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le cuir du bracelet s'effiloche
le trou dans la semelle de la ballerine
la pantouffle orpheline, l'autre a été oubliée sous un lit loin, loin
l'ampoule a grillé dans la cuisine
la plante attend qu'on la change de pot
et ma tong fétiche qui ne tient qu'à un fil
la nuit nous a emmenés chacun dans nos rêves, corps à part
les kilomètres et les jours, les enfants les amours
on est si peu ensemble
octobre 22, 2004 dans Inventaires | Permalink | Commentaires (16)
On est si peu ensemble
et le temps s'effiloche
la bobine se défait
plus la même tête
sur les photos
du meuble de l'entrée
J'aime bien ta nouvelle forme de dire tes jours
Rédigé par : pprumtiersen | 22 oct 2004 13:43:43
Le bébé pousse
la petite fille grandit
les souvenirs s'agrandissent
comme naissent
les nouveaux projets
ma vie
se renouvelle
sans cesse
Rédigé par : Heller | 22 oct 2004 14:13:36
c'est tres joliment dit..cette interrogation du temps qui file, de la vie, du couple, de nos propres personnes, des objets..
recoller les morceaux ... ensemble ! C'est le plus beau.
Rédigé par : be@ | 22 oct 2004 14:14:16
on peut jamais s'arrêter
y'a toujours du boulot
avec les choses, avec les gens
avec soi
de quoi elles naissent, les manières de se dire ?
Rédigé par : sans moi | 22 oct 2004 14:20:09
pourtant je choisis
tout ca
cette AGITation
cette actiVIEté
mais est-ce,
vraiment,
un choix ?
pour me retrouver
seul
j'écris
Tu as une autre solution ?
Rédigé par : Heller | 22 oct 2004 14:37:46
ben, ça dépend des moments.. il y en a plein, des moyens de se retrouver
mais c'est vrai que l'écriture aide, m'aide
Rédigé par : sans moi | 22 oct 2004 14:43:08
Nous on plante des petites graines parce que la colle je suis allergique...
Rédigé par : sophie | 22 oct 2004 15:05:30
c'est vrai, des petites graines pour réparer un bracelet de montre, c'est pratique !
Rédigé par : sans moi | 22 oct 2004 15:18:19
sansmoi> elles naissent d'un besoin, d'un ressenti a exprimer non ?
Rédigé par : be@ | 22 oct 2004 15:22:42
les thèmes, oui
mais les formes, c'est toujours un mystère, pourquoi tant de listes, ou tant de haïkus, ou tant de textes narratifs
puis un coup de pied dans la fourmilière, l'envie de tout envoyer balader, l'envie de grincer un peu..
et du coup la recherche de nouvelles manières de se dire
Rédigé par : sans moi | 22 oct 2004 15:27:59
J'aime beaucoup votre façon de dire et d'écrire les choses et les sensasations les plus simples, les mots employés, la ciselure des phrases...
Rédigé par : Vebret | 22 oct 2004 17:23:11
la forme n'est pas dupe
la forme des mots, des phrases cosigne le sens...
pas un miroir déformant mais plutot la forme (d'écriture) un miroir qui forme le texte///
celà vient des entrailles
et dit bien où la nécessité et recherche d'une essentialité (!!!), d'une poésie interne, du sentiment formalisé
Rédigé par : prumtiersen | 22 oct 2004 17:32:04
et moi balotée au rythme de cette poésie intérieure
quand je prends le temps de l'écouter
Merci M. Verbret, le mot ciselé, j'aimerais bien..
Rédigé par : sans moi | 22 oct 2004 17:42:59
Pour une apologie de l'intra-ordinaire...
et si c'était ça que tu fais finalement :
extrait (long)
"Ce qui nous parle, me semble-t-il, c'est toujours l'événement, l'insolite, l'extra-ordinaire : cinq colonnes à la une, grosses manchettes. Les trains ne se mettent à exister que lorsqu'ils déraillent, et plus il y a de voyageurs morts, plus les trains existent; les avions n'accèdent à l'existence que lorsqu'ils sont détournés; les voitures ont pour unique destin de percuter les platanes: cinquante-deux week-ends par an, cinquante-deux bilans: tant de morts et tant mieux pour l'information si les chiffres ne cessent d'augmenter ! Il faut qu'il y ait derrière l'événement un scandale, une fissure, un danger, comme si la vie ne devait se révéler qu'à travers le spectaculaire, comme si le parlant, le significatif était toujours anormal: cataclysmes naturels ou bouleversements historiques, conflits sociaux, scandales politiques...
