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Mars, ninja Christie


















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mercredi 19 mars 2008

le goût de vivre

Alma_au_cimetireA mon retour de Thaïlande, pressée par la lecture d'un formidable dossier sur l'amitié dans La Croix qui disait notamment que l'amitié supporte la rivalité amoureuse ou les différences de fortune, mais ne se remet pas d'une indélicatesse ou d'un coup de téléphone différé...  J'ai appelé mon ami A. Il m'a annoncé la mort de son grand-père. - Oh mon pauvre, me suis-je exclamée. Ca va, tu n'es pas trop triste ? - Si, un peu.. mais pour lui ça a été une délivrance. Il avait perdu le goût de vivre.

Perdre le goût de la vie. Parmi toutes les choses qui soutiennent ce désir, les grandes et les petites, dont toutes ne nous sont pas ôtées avec l'âge - qu'est-ce qui fait pencher la balance du bon ou du mauvais côté ?

L'absence de proximité physique et affective - la grande solitude dans laquelle de nombreuses personnes âgées se trouvent, en manque de caresses et de contacts peau contre peau - peut-être est-ce l'une des choses qui me mènerait au désespoir.

J'aime le geste d'une tante de Nicolas, qui dès qu'elle la voyait massait les pieds et les mains de la très vieille Nany, la soeur aînée du grand-père de Nico. "Mais tu sais me disait-elle, je ne pourrais pas le faire pour ma mère !"

On n'y est pas encore ; mais depuis mes 33 ans, je commence à comprendre que je suis mortelle ; qu'il y a eu une vie avant moi, et qu'elle se poursuivra après ma mort - et cela, la vraie nuit pour soi, est une idée douloureuse à apprivoiser. Est-ce qu'on y parvient, d'ailleurs ?

[Week-end dans le Nord pour aller chercher Churchill dans son élevage. On en a profité pour rencontrer les dunes et découvrir Saint Omer, la ville d'origine des Vanb - à proximité de ces villes d'Outreau, Hénin-Baumont, ça fait bizarre de se rapprocher d'endroits dont on a beaucoup entendu parler dans des circonstances un peu dures, et de voir que ce sont des villes normales, avec des rues, des habitants, des centres culturels et commerciaux..

Avant de repartir, petite visite au caveau familial. Je suis toujours émue par les cimetières et les centaines d'histoires qu'ils racontent.]

[Alma, à chaque fois qu'elle regarde une photo antérieure à sa naissance Et j'étais où, moi ? Que répondre à cela ?]

[Vous avez vu comme je résiste, j'arrive à ne pas parler de mon chien à chaque note ! Bon si vous voulez savoir il s'habitue à nous. Fait pas mal de conneries à base de boulotages, mais a l'air de comprendre quand on lui dit Non. Ce qui arrive assez souvent ! Mais il est plus joyeux que le premier jour, où j'étais un peu inquiète de le sentir tristounet et perdu.

Quand on se promène, il adore rester un petit moment devant les portes vitrées, à s'admirer ; ou peut-être croit-il que le petit chien qui lui apparait, c'est son frère..] 

mars 19, 2008 dans la petite voix | Permalink | Commentaires (21)

Commentaires

pour alma lui répondre: "tu étais dans le désir de tes parents" : c'est ce que me répondaient les miens et pendant longtemps ça m'a bien plu: je trouvais cela un peu magique....

Rédigé par: hélène | 19 mar 2008 10:03:00

Oui c'est beau.. D'autant qu'Alma j'ai beaucoup rêvé d'elle avant qu'elle se matérialise !

Rédigé par: Christie | 19 mar 2008 10:19:48

Comprendre qu'on est mortel...Un de mes fils avait 5 ans quand il nous a dit "J'aurais préféré ne pas naître, comme ça je n'aurais pas eu à mourir".
Ça m'a serré le coeur, et je me suis alors demandé comment ça se passe pour chacun d'entre nous, cette prise de conscience que cette affaire qu'est la vie ne va pas durer...Je n'ai aucun souvenir du moment où moi j'ai compris que tout ça aurait une fin...

