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Je ne sais pas au bout de combien de temps on peut prétendre connaître un pays... Mais avec le recul, 10 ans, qu'est-ce qu'ils ont passé vite, une image qui me reste du Chili est attachée au mot bipolarité.
Il fallait choisir son camp.
* Pour le foot : Tu eres de la U o del Colo-colo ? (Avec de grosses implications dans la décoration, notamment des chambres de garçons, posters et drapeaux noir et blanc, ou bleu roi et blanc)
* Pour les teleserias (c'est en les regardant que j'ai appris l'espagnol): Tu miras Adrenalina o Loca piel ?
* Pour la politique (la question ne se posait pas, mais très vite on le sentait) : Tu soutiens Pinochet ou tu le combats ?
Mine de rien, la poblacion dans laquelle j'habitais était coupée en deux par ces dissenssions. Le pire était bien évidemment la question del politico, car d'une maison à l'autre on trouvait un ancien militaire forcément nostalgique du régime militariste, et les parents de ses voisins avaient pu finir leurs jours torturés par les équipes de Pinochet. Ca ne favorise pas les relations de bon voisinage.
Au bout de 3 mois j'ai changé de famille, parce que je n'arrivais pas à communiquer avec ma première Mama chilena (les adieux furent terribles, tout le monde pleurait ; ensuite je suis retournée la voir chaque semaine et nous sommes devenues très amies, plus qu'amies). Je suis passée d'un mix Colo - Adrenalina - Pinochet au mix opposé, La U - Loca Piel - Pinocho (c'est comme ça qu'ils l'appellent, ceux qui ne l'aiment pas).
Ce qui m'a été le plus difficile, je ne vous le cache pas, cela a été d'arrêter d'un coup mon visionnage quotidien d'Adrenalina. J'adorais cette série mettant en scène de superbes lycéennes en uniforme, qui draguaient des mecs de 10 ans leurs aînés, tous très lancés dans la jetset chilienne, et qui sans arrêt demandaient Catchaille ? (t'as pigé ?) Du coup ma copine et moi on n'arrêtait pas de se le dire, Catchaille, Catchaille ?
Bon, je suis aussi passée d'une maison avec eau chaude à une maison sans eau chaude ; d'une maison avec once améliorée à une once beurre ou pâté tous les soirs. J'ai eu un peu faim en me couchant le soir, mais je suis quand même rentrée en France avec 5 kilos de plus.
mai 15, 2006 dans Amigos | Permalink | Commentaires (20) | TrackBack (0)
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Tu as vécu au Chili? Pendant combien de temps?
Rédigé par : Nathalie | 15 mai 2006 09:17:30
10 mois
Rédigé par : Christie | 15 mai 2006 09:19:33
Pendant tes études?
Dans ton texte, tu as écrit dix ans... j'étais étonnée...
Rédigé par : Nathalie | 15 mai 2006 09:28:44
j'y étais il y a 10 ans.
Rédigé par : Christie | 15 mai 2006 09:30:18
J'aime bien ces souvenirs de vie ailleurs. J'ai eu l'Angleterre avec sa série Neighbors qui arrivait droit d'Australie et honteusement, à San Francisco, je regardais The days of your life... effectivement c'est grace à la télé qu'on apprend le mieux la langue. J'aimais bien ces temps "hors" vraie vie. C'était comme des pauses avant de s'élancer dans sa vie.
Rédigé par : La souriante | 15 mai 2006 09:35:50
moi aussi j'avais honte quand je regardais des séries connes en France.. mais à l'étranger, c'est trop cool d'avoir la bonne excuse de la langue !
du coup maintenant, Nico et moi nos polars pas très high level on les lit en anglais..
Rédigé par : Christie | 15 mai 2006 09:43:34
Yes! Merci Christie ;-) Tes aventures me font quelque peu penser aux miennes en Russie (je m'en refere surtout à la bipolarité.) Il y a les nostalgiques de l'Union Soviétique, ceux qui y croient encore dur comme fer en fait, et qui te parles toujours "des bons vieux jours", où tout le monde avait un emploi, un toit au-dessus de leur tête, et des vacances financées par le parti, etc etc... Bien sûr à ceux là, quand tu leur rappelles toutes les atrocités commises par Staline, le déplacement des populations, pour ne pas citer les exterminations, l'absence de liberté d'expression et d'opinion, ils font sourde oreille, et te disent que, oui mais quand même, on vivait mieux avant, et à notre faim. Et que la liberté d'expression ne fait pas vivre. Il n'empêche, ceux-là sont en général très attachés à la Russie ou plutôt, à l'ex-Union.
