Dans nos bagages, nous avons aussi ramené quelques lettres.
Après avoir feuilleté à la Fnac les lettres écrites par Guillaume Apollinaire à cette jeune femme rencontrée dans un train, m'a mordue la nostalgie de ces échanges d'été ; une écriture, une encre, un papier, des dessins, un timbre, l'horaire de la levée, Vous me la mettrez dans la boîte en allant faire les courses ? Il y a quelque chose pour moi aujourd'hui ?
Adolescente je dormais avec certaines lettres de mes amoureux et j'écrivais des tartines à mes copines. Tout le monde a fait ça, j'imagine ?
Cet été, séparée de mon amoureux pendant 15 jours, j'ai essayé de lui écrire presque chaque nuit. D'habitude on n'a pas grand chose à se dire au téléphone, je l'appelle quand il vient de rentrer en réunion, ou lui au milieu d'une engueulade avec ma mère... et cette année, je me réfrenais Faut pas que je lui raconte ça parce que je le mets dans la lettre... Du coup on a papoté comme deux vieilles pies.
Du coup dans la lancée, sans blog, sans cahier (en manque d'écriture peut-être ?) j'ai aussi écrit à mes copines etc., et elles m'ont répondu, certaines, ou devancé. Ces retrouvailles épistolaires m'ont rajeunie de 10 ans ; pas inutile, l'année où on découvre ses premiers cheveux blancs.
ROXANE, (debout près de lui)
Chacun de nous a sa blessure j'ai la mienne.
Toujours vive, elle est la, cette blessure ancienne,
(Elle met la main sur sa poitrine)
Elle est là, sous la lettre au papier jaunissant
Où l'on peut voir encor des larmes et du sang!
Le crépuscule commence à venir.
CYRANO
Sa lettre!. . .N'aviez-vous pas dit qu'un jour, peut-être,
Vous me la feriez lire?
ROXANE
Ah! vous voulez?. . .Sa lettre?
CYRANO
Oui. . . Je veux. . . Aujourd'hui. . .
ROXANE, (lui donnant le sachet pendu a son cou)
Tenez!
CYRANO, (le prenant)
Je peux ouvrir?
ROXANE
Ouvrez. . .lisez!. . .
Elle revient à son métier, le replie, range ses laines.
CYRANO, (lisant)
'Roxane, adieu, je vais mourir!. . .'
ROXANE, (s'arrêtant, étonnée)
Tout haut?
CYRANO, (lisant)
'C'est pour ce soir, je crois, ma bien-aimée!
J'ai l'âme lourde encor d'amour inexprimé,
Et je meurs! jamais plus, jamais mes yeux grises,
Mes regards dont c'était. . .'
ROXANE
Comment vous la lisez,
Sa lettre!
CYRANO, (continuant)
'. . .dont c'était les frémissantes fêtes,
Ne baiseront au vol les gestes que vous faites;
J'en revois un petit qui vous est familier
Pour toucher votre front, et je voudrais crier. . .'
ROXANE, (troublée)
Comme vous la lisez, cette lettre!
La nuit vient insensiblement
CYRANO
'Et je crie
Adieu!. . .'
ROXANE
Vous la lisez. . .
CYRANO
'Ma chère, ma chérie,
Mon trésor. . .'
ROXANE, (rêveuse)
D'une voix. . .
CYRANO
'Mon amour!. . .'
ROXANE
D'une voix. . .
(Elle tressaille)
Mais. . .que je n'entends pas pour la première fois!
Elle s'approche tout doucement, sans qu'il s'en aperçoive, passe derrière le fauteuil, se penche sans bruit, regarde la lettre. L'ombre augmente.
CYRANO
’Mon coeur ne vous quitta jamais une seconde,
Et je suis et serai jusque dans l'autre monde
Celui qui vous aima sans mesure, celui. . .'
ROXANE, (lui posant la main sur l'épaule)
Comment pouvez-vous lire a présent? Il fait nuit.
Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac (au cas où vous n'auriez pas reconnu ?)
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