Rédigé par: Snödroppe/Sophie | 19 mar 2008 10:33:58

moi non plus.. c'est juste la peur parfois quand je suis en scooter derrière Nico, et le nombre de gens plus jeunes que moi qui font des choses, et la conscience qui s'incruste de la vie qui va se poursuivre sans moi

Rédigé par: Christie | 19 mar 2008 10:40:06

« depuis mes 33 ans, je commence à comprendre que je suis mortelle »
Amusant que ça arrive précisément à cet âge si symbolique.
Mais, plus généralement, c’est peut-être un effet de la trentaine, ou de la pa/maternité ; moi aussi je commence à me faire, un peu, à l’idée…

Rédigé par: aymeric | 19 mar 2008 10:43:54

ben du coup j'ai cessé de m'agacer quand les gens me disent "33 ans, c'est l'âge du Christ" ; cette phrase banale, soudain, prend du sens pour moi.. et je me dis que ce n'est peut-être pas un hasard si "la mythologie" l'a fait mourir à 33 ans.

Rédigé par: Christie | 19 mar 2008 10:51:49

Le fait d'être mortelle, j'ai l'impression de l'avoir compris l'année de mes 18 ans, l'année où deux jeunes de mon village se sont tués sur la route et où plusieurs amies proches ont souffert d'anorexie. Violent de le comprendre ainsi...
Et puis, je crois que j'ai appris à dépasser cette idée et que je vis plus fort qu'avant depuis...

Il y a cette phrase de Pennac dans "Comme un roman" que je trouve tellement belle et porteuse: "L'homme construit des maisons parce qu'il est vivant, mais il écrit des livres parce qu'il se sait mortel".

Rédigé par: Titoune | 19 mar 2008 10:55:42

Bonjour, je n'ai jamais pris la parole sur ce blog que je lis pourtant régulièrement tant j'y prends plaisir. De mon côté, je voulais confier à votre sensibilité la difficulté qui va être mienne mardi prochain, après Pâques: celle de retourner au travail après cinq mois de congé maternité. Ce déchirement que je pressens, cet arrachement de ma fille que je redoute, je m'y prépare depuis de longues semaines, tout en sachant que la douleur sera là, intacte, malgré les efforts faits pour la dompter. Pendant que j'écris ces lignes, la petite Jeanne joue avec ses mains de bébé de bientôt 4 mois, et je ne peux m'empêcher de me dire qu'elle aussi aura mal, se demandera où je suis passée et qu'elle fera ainsi connaissance avec le chagrin. Elle aussi. Sa façon de me regarder, de me boire du regard devrais-je dire, me dit incessament qu'elle compte sur moi. Sa façon de me sourire aux éclats quand je la regarde et qu'elle n'attend que ça... Et moi, je vais la confier à une inconnue,
je vais couper ce lien et plus jamais ne vivra cette symbiose où nous vivions, cette bulle que nous avions faite autour de nous deux pendant ces jours passés en semble, . Moi l'ex femme libérée, moi qui appréhendais la maternité et l'attachement indéfectible que je soupçonnais caché derrière, moi passionnée par mon boulot au point de continuer à l'exercer jusqu'à trois jours de l'accouchement, je me surprends à pleurer de chagrin à l'idée de laisser cette petite fille qui ne me demande que de l'aimer. Tout ça pour quoi? De l'argent? Mais c'est quoi cette vie où gagner sa vie est plus important que de contempler un nouvel être tout à son éveil?
Je sais que j'écris ces lettres sur le blog d'une maman, c'est bien pour cela que je le fais. Tous mes repères sont bouleversés; je sais que tout reprendra sa place bientôt, avec le temps, bien sûr, mais la transition entre les deux mondes laissera une marque au fer rouge dans ma vie. Plus exactement un coup de cutter entre moi et moi.
Merci de m'avoir lu jusqu'au bout si vous y êtes parvenue, Christie.

