Au moment de mon mariage avec Nicolas, j'ai pensé pouvoir me fuir. Son amour inconditionnel et l'attrait hypnotique de sa famille m'ont permis de renier d'où je venais - d'autant qu'en me mariant j'ai changé d'appelation. C'était pratique d'oublier les Reboul et les Bord, les disputes pour un lopin de terre, la couperose sur les joues, la dépression héréditaire, le "trop de bouffe à table faut finir les restes tant pis si vous explosez" d'un côté et le "on mourt de faim dans cette maison" de l'autre.
Et puis cet été. Je suis allée dire au revoir à la maison de Belle-île.
J'ai repris le chemin de l'église (je force les filles à m'accompagner, une fois sur deux ou trois - c'est leur héritage - mais je préfère aller seule à ma messe qui prend son temps).
Je recommence à faire des soupes - toujours un peu trop, je suis tombée du côté du "trop" - je vous recommande celle-là, hmm...
J'ai repris les bavardages avec ma tante du côté de Papa, je me projete avec ma cousine du côté de Maman (elle veut me faire courir un tas de courses trèèès longues ouille ouille ouille !)
Je réécoute la musique qui m'enchantait, enfant ; Balavoine, Jane Birkin, la disco, Anne Sylvestre...
Quelle naïveté de penser que je pouvais me fondre. C'était tentant, mais.. je suis heureuse de me retrouver, petit à petit. Renforcée par la gaîté, l'accueil, la noblesse de ma seconde famille. Ancrée dans la ténacité de Maman, encouragée dans l'esprit d'entreprise de Papa, pleine de la joie de mon petit frère et portée par l'amour lumineux-dépressif de Mam...
[Et Nico aussi est heureux, je crois. On s'aime mieux libres ; on aime mieux son amour lorsqu'il devient davantage lui-même.]
Total pour les vacances, nous partons tous les quatre quelques jours dans sa famille en Bourgogne, puis les filles et moi rejoignons la mienne à Dinard. Nous fleurirons les tombes du grand-père de Nico à Vitry, et celle à Rennes de ma tante Annick, la petite soeur de Mam qui m'a donné sa maison.









































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