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mardi 08 mars 2005

crever l'abcès

FlureAu Chili j'étais partie avec une autre française, une Caroline que je ne connaissais pas, avec qui nous avions la particularité d'être complémentaires (nous avaient dit les organisatrices, bureau de l'association française Les amis du Chili). A moi la créativité, la spontanéité, à elle la rigueur et le sens des responsabilités. Non que je ne puisse être, à l'occasion, rigoureuse et responsable ; ni elle, créative et sautillante ; mais dans un binôme, les rôles se distribuent souvent comme une empreinte de négatif.

Elle m'en voulait, Caro, de m'être octroyé le rôle de Marie tandis qu'elle se cantonnait à Marthe. Elle m'en voulait d'arriver en retard aux différentes activités pour lesquelles nous étions solidaires, elle était furieuse que mes idées comportent toujours une part d'approximation, elle était amère de voir que je parvenais, par mes châteries, à mettre les gens dans ma poche tandis qu'elle se braquait.

La nature humaine est ainsi faite que.. plus elle m'en voulait et plus j'étais approximative, chatte, en retard.

Et la crise finissait par arriver, crise muette où Caroline arrêtait de m'adresser la parole. Cela pouvait durer des jours et des jours, toutes ces journées pendant lesquelles nous travaillons ensemble, cheminions ensemble de la poblacion vers le centre ville, déjeunions ensemble.. sans qu'elle ne prononce un mot à mon intention.

Caroline était la seule Française à des kilomètres à la ronde.

Hou la la, le poids de ces jours. Je savais qu'elle attendait des excuses... Bien sûr j'avais abusé, mais les torts ne pouvaient pas être tous de mon côté, comme son attitude le clamait en silence. Il m'incombait à moi de crever cette abcès dans lequel nous nous étions enfermées toutes les deux, et je trouvais ça injuste, et j'étais terrifiée par tout ce qui pourrait sortir de cette boule qui grossissait. Et cette peur durait des jours et des jours, jusqu'à ce que je n'en puisse plus et me décide enfin à oser un "Caro.."

Les cris fusaient, les larmes, les paroles douloureuses. Mais jamais aussi douloureuses que ces fantasmes de reproches horribles que je lui prêtais. Et après cette heure d'engueulade, notre vie reprenait son cours, un peu fragilisée mais parlante.

Lorsque nous sommes revenues en France, nous nous sommes quelquefois revues, et puis au bout d'un an j'ai arrêté de répondre à ses appels.

Cette histoire m'est revenue hier soir, en quittant les urgences dentaires où un dentiste expérimenté a décelé puis percé un abcès, sans me faire mal du tout. Cinq jours d'attermoiements et de peur. Depuis je sens la douleur quitter ma bouche, mon nez, mes yeux..

mars 8, 2005 dans Amigos | Permalink | Commentaires (5)

Commentaires

C’est pareil dans un couple. Moi, j’ai du mal à les crever, les abcès, heureusement que mon homme est plus entreprenant !

Rédigé par: swahili | 8 mar 2005 16:34:05

Olivier dit que j'ai une attitude de militaire en guerre. Je m'en fous du silence et je continue à vivre. Du coup, c'est pire. Mais rien à faire, je n'arrive pas à changer.

Rédigé par: sophie | 8 mar 2005 21:43:58

"marrant" que vous parliez toutes les deux des abcès dans le couple ; sujet que je me refuse à évoquer même dans mon for intérieur, tant les raisons de ces abcès sont obscures, et douloureuses..

Rédigé par: sans moi | 9 mar 2005 08:57:00

Vous avez de la " chance" les filles d'avoir des hommes qui crevent les abces et de savoir tenir bon. Moi le mien il peut me faire la tete pendant des jours d'affilee et c'est la pire des choses qu'on puisse me faire de m'ignorer. Pour moi ca veut dire - je ne t'aime plus et - tu ne comptes plus pour moi. Et de mon cote quand je suis fachee, meme vraiment horriblement fachee, je tiens maximum 2 heures. Allez, une fois j'ai du tenir 5 ou 6h d'affilee mais c'est mon record jusqu'a present. Je crois que c'est vraiment lie a la facon dont on a gere ou essaye de gerer les conflits etant petit. Moi ca a jamais ete mon fort. Comment tu fais Sophie, t'as des tuyaus a me filer?

Rédigé par: Maurine au bout du monde | 10 mar 2005 01:23:24

ah ben Maurine tu me décris tous mes symptômes, j'ai arrêté de faire la gueule à 8 ans lorsque je me suis rendue compte que j'étais la plus punie dans l'histoire !
'reusement, je suis tombée sur un homme qui ne fait pas beaucoup la tête non plus.. quand il arrête de parler, j'appelle mes copines HEEEELP qui m'aident à patienter (à ne pas empirer les choses) en attendant que ça revienne..

Rédigé par: sans moi | 10 mar 2005 09:06:06

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