Elle a téléphoné l'autre soir, notre fête battait son plein (ce n'était même pas une soirée, juste un dîner festif où les amis sont contents de se retrouver), et elle a déversé sa bile "J'en ai marre de vous entendre, le matin, le soir, je sais que vous avez des enfants jeunes, que l'immeuble est sonore, mais vraiment j'en peux plus de vous."
Depuis, je l'ai croisée une fois, de loin, elle ne m'a pas saluée, et je pense à elle dès que je tire une chasse d'eau. Dès que je ferme les volets. Dès que je mets en marche une machine, qu'on chante une chanson avec les filles. Je sais qu'elle a soixante ans, ses enfants ont quitté le nid et son mari est mort il y a quelques années. J'imagine que sa solitude est un poids horrible - que ce dont elle souffre, ce n'est pas tant les bruits de la vie chez nous, que l'absence de bruit dans sa grande maison désertée. Que lui rappellent les bruits chez nous.
Et malgré ce recul, je n'arrête pas d'y penser, et de me sentir coupable moi de vivre - et d'éprouver cette fois qu'une personne qui tente de vivre pleinement n'entraîne finalement pas toutes les autres dans son sillage... Et je me dis aussi que nous avons parfois besoin d'obsessions à la noix, elle nous a nous, et maintenant, je l'ai elle !
J'ai peur, un jour d'être à sa place...
[Ce matin dans ma rue, j'ai croisé un rat mort.]








































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