Rédigé par: Natalie | 19 mar 2008 11:56:44

Eh oui... ces endroits connus pour des faits dramatiques sont des endroits comme les autres, où des gens vivent, pleurent, rient, travaillent... et c'est la même chose à Pristina et Tel-Aviv. On perd ça de vue, d'ici.

Rédigé par: Deborah | 19 mar 2008 12:02:10

Hé oui, le Pas-de-Calais est un endroit où les gens vivent heureux aussi ! :o) Même si on en entendu plus parler pour ses faits divers et colorations politiques que pour ses magnifiques plages, la chaleur de ses habitants, le dynamisme de Lille, etc... Je ne dirais pas que tout y est rose, je ne suis moi-même pas fana de la ville où j'ai grandi (Lens, à laquelle je préfère celle d'origine de ma famille : Arras), les deux guerres de ce siècle y ont, plus qu'ailleurs je pense, chamboulé pas mal d'histoires familiales.
Mais je suis toujours désolée de voir l'image que l'on en fait dans les médias, alors que la plupart de mes amis d'enfance y sont restés et n'envisagent pas du tout d'en partir ! J'y retourne pour Pâques, et espère pas mal du film "Bienvenue chez les ch'tis" qu'on devrait aller voir avec mon père.

Rédigé par: Anne-So | 19 mar 2008 12:41:34

ça m'a fait le même effet que toi quand je suis allée à Outreau. on se sent étrangement dans un lieu "normal".
Avoir des enfants m'a confrontée à l'image de la mort et à la crainte que j'en avais pour moi-même ou pour mon mari, en craignant encore plus de perdre mes enfants. En vieillissant pourtant... ce matin je me faisais la réflexion en croisant un homme âgé qui marchait avec peine et tremblait, et je me disais "Vivre vieux, si c'est pour se traîner et ne plus pouvoir faire ce qu'on veut, faut voir..." Et la question des autres surgit en général à ce moment-là...

Rédigé par: Marie | 19 mar 2008 12:42:57

Natalie, votre message me touche...
C'est peut-être parce que je n'ai pas d'enfant, mais j'ai le sentiment que c'est plus vous qui allez souffrir de cette séparation que Jeanne. A partir du moment où elle sera rassurée sur le fait que vous ne l'abandonnez pas définitivement mais juste pour quelques heures à la fois, ça va même être probablement pour elle une occasion de progresser... ma mère a toujours travaillé quand nous étions petit, et mes frères et moi avons conservé, encore aujourd'hui, un lien très fort avec les dames qui nous ont gardés... ma nounou à moi est retournée vivre en Italie depuis trois ans, et bien que j'aie 22 ans, elle me manque... elle faisait partie de ma famille de coeur...
Natalie, bon courage! De tout coeur avec vous!

Rédigé par: Titoune | 19 mar 2008 13:36:15

Coucou les filles

Nathalie retournez au travail sans crainte : vous n'allez pas couper le lien avec votre fille.

Et si au bout de quelques semaines vos journées sans la voir vous paraissent trop longues, il sera toujours temps de penser à une reconversion professionnelle...

je vous embrasse bien fort. Moi aussi j'ai eu du mal à les confier, les deux. Nico m'a bien aidée en me "forçant" à ne pas renoncer à la solution de garde que nous avions choisie. Et du coup j'ai été plus exigeante avec mon boulot : il fallait que ça vaille la peine de les confier !

Vous allez voir, un équilibre ça se recrée...

Rédigé par: Christie | 19 mar 2008 16:47:29

C'est étrange ,cette question de la mort me hante aussi régulièrement ,pas forcement la mienne , celle de mes parents ,de mes enfants , de mon mari
L'isolement , la souffrance ,la dépendance me fait peur .
Je ne vais jamais au cimetière ,peut être que je devrais,au moins rendre hommage à ceux qui m'ont quittès.J'aime beaucoup tes notes ,je reviendrai ..

