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Parfois je me trouve injuste de m'intéresser aux femmes davantage qu'aux hommes ; et ce n'est pas tout à fait vrai, je m'intéresse aux femmes dans ce qu'elles ont de commun, leur solitude, leur besoin de dire, leur courage, leur épuisement... Les hommes je leur réserve ce traitement de faveur, de regarder chacun sans chercher à généraliser, d'écouter ce que me dit mon coeur sur sa solitude, sa peur de ne pas y arriver... Y a-t-il une solidarité masculine, une compréhension profonde des hommes entre eux ? Alors que les hommes, peut-être me trompé-je, mais la plupart des hommes éprouvent tant de mal à parler d'eux-mêmes, à se livrer à un autre homme. Nous les femmes, c'est plus facile, on s'épaule avec les mots.
Parfois je regrette d'être plus à l'aise dans les rapports de loin. Les lettres, les mails, le blog, les livres, c'est si facile de vivre à distance des autres, comme si mon corps, ma voix, étaient insupportables, ou comme si moi j'avais du mal à supporter le corps et la voix de mes frères humains. Comme si aussi mes effets toxiques étaient moins pregnants à travers un écran...
Le corps de ma grand-mère tout à l'heure à l'hôpital - un autre hôpital, tout beau tout rutilant et pourtant je ne vous le recommande pas, le corps de ma grand-mère ne tient qu'à un fil et refuse de se rendre, elle ne peut plus marcher, les jours passent comme des semaines, patience et courage, patience et courage, comment soulager le corps de ceux qu'on aime, et qui pourtant nous dégoute dans sa maladie, les odeurs, les humeurs, l'affreuse chemise de nuit d'hôpital ouverte par derrière, je ne force jamais mes enfants à embrasser ma grand-mère et moi je m'oblige, ma petite grand-mère qui a tellement besoin d'être touchée et étreinte, et nous venons si rarement... Une toute petite heure... Trois semaines que je ne l'avais pas vue.
Et parfois, parfois, j'me chapitre un peu, arrête de te regarder vivre et vis pour de vrai !
mai 24, 2007 dans Inventaires | Permalink | Commentaires (18) | TrackBack (0)
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Chère Christie,
Il y a quelques jours j’avais mis sur mon blog une petite note à propos du film « Loin d’elle ». C’était une courte chronique, mais j’y disais combien cette histoire avait retentit en moi parce que nous vivions (en famille) quelque chose de semblable. Ne cherche pas ce billet, il n’y est plus. Le lendemain, le jeudi 10 mai Maman nous quittait pour toujours. C’est la première fois que je faisais ça, mais j’ai supprimé la note, je ne voulais pas avoir à répondre à des commentaires.
Pour ta petite grand-mère, pour la grand-maman de ma fille, je retrouve un peu de courage, je squatte ton blog, et je recopie ici le brouillon que j’avais préparé dans un fichier avant de publier. Merci pour ton accueil.
Pensées affectueuses
Tilly
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Loin d’elle
Souvent ils ne comprenaient pas ses peurs. Mais ils ont entendu ses appels déchirants le soir quand elle ne voulait pas s’endormir seule.
Ils savent que ses angoisses seront les leurs un jour, et cela leur fait peur.
Elle est partie. Peut-on dire : nous l’avons partie ?
Ses filles ont cousu des étiquettes avec son nom sur ses vêtements. Comme elle le faisait pour nous trois quand nous étions petits, brodées en rouge pour les filles, en bleu pour le garçon. Comme nous l’avons fait pour nos enfants qui sont grands maintenant.
Elle est douce, elle a peur, elle est perdue, elle pleure. Je ne sais pas comment l’aider.
J’ai vu le film de Sarah Polley. La jeune metteuse en scène et scénariste dit ne pas avoir connu de près la situation de ses personnages. Au générique de fin, il y a une longue liste des études médicales et psychologiques sur l’Alzheimer qui lui ont servi et à son équipe. Je pensais ne jamais trouver des réponses de vie dans un scenario de film, surtout américain. Pourtant ce film m’a fait réaliser qu’il fallait s’efforcer d’accepter de placer les malades dans des conditions de vie que nous jugeons parfois inacceptables parce que nous, nous ne sommes pas malades. Avec les meilleures intentions du monde, nous nous persuadons, qu’ils ont besoin de nous tout le temps, de plus en plus. Ce n’est pas vrai. Ils ont besoin de finir de vivre dans le calme et la douceur, dans le vide parfois.
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Rédigé par: tilly | 24 mai 2007 17:22:09
Il a l'air magnifique ce film... Il est très beau, ton texte, merci de l'avoir réécrit pour nous, j'imagine que ça n'a pas été facile.
Rédigé par: Christie | 24 mai 2007 17:29:11
Je te souhaite du courage Christie aux cotés de ta grand-mère.. La fin des autres et notamment des très proches, est difficile à vivre, accompagnée de notre culpabilité de survivants..
Je t'embrasse !