Dans notre précipitation à mesurer l'historique, le significatif, le révélateur, ne laissons pas de côté l'essentiel: le véritablement intolérable, le vraiment inadmissible: le scandale, ce n'est pas le grisou, c'est le travail dans les mines. Les " malaises sociaux " ne sont pas " préoccupants " en période de grève, ils sont intolérables vingt-quatre heures sur vingt-quatre, trois cent soixante-cinq jours par an.
Les raz-de-marée, les éruptions volcaniques, les tours qui s'écroulent, les incendies de forêts, les tunnels qui s'effondrent, Publicis qui brûle et Aranda qui parle! Horrible ! Terrible ! Monstrueux ! Scandaleux ! Mais où est le scandale ? Le vrai scandale ? Le journal nous a-t-il dit autre chose que: soyez rassurés, vous voyez bien que la vie existe, avec ses hauts et ses bas, vous voyez bien qu'il se passe des choses.
Les journaux parlent de tout, sauf du journalier. Les journaux m'ennuient, ils ne m'apprennent rien; ce qu'ils racontent ne me concerne pas, ne m'interroge pas et ne répond pas davantage aux questions que je pose ou que je voudrais poser.
Ce qui se passe vraiment, ce que nous vivons, le reste, tout le reste, où est il ? Ce qui se passe chaque jour et qui revient chaque jour, le banal, le quotidien, I'évident, le commun, l'ordinaire, l'infra-ordinaire, le bruit de fond, I'habituel, comment en rendre compte, comment l'interroger, comment le décrire ?
Interroger l'habituel. Mais justement, nous y sommes habitués. Nous ne l'interrogeons pas, il ne nous interroge pas, il semble ne pas faire problème, nous le vivons sans y penser, comme s'il ne véhiculait ni question ni réponse, comme s'il n'était porteur d'aucune information. Ce n'est même plus du conditionnement, c'est de l'anesthésie. Nous dormons notre vie d'un sommeil sans rêves. Mais où est-elle, notre vie ? Où est notre corps ? Où est notre espace ?
Comment parler de ces " choses communes ", comment les traquer plutôt, comment les débusquer, ies arracher à la gangue dans laquelle elles restent engluées, comment leur donner un sens, une langue : qu'elles parlent enfin de ce qui est, de ce que nous sommes.
Peut-être s'agit-il de fonder enfin notre propre anthropologie: celle qui parlera de nous, qui ira chercher en nous ce que nous avons si longtemps pillé chez les autres. Non plus l'exotique, mais l'endotique.
Interroger ce qui semble tellement aller de soi que nous en avons oublié l'origine. Retrouver quelque chose de l'étonnement que pouvaient éprouver Jules Verne ou ses lecteurs en face d'un appareil capable de reproduire et de transporter les sons. Car il a existé, cet étonnement, et des milliers d'autres, et ce sont eux qui nous ont modelés.
Ce qu'il s'agit d'interroger, c'est la brique, le béton, le verre, nos manières de table, nos ustensiles, nos outils, nos emplois du temps, nos rythmes. Interroger ce qui semble avoir cessé à jamais de nous étonner. Nous vivons, certes, nous respirons, certes; nous marchons, nous ouvrons des portes, nous descendons des escaliers, nous nous asseyons à une table pour manger, nous nous couchons dans un lit pour dormir. Comment ? Où ? Quand ? Pourquoi ?
Décrivez votre rue. Décrivez-en une autre. Comparez.
Faites l'inventaire de vos poches, de votre sac. Interrogez-vous sur la provenance, l'usage et le devenir de chacun des objets que vous en retirez.
Questionnez vos petites cuillers.
Qu'y a-t-il sous votre papier peint ?
Combien de gestes faut-il pour composer un numéro de téléphone ? Pourquoi ?
Pourquoi ne trouve-t-on pas de cigarettes dans les épiceries ? Pourquoi pas ?
Il m'importe peu que ces questions soient, ici, fragmentaires, à peine indicatives d'une méthode, tout au plus d'un projet. Il m'importe beaucoup qu'elles semblent triviales et futiles: c'est précisément ce qui les rend tout aussi, sinon plus, essentielles que tant d'autres au travers desquelles nous avons vainement tenté de capter notre vérité.
G.Perec
Rédigé par : prumtiersen@aol.com | 22 oct 2004 21:27:42
c'est marrant, ce texte, je le connais.. je me l'étais enregistré à la suite d'une chronique de martin Winckler sur France Inter, il m'avait bcp touchée ce jour-là..
merci de me le réoffrir, exprès pour moi cette fois-ci
Rédigé par : sans moi | 23 oct 2004 12:13:25
Je parlais de recoller au figuré bien sûr. C'est pour faire des choses ensemble...
Rédigé par : sophie | 24 oct 2004 20:51:30
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