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Un début de soirée de mes seize ans... Je n'ai pas été une adolescence précoce, à seize ans j'étais sortie avec un seul garçon ; notre "amour" a duré cinq minutes - un type avec qui j'avais dansé deux slow m'a proposé "on sort ?" ; comme j'avais chaud je l'ai suivi et ping ! il m'a embrassée sous la pergola. Je n'ai pas trouvé le moment particulièrement agréable, d'autant que j'avais des visées sur un autre jeune homme et était folle amoureuse d'un troisième ; ce baiser intempestif avait reporté tous mes projets amoureux.
Bref.
Un début de soirée de mes seize ans donc, me voilà sur le quai de la gare de Lyon pour embarquer dans le train de nuit qui me mènerait vers Bourg Saint Maurice ; je rejoignais mes parents qui skiaient aux Arcs. J'étais restée une semaine chez une amie pour réviser le bac de français, et j'étais bien contente de me dire que les vacances commençaient enfin. En plus j'ai toujours adoré prendre le train de nuit (ou le bateau la nuit, ou rouler de nuit..) ; avancer pendant que je dors, c'est une idée très séduisante pour moi - même si la nuit sur une couchette s'avère immanquablement execrable.
J'arrive dans ma cabine - deuxième classe, six couchettes dans un espace minus, trois d'un côté, trois de l'autre ; la mienne est à droite, tout en haut. J'aime cette place-là, avec toujours la pétoche de tomber pendant mon sommeil mais la présence de deux corps lourds au dessus de ma tête me gêne davantage. Mes covoyageurs sont déjà arrivés, un couple de personnes âgées ont pris les couchettes du bas, deux militaires sont au milieu et en haut à gauche, et en dessous de moi il y a un grand type hirsute qui vient d'enlever son duffle coat.
Je marmonne un bonjour à la cantonnade et escalade vers ma couchette, j'enlève mes chaussures et mon manteau, installe les draps, ordonne mes petites affaires... et zouip me replonge dans la lecture de ce roman du génial Daniel Pennac, La fée carabine.
Fuiiiit ! Le train s'en va, je lève à peine un oeil. Tatactatoum, tatactatoum, mes voisins de cabine sont entrés, sortis, rerentrés, ressortis, ils se sont installés pour la nuit, ont lu un peu, tout cela je l'ai perçu avec le nez dans mon roman ; mais vers onze heure ma loupiotte jaune est la dernière qui reste allumée quand vaincues par le bercement du train mes paupières qui se ferment m'obligent à abandonner la tribu Malaussène. Groum, je m'applatis comme un tapis à plat ventre sur le matelas.
Lourd et bon sommeil pour une fois. Comment je m'en rends compte ? Parce que quelque chose de trèèès agréable dans mon rêve vient de me réveiller. Une caresse qui part de sous les fesses et remonte jusqu'au creux des reins ; une caresse si légère que je me demande si je ne l'ai pas inventée, ben oui normal c'est un rêve.. Sauf que j'ai les yeux grands ouverts et que la caresse se poursuit. Est-ce moi qui m'autosuggestionne ou est-ce que... non !
A toute vitesse mon esprit bien réveillé maintenant se remémore la configuration de la cabine. Les vieux en dessous, les kakis à gauche... Donc soit j'ai inventé la caresse auto-suggerée, soit la pulpe de ces doigts qui se promènent sur MES fesses appartient au grand mec hirsute. Qui n'est pas beau du tout. Mais se débrouille très bien. Mais quand même on n'a pas gardé les poules ensemble. Mais Dieu que c'est bon j'aurais jamais imaginé un truc pareil. OK qu'est-ce que je veux ?
Et c'est ainsi que j'ai terminé la nuit collée contre la paroi, toute de guingois, à me faire le plus feuille d'arbre possible pour que les doigts de cet inconnu très laid et très doué ne puissent plus atteindre mes fesses.
Vers 6 h du matin il est descendu à la gare d'Aime. J'ai été soulagée de ne pas être obligée de croiser son regard quand vingt minutes plus tard je suis descendue à mon tour. Mais peut-être qu'aujourd'hui... j'aimerais le remercier pour cette caresse qui s'est invitée et m'a donné quelque chose de précieux, sans rien chercher à me prendre.
juin 26, 2008 dans autoficcion, le principe féminin, Voyage voyage | Permalink | Commentaires (43)
Bonjour,
Je suis déjà passé une fois mais n'ai pas laissé de commentaire car je n'y avais vu que des coms féminins et cela m'avait un peu décontenancé.
