Nous sommes revenus, donc. Pour travailler, soi-disant. Voir nos amis expats, présents à Paris deux petites semaines par an. Organiser le réveillon, 31 amis ou amis d'amis chez nous le 31, sur le thème La vie en rose, que j'avais proposé, pour lequel les autres ont voté, pour une fois que mon idée passe j'aurais préféré autre chose, du genre moins tarte, mais bon, ce sera rose.
Travailler, pas facile alors qu'Alma n'a pas sa nounou, que Chimène tousse alors on l'a gardée au chaud, qu'il faut imaginer le menu et comment on va faire tenir et s'amuser et danser et nourrir, nos 31 dans les 31 mètres carrés du salon. J'aurais pas dû prévoir de travailler. D'ailleurs, je ne travaille pas beaucoup.
'Reusement, deux rendez-vous hier, qui m'ont forcée à, sortir, réfléchir, m'habiller joli... Le boulot quelquefois, comme planche de salut.
L'un de ces rendez-vous fut arraché de haute lutte, avec l'une de mes clientes dont le livre vient de paraître en librairie. On a fait le bilan du travail ensemble.
Avant je ne leur demandais pas ça à mes clients, "qu'avez-vous aimé, qu'avez-vous moins aimé dans le travail avec moi". Mais peu avant la naissance d'Alma, j'ai eu une expérience mitigée, une cliente a arrêté la collaboration avec l'air mi-figue mi-raisin. Son livre a paru quelques mois plus tard mais je gardais une trace d'amertume. Récemment j'ai osé lui demander qu'on fasse le point, je l'ai retrouvée pour un déjeuner (assez tremblante de trouille), et là, là, surprise.. non seulement elle n'était pas en colère contre moi, non seulement elle ne m'a pas dit pis que pendre de mon travail, mais elle était assez claire sur ce que je lui avais apporté, en gros, si le livre était sorti dans les délais, c'était aussi grâce à moi.
Wahou. Je suis revenue chez moi avec une telle pêche - un supplément de confiance, la preuve concrète de ce que je savais faire - que depuis lors, tous mes clients sont sollicités, et acceptent, de réfléchir avec moi lors d'un mini-bilan.
La partie négative fait toujours un peu peur à entendre ; et une fois que c'est dit, hop hop hop, quelle mine d'or pour améliorer soit ma manière de faire, soit ma manière de communiquer ! J'adore. (Car oui, quand on travaille tout seul ses pistes d'amélioration faut bien se les dégôter soi-même pas vrai ?)
Et ça fait du bien, de quitter une personne avec laquelle j'ai passé tant d'heures, sur une vraie note finale et pas sur un dernier entretien de travail "bon ben, c'est fini hein". Je n'ai plus ce sentiment d'eau de boudin, d'inachevé, cette tentation de les rappeler pour des broutilles, cette peur du non-dit, parce que voilà, tout est dit, la boucle est bouclée.
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