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Chaque soir je lis quelques pages de ce pavé qui n'est pas loin de m'évoquer un "Proust japonais" (il parait que les plus grands spécialistes de Proust sont japonais, ça ne m'étonne pas). A la différence de La recherche, Quatre soeurs fait seulement 800 pages et non pas 800 pages x 6 volumes. A moins que ce ne soit 7.
J'avais aimé La Confession impudique (plus court, 200 pages), l'histoire d'un couple dont l'homme et la femme écrivaient chacun un journal intime, avec le récit de leurs fantasmes, puis de leurs incartades... dans l'intention que l'autre le lise. J'avais été enchantée par cette plongée dans un rapport à l'intimité très différent de la manière dont il me semble que nous le concevons en Occident : par exemple, lorsque la femme découvre son pied, le mari trouve cela très olé-olé, tandis qu'ils se disent cash "Vous ne me faites plus jouir".
Quatre soeurs comme son nom l'indique décortique les rapports entre 4 soeurs dans le Japon des années 60 ou 70, dans un milieu assez traditionnel. Deux sont mariées et deux pas encore et le choix des prétendants fait toute une histoire. Là encore, même si l'intrigue avance lentement (au gré de mes 4 pages par soir je ne suis pas sûre de le finir avant l'année prochaine), j'adore cette comparaison entre "le même" et "le différent" par rapport à ce que des soeurs vivraient en France. Bon je n'ai pas de soeur mais j'imagine hein.
J'ai adoré ce passage où la deuxième soeur, Satchi Ko mariée à Teinosuke, se rend à Kyoto avec son mari pour regarder les cerisiers en fleurs. C'est là où ils sont le plus jolis et ils y vont tous les ans. Quelques jours après leur retour, elle range le bureau de son mari (on est loin de nos débats sur l'émancipation des femmes - quoique le livre ne parle que de cela, ce qui est convenable de faire et ce qui ne l'est pas) et découvre, griffoné au crayon sur le coin d'une feuille volante, un petit poême qui fait référence aux cerisiers fleuris contemplés ensemble.
A Saga par un jour d'avril
S'assemblent de jolies femmes en beaux atours
Les cerisiers de la capitale sont en fleurs.
Emue, elle griffonne à la suite quelques vers
Je regarde les fleurs de Heian s'envoler
Ces pétales qui nous laissent le regret du printemps qui s'en va,
Je les conserverai en secret dans ma manche.
Puis replace la feuille sur le coin de la table. La journée se passe, elle se demande si son mari va mentionner les poêmes... Mais il ne lui parle de rien. Le lendemain, elle retourne à son bureau et retrouve la feuille... avec, à la suite des siens, de nouveaux vers
Que je puisse en secret conserver au moins un pétale
Dans la manche du kimono revêtu pour voir les fleurs
En souvenir du printemps qui passe.
J'ai aimé cette métaphore du lien conjugal.
[Cette photo - prise par une cousine de Nico à un mariage - je l'aime bien, je nous aime bien dessus, et je me plais. L'ironie est que j'ai ronchonné pendant tout le mariage parce que je me trouvais imonde ce jour-là.]
septembre 22, 2005 dans Deseo, Haikus, Pas un jour sans un livre | Permalink | Commentaires (20)
Je suis fascinée par la culture japonaise mais pour moi ce sont des aliens !
Inversement j'ai du mal à imaginer Olivier écrivant des haikus dans son bureau !
Rédigé par: sophie | 22 sep 2005 11:09:20
c'est ça qui est génial avec la littérature (du moins, avec Tanizaki) : tu rentres dans l'âme d'un peuple. Il y a un côté jouissif, voyeur de ses livres (alors que bon, ce ne sont que des livres, c'est ça qui est génial). D'ailleurs, l'autre titre de La confession impudique, c'est la clé..
Rédigé par: sans moi | 22 sep 2005 11:30:07
Dis-donc coquine, tu perds pas le nord : combien tu gagnes sur Amazon ?
Rédigé par: sk†ns | 22 sep 2005 12:41:02
hé coco, ça fait 6 mois qu'on a linké des livres de nos blogs vers Amazon... d'ailleurs si tu as des achats culturels à faire...
Rédigé par: sans moi l'épicière | 22 sep 2005 13:42:00
Vous vous trouvez immonde dans cette robe ?? (avec 2 m c'est mieux...) Mais vous êtes ravissante ! Et surtout vous formez tous les 2 un très beau couple (du moins sur cette photo, je ne connais rien d'autre de vous...). Mais je crois que je suis tombé dans le piège fomenté par votre fausse-modestie : j'ai exactement rédigé le compliment que vous attendiez !! Sans rancune, et au plaisir de vous lire.
Rédigé par: jpb | 22 sep 2005 14:57:28
j'ai mal expliqué : je me trouvais IMMMMMMONDE ce jour-là, où la photo a été prise, et aujourd'hui que je vois la photo je me dis "pas si mal en fait le keupeul" (et la nénette). Je devais penser, au moment où elle a été prise, "Nico me prend dans ses bras par pitié, pour pas que je me sente trop moche" et en fait non, j'étais mimine quand même.
Rédigé par: sans moi l'épicière | 22 sep 2005 15:01:30
J'adore la littérature japonaise. Et Tanizaki est un de mes auteurs préférés. Moi aussi , ce que j'aime chez les japonais, c'est la lenteur. Et aussi cette manière particulière de décortiquer les sentiments. Sophie a raison, ils ne pensent pas du tout comme nous. C'est ça aussi qui m'intéresse.