Puis il y a les autres, les plus jeunes en général, qui n'ont pas connu les années de "plénitude" socialiste et ne souhaite qu'une chose, partir au plus vite à l'Ouest.
D'un point de vue extérieur c'est pas évident de comprendre totalement, ni de justifier une attitude plus qu'une autre. Il faut dire que les russes n'ont guère été gâtés depuis 1989-91, entre ce clown de Yeltsin et maintenant Poutine, qui doucement mais sûrement remet en marche la machine répressive.
Ensuite, il y a l'incompréhension générale face à tes choix, qui en resort surtout beaucoup de la méfiance vis à vis de l'étranger. "Ah bon, vous faites vraiment des études de russe? Mais pourquoi
donc? Vous avez tout ce qu'il vous faut en France/ au Royaume-Uni, vous cherchez quoi exactement ici? Perdre votre temps?..."
Et la phrase qui tue, la phrase à laquelle personne n'échappe: "vous êtes issus de quelle classe sociale?" Ah, bonne question! Et n'allez surtout pas répondre "classe moyenne", c'est un concept occidental, inconnu en Russie jusque récemment.
Ensuite, il y a le problème épineux de la guerre en Tchétchénie. "Une guerre? Quelle guerre?" te disent certains.
Etc, etc... Je simplifie, mais l'idée est là. Le pays est divisé entre nostalgiques et désilusionnés.
Je viens de lire ce livre formidable de Charlotte Hobson, "Black Earth City", qui raconte son année passée à Voronezh juste après la chute de l'Union Soviétique. Ce que j'en retiens surtout, c'est l'attitude des russes à son regard, leurs questions, etc... La Russie a considéremment evoluée ces 15 dérnières années. Il n'empêche, on lui a posé les mêmes questions en 1991 qu'à moi en 2001, 2003 etc... Comme si le poids du passé était trop lourd pour pouvoir un jour le transcender.
Ah, les fameuses telenovelas! Elle font justement un carton en Russie, il y en a tous les jours, sur toutes les chaînes. J'ai oublié le nom de la plus populaire, la série a pour titre le nom d'une femme, je crois que ça vient de Colombie. C'est pas triste, doublé en russe! Je suis même pas sure si ils le doublent en fait, en général c'est juste une "voice-over", la cata.
Merci à la nostalgie, les chaînes de télé russes diffusent autant de telenovelas que de films soviétiques qui, eux, sont de très grande qualité.
Pour finir, les "navets" français sont également très populaires: pas une semaine ne passe sans la diffusion des Gendarmes de St-Trop, Fantomas, et tout Pierre Richard...
Rédigé par : Marlène | 15 mai 2006 12:53:41
Mon fiston (7 ans), il adore Fantomas! Et moi, j'en profite pour le revoir encore une fois. On se fait alors un plateau télé, à deux, les soirs où papa n'est pas là. C'est trop chouette! (j'ai aussi mon excuse pour regresser!)
Et Defunès en russe, ça doit être encore plus drôle!
Et, à part ça, Christie,tu étais dans quelle région du Chili? Moi,j'ai beaucoup aimé l'atmosphère de Santiago, même si le guide du Routard disait que la ville avait peu d'intérêt (et même si elle était vraiment très polluée). Et puis Valparaiso et l'Atacama! Et les chiliens! Quels gens charmants! Je garde un excellent souvenir de ce pays (que je n'ai fait qu'apercevoir) .
Rédigé par : lili | 15 mai 2006 13:46:08
De Funès en russe doit être d'autant plus drôle qu'il me semble que, de la même manière que cela se faisait dans les pays de l'est il y a encore relativement peu de temps, c'est une seule et même personne qui fait toutes les voix (féminines ou masculine) avec le son de la version originale simplement baissé.