Rédigé par: Bérangère | 24 mai 2007 17:30:32
Mais je n'ai pas l'impression que ce soit la fin ! Ma grand-mère a le cafard, pas de jambes, tout ce que vous voulez, mais une énergie, une vie dans ses propos, je ne la sens plus mourrante.. plus du tout. C'est surtout dur de la voir s'ennuyer, de la voir dépendante.
Rédigé par: Christie | 24 mai 2007 17:38:03
Ton écrit m'a émue aux larmes. Je te souhaite de pouvoir aller la voir autant que possible, pour elle et aussi pour toi. Je n'ai pas eu cette chance, alors profites-en surtout si tu es (très) proche d'elle.
Bises
PS : et ne t'en veux pas (c'est d'actualité !) si tu ne peux pas aller la voir si souvent ou autant que tu le souhaiterais, comme tu le rappelles à la fin, vis pour de vrai !!
Rédigé par: Laurenn | 24 mai 2007 17:55:38
et qu'en dit-elle de cette dépendance ?
Rédigé par: Bérangère | 24 mai 2007 17:56:38
ben elle est verte, tu imagines.. d'autant que les infirmières de l'hôpital où elle a "atteri" sont très dures, procèdurières.. "on n'a pas que ça à faire"
Rédigé par: Christie | 24 mai 2007 18:03:45
arfff... j'aurai presque honte d'être infirmière rien que de lire ça..
Rédigé par: Bérangère | 24 mai 2007 18:07:06
C'est difficile d'être un homme aujourd'hui.
Les rôles ne sont plus aussi clairement définis que par le passé.
Les femmes demandent à la fois davantage aux hommes tout en étant elles-mêmes plus indépendantes.
On demande à la fois aux hommes d'avoir la capacité d'être fort et rassurant tout en montrant notre fragilité.
Courageux ceux qui peuvent le faire en s'affranchissant du regard des autres...hommes
J'aurais tendance à dire que les hommes se parlent peu entre eux mais se comprennent quand même.
Rédigé par: Marc_B | 24 mai 2007 18:15:16
psss: chouette photo !
Rédigé par: Bérangère | 24 mai 2007 18:37:49
Quel beau fil tu déroules. Tu parles de tes relations avec les femmes - pour t'interroger sur les relations virtuelles et venir au corps de ta grand mère... ces relations de corps à corps si essentielles, où quelque chose passe qui ne se dit pas.
Je me souviens de ma grand-mère toute petite, recroquevillée. J'avais compris qu'elle avait besoin que je la prenne dans mes bras, lui caresse la main. Sinon elle était tellement seule, perdue. Depuis longtemps, elle n'avait plus beaucoup de contact physique. Je garde cette étreinte si présente en moi. Quelque chose d'une emprunte charnelle. Comme une mère berçant son petit.
Elle est morte quand j'étais à Hong Kong. Coup de fil sur mon portable. Si froid et distant.
Je suis sûre que tu es une vraie lumière pour ta grand-mère.
Rédigé par: laurence matricielle | 24 mai 2007 19:13:16
tu dis que tu te sens parfois toxique pour les gens proches, je peux te dire que pour les gens loins tu es plutôt genre fée qui met des mots là et là....
Rédigé par: planeth | 24 mai 2007 20:50:42
A te lire, j'ai tout de même l'impression qu'il est bien difficile d'en dire beaucoup plus en quelques instants d'un contact réel. Pour sortir çà à quelqu'un, comme çà, avec cette intensité, il me faut une sacrée confiance (ou connaissance)en la personne avec qui je suis. Un souffle, un battement de cil peut m'arrêter, au moindre doute je peux fuir et me taire, en un instant je peux sortir une banalité qui dilue vers le silence. Là tout le monde était à côté de la grand mère, tu n'étais pas seule, j'ai pleuré et je me suis dit que j'avais bien de la chance de te lire et de te connaître.
Rédigé par: petit jardin | 25 mai 2007 00:54:14
Une bise de loin, d'une désincarnée aussi, tous les jours un peu plus..
Rédigé par: sophie | 25 mai 2007 01:50:29
oui remarquez moi aussi j'avais les larmes aux yeux en la quittant ma grand-mère.. pourtant malgré toute cette lassitude et la dureté de la vie à l'hôpital et dans cet hôpital, elle avait l'air en forme. Gros baisers
Rédigé par: Christie | 25 mai 2007 07:03:47
Petite bise de félicitations pour ton blog, toujours aussi touchant !
Rédigé par: mister pat | 25 mai 2007 07:58:36
Il en faut du courage pour affronter la mort à travers un être aimé....souffrir de voir souffrir une personne aimée ...c'est bien plus terrible que souffrir soi-même ...j'ai malheureusement subi cette horreur...mais ça vaut le coup et tu as eu raison d'en parler même si c'est tellement grave dans tous les sens du terme ! Courage Christie
Rédigé par: robert | 25 mai 2007 08:52:08
Emue par tes quelques lignes à propos de ta grand maman, je trouve comme premier commentaire celui de ma propre maman...je suis sure que ta grand mère apprécie ta présence (et celle de tes filles) et aussi tes caresses...ma grand mère me donnait en échange un magnifique sourire
Rédigé par: Audrey-fille de tilly et petite fille de grand maman | 28 mai 2007 17:19:36
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