Rédigé par: lili | 22 sep 2005 15:04:05
Oui, elle me plaît bien, cette histoire de poème, écrit ensemble mais subrepticement. C’est en effet une belle métaphore.
Et hop, une ligne de plus dans ma wish list, mais j'irai peut-être à la librairie, moi, je sais me tenir ! ;-)
Rédigé par: swahili | 22 sep 2005 15:10:09
Ce sont des fonctions très différentes, Amazon où on trouve précisément ce qu'on cherche, et la librairie où il faut arriver humblement, je trouve rarement le titre que j'étais venu chercher dans les petites librairies de mon quartier, mais c'est si bon de flâner et de repartir avec autre chose.
Rédigé par: sans moi | 22 sep 2005 15:13:24
Je ne vous savais pas si perverse. La confession impudique est un des trucs les plus retords qui existent.
Je crois qu'il a ecrit une nouvelle qui s'appelle Le Pied (a vérifier) de toute façon Tankazi est assez fétichiste.
Rédigé par: Tlön | 22 sep 2005 16:20:53
je me suis bien grillée aujourd'hui..
Rédigé par: sans moi, épicière et fétichiste | 22 sep 2005 18:55:08
pour la littérature asiatique, il n'y a pas photo...
mes deux dernieres lectures : les deux raomans de françois Cheng, l'éternité n'est pas de trop et le dit de tyani...
D'accord avec LA grange dans sa note récente :
"Une des choses qui m'énerve beaucoup c'est parfois le manque de catalogue de références qui soit indépendant de magasins en particulier. Par exemple il est très courant de voir les carnetiers mettre un lien vers la société Amazon quand ils parlent d'un livre. À tel point que ces références sont traitées spécifiquement par les services d'analyse de carnets Web. Il en est de même de imdb (cinéma) qui du projet étudiant à glisser lentement vers un projet commercial et finalement racheté par la société Amazon. Pour ce qui est du ISBN, il y a enfin un service fourni par OCLC, une organisation étasunienne à but non lucratif. Pourquoi la BNF ne propose pas des services de ce genre ? "
Si non la photo sert bien le propos de la phrase :Que je puisse en secret conserver au moins un pétale
Dans la manche du kimono revêtu pour voir les fleurs
En souvenir du printemps qui passe.
bien vu
Rédigé par: prumtiersen | 22 sep 2005 22:18:30
belle cravate aussi.
Rédigé par: houbi | 23 sep 2005 18:48:14
C'est marrant, je lis aussi un ensemble de petits livres dont le titre est "Quatre soeurs".
Je profite sauvagement de mon passage ici pour recommander chaudement (d'autant plus qu'il s'agit d'une découverte d'heureuse coïncidence, je n'ai donc aucun scrupule) "La joueuse d'échecs" de Bertina Henrichs ; au moins pour toutes les femmes qui un jour se découvrent une vie.
Rédigé par: gilda | 23 sep 2005 19:14:29
Elle est très jolie cette photo. C'est tout de même beau l'amour...
Rédigé par: Quart d'heure sentimental | 23 sep 2005 20:42:04
C'est toujours un plaisir de te lire quand tu parles des livres. Tu m'as donné envie d'en lire plein, à commencer par les "Notes de chevet", de Sei Shonagon. Et je crois que tes "Quatre soeurs" vont prendre le chemin de mon mûrissoir (ben oui, l'expresion était tellement bien trouvée que je l'ai reprise... aussi !. Christie et Gilda, vous êtes mes deux conseillères préférées !
Rédigé par: Satsuki | 25 sep 2005 12:24:13
J'ai joué un vieux morceau de jazz sur mon ukulélé,
Ce dimanche était morne
C'est en voulant lire des haïkus que je suis arrivé ici
J'avais écouté du koto
Rédigé par: John Flower | 23 oct 2005 23:03:09
Bonjour.
Je découvre ce blog via celui de votre mari. Il est très joli et très plaisant à lire. Juste histoire de trouver à redire, l'ouvrage de Tanizaki (sasame yuki en japonais soit "fine neige", ça a plus de gueule) est sorti en 48 et conte une histoire dont l'action se déroule dans l'entre-deux guerre. N'avez-vous pas senti la pesanteur de l'approche de la guerre ? Je crois me souvenir d'un passage qui se déroule proche d'une voie ferrée où les militaires sont en masse (cette lecture remonte déjà singulièrement).
C'est un livre magnifique avec une belle écriture et où l'obsession clinique (je pense au journal d'un vieux fou ou encore à un amour insensé) qui pèse tant dans nombre d'autres ouvrages s'efface pour laisser place à la pesanteur du milieu social typiquement japonais. C'est une oeuvre de maturité, où l'auteur renoue avec ses racines après les avoir régulièrement démontées.
Il se dégage comme dans toute la culture japonaise, cette mélancolique douceur d'un monde disparu, qu'il soit celui d'Edo ou plus loin, celui d'Heian. Si en plus vous vous mettez à lire cet ouvrage dans le cadre somptueux de la Villa Katsura (3ème photo), vous ne serez plus très loin d'atteindre une méconnue sérénité.
Rédigé par: Samuel | 15 déc 2005 11:02:50
Ce qui me plait n'est pas soldé
Ce qui est soldé ne me va pas
Ce que j'ai acheté est soldé maintenant
Rédigé par: Madamàparis | 20 jan 2006 16:11:08
et moi, et moi, j'ai essayé une robe en laine bouillie noire, hyper mimi chez ETAM.. c'était le seul truc non soldé. C'est énervant quand même. Pas acheté.
En revanche un imper canon chez Comptoir des cotonniers.
Rédigé par: Christie | 20 jan 2006 16:16:23
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