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Cette nuit l'un de nous d'eux est parti, comme chez le voisin d'en face.
L'autre ne l'a pas su, ou l'a vu le matin, comme le voisin d'en face.
Avant-hier c'était notre anniversaire de mariage, comme les voisins
d'en face.
Le cinquante-neuvième, comme eux.
Et ce matin celle ou celui qui reste sort dans la rue et salue sa
voisine, aussi droit et voûté qu'un autre jour, aussi courageux dans
sa tenue de travail, aussi fier d'avoir tenu cinquante-neuf ans,
salue sa voisine avec la matin qui tremble et l'oeil noyé, comme le
voisin d'en face.
Et le jardin, et le travail, et la famille, et Argenteuil continuent,
comme chez le voisin d'en face.
Et peut-être que - comme certains ont de la chance en rab, ont de la
chance à pleurer - peut-être qu'en plus, contrairement aux voisins
d'en face, on aura pu être deux de front pendant plus de deux de ces
cinquante-neuf années.
Peut-être le mariage se sera-t-il passé sans maux de tête. Peut-être
que la grossesse n'aura pas transformé le mal de tête en tumeur. Peut-
être peut-on quitter cette vie sans s'être fait sept fois ouvrir le
crâne. Peut-être aurons nous passé à deux de front, côte à côte, plus
de deux des cinquante-neuf ans.
octobre 20, 2006 dans Deseo, Vous | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack (0)
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