[allé, un carré de chocolat, une petite pause..]
Je partais vivre un an au Chili sans presque rien savoir de ce pays ni de la langue ; quelques semaines avant le grand saut je suis allée à la Fnac au rayon littérature chilienne, on m'a tendu un gros volume, c'était l'autobiographie de Pablo Neruda J'avoue que j'ai vécu (bon, le récit était un peu pompeux comme souvent le chilien traduit en français - j'ai du lire 20 pages, du moins en posant le pied sur le sol chilien je connaissais le nom et la voix d'un poète)
Dans la petite maison qui m'hébergeait je partageais la chambre d'une lycéenne de 16 ans, jamais moyen d'être seule et quand je lisais ou écrivais mes hôtes me faisaient sentir que j'étais rébarbative - j'ai été sauvée par des petits week-ends à Valparaiso, chez une religieuse française amie de Caroline l'autre volontaire qui passait cette année avec moi, que nous avons été heureuses de retrouver l'intimité d'une chambre dont on peut fermer la porte, et le confort d'une baignoire, et le repos de ne pas sans cesse être jugé pour mes coutumes étrangères (le seul truc c'est que l'une des soeurs qui vivaient dans ce havre de paix a cru déceler en moi une vocation, en fait non) ; Valparaiso mon paradis où Pablo Neruda avait fait construire l'une de ses trois maisons, la Sebastiana, maison bleue devenue musée, maison sur une colline surplombant tant de toits et surplombant la mer, maison si pleine de son histoire, de ses objets sensuels et hétéroclites, proues de navires, bouteilles colorées autour du bar, coquilles et coquillages, peaux de zèbres, il se peut que j'invente, cela fait si longtemps, 8 ans..
Pablo Neruda que j'emmenais chez mon amie Lucy, elle avait alors l'âge que j'ai aujourd'hui, déjà 3 enfants avec un homme qui déjà la délaissait, une maison au sol proche de la terre battue, pas grand chose à manger, dans le salon des étagères en bois brillant exposaient ces figurines dont les Chiliens raffolent et qu'ils nomment monitos - c'est le nom qui est resté pour tous les petits personnages genre playmobiles de Chimène. Je suis allée quelques fois prendre la once - le goûter, repas du soir à base de thé et de pain sur lequel on met des choses plus ou moins bonnes selon l'état des finances - j'amenais sans doute un avocat pour faire ce guacamole tout simple dont je raffole, et le soir je suis restée dormir, le mari n'était pas là alors j'ai pris sa place dans le lit de Lucy et ensemble, avec mon espagnol hésitant et son déchiffrage incertain, nous avons égrenné les mots de Neruda
des mots tirés d'un recueil bon marché - 500 pesos, 8 de nos francs, et l'équivalent de 2 jours de once..
elle a aimé le livre, je le lui ai laissé, peut-être qu'elle l'ouvre encore, quelquefois.
(oda a Valparaiso)
Pour lire les poèmes de Neruda : ce site.
VALPARAÍSO,
qué disparate
eres,
qué loco,
puerto loco,
qué cabeza
con cerros,
desgreñada,
no acabas
de peinarte,
nunca
tuviste
tiempo de vestirte,
siempre
te sorprendió
la vida,
te despertó la muerte,
en camisa,
en largos calzoncillos
con flecos de colores,
desnudo
con un nombre
tatuado en la barriga,
y con sombrero,
te agarró el terremoto,
corriste
enloquecido,
te quebraste las uñas,
se movieron
las aguas y las piedras,
las veredas,
el mar,
la noche,
tú dormías
en tierra,
cansado
de tus navegaciones,
y la tierra,
furiosa,
levantó su oleaje
más tempestuoso
que el vendaval marino,
el polvo
te cubría
los ojos,
las llamas
quemaban tus zapatos,
las sólidas
casas de los banqueros
trepidaban
como heridas ballenas,
mientras arriba
las casas de los pobres
saltaban
al vacio
como aves
prisioneras
que probando las alas
se desploman.
Pronto,
Valparaíso,
marinero,
te olvidas
de las lágrimas,
vuelves
a colgar tus moradas,
a pintar puertas
verdes,
ventanas
amarillas,
todo
lo transformas en nave,
eres
la remendada proa
de un pequeño,
valeroso
navío.
La tempestad corona
con espuma
tus cordeles que cantan
y la luz del océano
hace temblar camisas
y banderas
en tu vacilación indestructible.
Estrella
oscura
eres
de lejos,
en la altura de la costa
resplandeces
y pronto
entregas
tu escondido fuego,
el vaivén
de tus sordos callejones,
el desenfado
de tu movimiento,
la claridad
de tu marinería.
Aquí termino, es esta
oda,
Valparaíso,
tan pequeña
como una camiseta
desvalida,
colgando
en tus ventanas harapientas
meciéndose
en el viento
del océano,
impregnándose
de todos
los dolores
de tu suelo,
recibiendo
el rocío
de los mares, el beso
del ancho mar colérico
que con toda su fuerza
golpeándose en tu piedra
no pudo
derribarte,
porque en tu pecho austral
están tatuadas
la lucha,
la esperanza,
la solidaridad
y la alegría
como anclas
que resisten
las olas de la tierra.
(Pablo Neruda, Oda a Valparaiso)
C'est ici que j'ai trouvé plein de poèmes de Pablo Neruda.









































Les commentaires récents