Rédigé par: Jeanne | 19 mar 2008 17:58:35

Je pensais, dans le bus il y a dix minutes, à une amie qui est en souffrance actuellement... Cette douleur que je ressens chez elle, qu'il est difficile d'atténuer, ne peut s'effacer qu'avec le retour du goût de vivre, qui quand on atteint la trentaine, doit se concilier, se conjuguer avec cette prise de conscience que, en effet, nous sommes mortelles... Dur dur...

Rédigé par: Olympe | 19 mar 2008 19:59:46

Ce n'est que quand est née ma première fille qu'est apparue la crainte de disparaitre, liée bien-sûr à la peur de la laisser orpheline. Le pire, c'est quand on partait tous les deux avec mon homme, je ne pouvais m'empêcher de penser "et s'il nous arrivait quelque-chose ?"...
Maintenant que mes filles ont grandi, je me sens plus légère parce-que je sais qu'elle pourraient se débrouiller sans moi. Par contre, la mort de mes proches, ça c'est une autre histoire...

[c'est marrant que Churchill regarde son reflet, c'est un truc que la mienne n'a jamais fait !]

Rédigé par: swahili | 19 mar 2008 22:05:49

Je suis très émue de revoir cette tombe. J'aimais profondément Nani. Elle a été enterrée dans cette tombe à quasiment 100 ans. Elle était une tante et une grand mère tout à la fois pour mes enfants et pour nous. Elle nous montrait la tendresse et le don de soi-même comme si cela était naturel et cela l'était pour elle. Elle donnait et était capable de donner sans cesse par amour tout simple pour sa famille. Merci Christie de nous faire revivre ces moments et de nous rappeler qu'aimer sans cesse et abondamment est l'esentiel de la vie.

Rédigé par: Anne | 19 mar 2008 22:39:43

Ma propre mort je n'ai pas l'impression d'avoir du mal à l'appréhender mais peut etre est ce une résistance. Freud disait que la mort est impossible pour l'inconscient qui se croit immortel! Par contre tout comme swahili c'est particulièrement le dc de mes proches qui m'angoisse...

Rédigé par: lapetitecatherine | 19 mar 2008 22:48:01

Pour un commentaire plus "dans le sujet" : je me rappelle très bien le jour (et l'endroit) où j'ai pris conscience de l'ineluctabilité de ma mort : je devais avoir 23 ans, c'était l'année où j'ai commencé à bosser, je lisais "la force de l'âge" dans un bus à Montrouge. Et j'ai eu un flash en lisant un passage, à la fin du premier quart du livre je crois. Ca devait parler de la mort j'imagine.
J'ai arrêté de lire le bouquin, car ça m'a vachement perturbée. J'avais adoré "Mémoires d'une jeune fille rangée" qui raconte plutôt son enfance et adolescence, puis je crois que j'étais au moment, dans "La force de l'âge" où elle arrivait à mon âge justement. Je me suis dit qu'il valait mieux que j'arrête là, que j'attende d'avoir vieilli/mûri pour continuer.

Rédigé par: Anne-So | 19 mar 2008 23:21:01

Il y a des livres comme ça, très beaux mais pour lesquels on sent qu'on n'est pas prête.. ou que ce n'est pas le bon moment pour soi

c'est triste d'ailleurs ces rencontres loupées avec des livres !

Rédigé par: Christie | 20 mar 2008 05:55:46

Très beaux posts et commentaires qui vont avec et pourtant je ne peux m'empêcher de retenir surtout celui de Nathalie petites bouteilles à la mer au milieu d'un groupe qui échange sur une conversation très sérieuse.
Chère Nathalie, on est à peu près toutes passées par là bon ça ne te consoles peut-être pas. Tu as l'air d'aimer ton travail au point de l'avoir tenu jusqu'au derniers jours de ta grossesse concentre-toi sur lui pour que cette séparation douloureuse en vaille la peine et puis ta petite va connaître sa première frustration mais cela lui permettra aussi de se construire. courage

Rédigé par: rita | 20 mar 2008 09:50:02

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