Rédigé par : aymeric | 15 mai 2006 13:58:41
Aymeric: je confirme, seulement deux voix pour tout le film, et on entend l'original en fond. Même chose en Pologne. Pas terrible comme système, j'imagine que cela se fait surtout pour des raisons économiques. Les plus grosses et récentes productions bénéficient quand même de plus en plus du doublage. Et le sous-titrage? C'est quand même ce qu'il y a de mieux, et je ne comprend pas pourquoi cette "technique" est quasi-absente à l'Est. Serait-elle si onéreuse? J'en doute.
Rédigé par : Marlène | 15 mai 2006 14:12:01
Pardon, je me reprend: il y aurait donc une légère évolution puisque maintenant, les films bénéficient de deux voix (une masculine, une féminine), et pas seulement d'une.
Rédigé par : Marlène | 15 mai 2006 14:13:50
Alors moi j'ai évité de porter un jugement - les Chiliens ne l'auraient pas supporté, en plus ils détestent les polémiques, ce n'est pas du tout comme nous en France où on adore s'engueuler
et si je suis arrivée dans ce pays très remontée contre Pinochet.. un an après, mon opinion était un peu plus nuancée
Rédigé par : Christie | 15 mai 2006 14:22:27
Je crois Christie que, même sans vouloir porter un jugement à proprement parler, on y arrive à un moment ou à un autre. Car les idées que l'on se fait (qu'elles soient alimentées par nos connaissances, par les médias, nos lectures, ou croyances, etc) d'un pays, d'une culture, ou d'un peuple, sont renforcées ou au contraire refutées par les expériences que nous sommes amené(e)s à avoir durant le séjour dans un autre pays: les rencontres que l'on y fait, mais également ce qu'on y ressent une fois sur place, alimentent forcément ce que l'on savait déjà, ou croyait savoir.
Et sans vouloir se faire juge de quelque chose que l'on ne perçoit que partiellement, je crois que c'est dans la nature humaine d'être amené(e) à tirer un bilan, à évaluer, comparer, etc... avec nos idées premières mais aussi avec ce qui nous est familier, notre pays peut-être, ou avec d'autres expériences vécues dans des contextes différents.
Rédigé par : Marlène | 15 mai 2006 14:45:04
Moi je crois que cela dépend des caractères ; et Nicolas par exemple me reproche mon relativisme, quand je lui dis que Pinochet n'a pas fait que des mauvaises choses il saute au plafond et il a sans doute raison, sauf qu'il n'y était pas
et je suis heureuse de n'avoir pas eu à choisir, moi, mon camp dans des situations similaires en France..
quoique, de fait je l'ai choisi en épousant un mec éthique et droit : je sais qu'il me tirera vers l'éthique et la droiture, et je le laisserai trancher là où moi j'ai peine à trancher.
Rédigé par : Christie | 15 mai 2006 14:48:25
J'ai toujours rêvé du Chili, comme d'un terre promise, sans y être jamais allée. Tu devrais lire Patricio Manns, même si ça se passe en Patagonie côté argentin, il est chilien, j'ai comme l'idée que tu aimerais.
"Cavalier seul" chez Phoebus.
Rédigé par : MariaPia | 15 mai 2006 21:17:48
c'est exactement le rêve que j'avais : "un jour, j'irai vivre au Chili".. et au milieu d'HEC, cette opportunité de césure, cette offre de stage, j'ai tout de suite su que c'était pour moi, comme si j'avais guetté à la fenêtre un cheval et qu'il était passé
j'en ai encore, des rêves que je guette à la fenêtre en faisant autre chose, et que je réaliserai tôt ou tard.. le dernier en date, jouer de l'accordéon.. je ne suis pas pressée !
Rédigé par : Christie | 15 mai 2006 21:38:35
Je devrais aussi de temps en temps guetter à la fenêtres. Je verrais peut-être des cheveaux passer...
Rédigé par : lili | 16 mai 2006 09:42:29
c'est quoi tes chevaux à toi, Lili ?
Rédigé par : Christie | 16 mai 2006 10:12:40
Ces derniers temps, il m'arrive de penser que j'ai passé toute ma vie au pas et que j'ai envie de galoper un peu... Au moins trotter...
Rédigé par : lili | 17 mai 2006 12:32:50
tu trotterais vers où ?
Rédigé par : Christie | 17 mai 2006 14:35:01
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