leur indépendance
progrès indéniable
Ne pas etre la "boniche" de la famille qui réclame son solde au mari chaque semaine Non non et trois fois non
mais à coté de ça sacrifier sa famille pour une carrière professionnelle encore non et non
je suis heureuse d avoir conscacrer du temps pour mes enfants maintenant qu ils ont quitté le nid
et donc d avoir rater des opportunités professionnelles
et de plus je vois tellement de personnes qui ont beaucoup investi dans le travail et qui partent en retraite dans l anonymat complet remplacé du jour au lendemain
et qui se retrouvent avec un grand vide devant eux
Rédigé par: Marijo | 23 juin 2008 11:57:59
En effet je crois qu'elle est importante cette réflexion : de quoi je choisis de me remplir ? quel "gros caillou" je mets en premier ?
Rédigé par: Christie | 23 juin 2008 12:01:17
Un autre truc vraiment top au rayon disponibilite: je ne bosse JAMAIS le samedi, je suis pire que les juifs orthodoxes sur ce plan: des le vendredi soir c'est la glande totale, ca commence par un diner, et ca se poursuit toute la journee du samedi, a bouquiner, a rever, a aller aux puces...
Mes proches savent qu'ils peuvent "m'avoir" le samedi, et du coup ils me fichent la paix le reste du temps si je suis occupee: tout le monde adore! Je zappe le taf, je refuse meme d'y penser, et du coup je suis vachement plus fraiche en semaine.
C'est une colloc des Bahamas qui m'avait appris ca. Elle avait l'habitude que tout s'arette le dimanche, et qu'on soit tous potes. Ca lui manquait enormement. au bout de six mois elle a fini par reussir a recreer un micro groupe de gospel dans la cuisine (c'etait roots, j'adorais). Et sa glande du dimanche, ca me faisait bien envie.
Rédigé par: dany | 23 juin 2008 12:26:40
Merci, ton texte m'aide à assumer, à boiter un peu moins.
Rédigé par: Clea | 23 juin 2008 12:52:51
L'exemple qui m'aide à me poser des choix, c'est celui de ma grande-tante. Elle ne s'est jamais rien laissé imposer par les convenances de sa famille, de son milieu. Veuve, sans enfants, on était sa seule famille, à 600 km... elle a été comme une grand-mère pour moi. Les sept dernières années de sa vie, elle les a passées alitée dans une maison de retraite... mais jamais seule, même au bout de 7 ans ses amis continuaient à venir la voir régulièrement (nous on ne pouvait pas plus que 2 fois 10 jours par an, mes frères et moi étions jeunes). Cultiver des amitiés d'une telle qualité, voilà une des choses que j'aimerais réussir dans ma vie.
Rédigé par: Titoune | 23 juin 2008 13:29:18
Oups! Je parlais d'un de mes collègue de travail pas de votre cliente...
Rédigé par: mimos | 23 juin 2008 14:19:08