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jeudi 10 mars 2005

sur le seuil

MagnetoClic !

L'entretien est terminé. J'appuie sur la touche stop du magnéto, le range dans l'étui, rassemble mes stylos, termine le grand verre d'eau, remets le cahier dans mon grand sac brun...

L'entretien est terminé : cela se décide tout seul lorsque le débit ralentit, la fatigue s'installe dans les yeux.

Mais il continue ; enfin débarrassé de ses notes, il me parle de sa guerre, du silence dans les maisons, le bruit de la soupe à table où on ne pouvait rien dire même devant les enfants, de peur qu'ils ne répètent en classe une opinion qui pouvait vous couler. Le silence rompu seulement par les longues conversations murmurées dans la chambre à coucher.

Clic ! sur le pas de la porte une parole vraie est enfin échangée. 

Commentaires

C'est drôle, ça me rappelle le temps où j'étais installée en tant que médecin généraliste en ville... C'était exactement ça : le temps de la consultation (une demi-heure en général), des échanges codés, le symptôme exhibé, tenter d'en savoir plus, réussir souvent, mais surtout, surtout, toujours au moment de prendre congé, la main sur la poignée de la porte, entendre LA parole vraie et nécessaire... enfin... et parfois retourner s'asseoir pour approfondir.

Rédigé par: Cath | 10 mar 2005 10:02:06

alors c'est pour ça que les médecins sont toujours en retard !?

Rédigé par: sans moi | 10 mar 2005 10:13:28

MDR ! Ils ne sont pas "en retard", ils ont été retardés ;-)))))))))))))))) C'est ce que soutient un copain cardiologue en tout cas !
En réalité, c'est très difficile de tenir un timing précis car il y a plein d'imprévus : la mamie qui vient avec une heure d'avance ou de retard (j'ai aussi vu une semaine d'avance ou de retard lol), la maman qui a pris un rendez-vous et vient avec trois enfants (pour elle et les chérubins), le cadre dynamique et pressé qui arrive juste à l'heure de rendez-vous voire un peu en retard (pas trouvé de place de parking!) alors que zut vous venez juste de faire entrer la mamie qui avait une heure d'avance... Sans compter que l'hiver, tout déshabillage dure plus longtemps ;-) Il y a aussi les vraies urgences, mais ce n'est pas si fréquent que ça. Et puis il y a les rendez-vous... Moi j'en prenais trois par heure et un break d'une demi-heure toutes les deux heures et demie, ça allait pas mal sans trop de retard (j'y mettais un point d'honneur et il y a tout de même quelques consultations brèves) mais ce n'est pas toujours possible !

Rédigé par: Cath | 10 mar 2005 12:20:05

Oui, c'est sur le seuil, dans l'entre-deux des portes qui s'ouvrent et se referment que s'embusquent parfois des paroles qui comptent... les unes sur les autres, "avec des airs de pas-y-toucher".
Toute personne attentive peut relater ce type d'expérience :"Ah, j'avais oublié de vous dire, l'entorse cervicale...c'était le jour où j'ai appris que j'allais être licencié, j'ai pas fait attention en traversant le carrefour, une bagnole m'a catapulté...pas de pot,hein ?".

Les notes de Cath m'ont immédiatement fait penser à ce poème de Wislawa Szymborska : "Vêtements" , dans son livre :"De la mort sans exagérer" traduit du polonais par Pietr Kaminski ( Poésie FAYARD ).

"Tu enlèves, nous enlevons, vous enlevez
manteaux,jaquettes, vestes, chemisiers
en laine, coton, acrylique,
jupes, pantalons, chaussettes, chemisettes,
posant, suspendant, accrochant aux
dossiers des chaises, panneaux de paravents,
pour l'instant,dit le médecin,ce n'est pas grave,
rhabillez-vous, reposez-vous, partez,
prendre au cas où, le soir, après le repas,
revenez dans trois mois, un an, un an et demi,
tu vois, et tu croyais, et nous on avait peur,
et vous imaginiez, et il soupçonnait déjà,
il est temps de nouer, boutonner les mains tremblantes,
lacets,boutons, zips,boucles et agrafes,
ceintures, fermoirs, cols et cravates,
et tirer des manches, des sacs, des poches,
froissée, à pois, à rayures, à fleurs, à carreaux,
l'écharpe, dont l'utilité vient d'être prolongée."

p.92

Rédigé par: Marie.Pool | 10 mar 2005 19:38:14

Superbe ! Merci pour ce cadeau Marie-Pool ! Je connaissais le nom de Wislawa Szymborska (grâce au Nobel) mais j'avoue que je n'avais lu d'elle que quelques poèmes. Cet oubli va être réparé !

Rédigé par: Cath | 10 mar 2005 20:19:36

Tout se délie quand tout se délivre. C'est quoi le modèle de ton bel instrument dictaphonique? Il faut que j'en achète un nouveau, mon Aiwa est pas ergonomique.

Rédigé par: Richard G | 11 mar 2005 15:17:10

il a 4 ans mon magnéto (1er investissement ex-aequo avec le dépôt de la marque Plume de vie) ; il est pourri, ce texte est ds la catégorie autoficcion car je ne me déplace plus qu'avec mon ordi portable....

Rédigé par: sans moi | 11 mar 2005 16:14:39

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