Je trouce cette nouvelle bien écrite et très chaste ma foi. La jeune fille après s'être rendue compte qu'elle ne rêve pas en se plaquant contre la paroi échappe a l'indélicat. Une réaction saine de sa part. Ensuite qu'elle analyse et la positive un peu est aussi une façon de reprendre le dessus par rapport à un acte subit et non voulut.
La réaction première qu'elle a alors qu'elle pense rêver me fait penser au vent qui s'engouffre sous une jupe ou un short alors qu'il fait une forte chaleur et vient agréablement rafraîchir l'endroit intime. Est-il honteux d'avoir ressentit du bien à ce moment là?
Je ne sais si vous me trouverez assez explicite mais ce sera un témoignage masculin.
J'ai lu quelques billets et votre style me plaît beaucoup.
Bonne soirée.
Rédigé par: François | 26 juin 2008 20:19:51
Ouahhh, mais c'est super coquin tes autoficcions (avé l'assent espagnol?) olé!
Oui, en train on dort pas si mal, vu la taille de la couchette , le nombre de coloc et l'âge du capitaine.. ahh le doux balancement qui doit rappeler quand maman nous portait..
Rédigé par: planeth | 26 juin 2008 21:26:14
Au fait, la photo est sublime..
Rédigé par: planeth | 26 juin 2008 21:28:39
Ce texte n'a, à mon sens, rien de traumatisant.
Un texte en soi peut-il seulement l'être?
Il vient réveiller ici douloureusement ce que Dany a vécu.
Une blessure vive qui lui appartient...
Qu'il lui appartient aussi peut-être de se représenter pour ne plus être submergée par l'émotion.
Nommer, reconnaître et partager cette souffrance pour tenter de la dépasser?
Christie, tes mots éveillent des émotions.
Qu'elles soient différentes n'est, à mes yeux, en rien lié à un manque de crédibilité.
Les mots n'échappent-ils pas toujours un peu, au final, à leur auteur? Dérangeants parfois, souvent émouvants, l'important est que, toujours, les tiens nous touchent.
Rédigé par: Sophie | 27 juin 2008 00:40:20
Est-ce que je peux juste rappeler que les attouchements sexuels sont punis par la loi? Qui plus est sur mineur? Cela n'a rien d'excitant et ne peux constituer une forme d'"initiation" à une jeune fille ou un sentiment de jouissance chez la femme adulte.
Vous pouvez heureusement écrire et diffuser les textes que vous voulez mais s'il vous plait, écoutez un peu plus les gens sans leur renvoyer des questions comme " est-ce que tu veux que les livres ne comportent rien de traumatisant...?". Je ne crois pas que c'est ce que Dany voulait dire.
Rédigé par: marie | 27 juin 2008 08:33:51
Marie, merci de ce rappel juridique ; et merci de nous laisser, à Dany et à moi, la responsabilité de nos échanges et de nos ressentis, réels ou imaginés, face à un "stimulus", fut-il passible de la loi. Bonne journée.
Rédigé par: Christie | 27 juin 2008 08:42:55
Peut-être que ça n'a pas grand-chose à voir, mais vous connaissez sûrement les tableaux du peintre Balthus... Des images de petites filles en postures sexuellement très explicites... mais comme Balthus est apprécié dans certains milieux, personne ne s'en offusque et comme les musées l'exposent, ses tableaux sont reproduits en première page des journaux... ça, ça me met vraiment mal à l'aise... c'est une chose d'écrire un texte qui s'adresse à des lecteurs adultes, c'en est une autre de mettre des images de ce genre en une, là où n'importe quel enfant ou ado peut les voir...
Rédigé par: Titoune | 27 juin 2008 09:02:59
En vous plaçant dans le champ de l'auto-fiction. Vous avez tacitement proposé un pacte de lecture qui implique la vraisemblance du récit. Vous tentez de donner "corps" à un fantasme d'adolescente. Mais la situation dans laquelle vous placez votre héroïne semble semer le doute qu'elle soit réaliste au regard des réactions des lectrices qu'elle suscite. Si le fantasme est cru, il est souvent ambigu. L'adolescence est une période de troubles et d'émotions contradictoires. Il faudrait peu pour que votre texte, sans nuire au réalisme, reflète aussi l'équivoque et l'incertain. Por su carácter impreciso y ambiguo, la vida confundía. Verdad y sueño en La vida es sueño de Pedro Calderón de la Barca.
Rédigé par: Egide | 27 juin 2008 12:35:32
J'ai pas lu tous les commentaires, mais tu sais ce que je crois; que si tu avais décrit un mec BCBG, charmant et poli, ce qui trouvent ça dégueu seraient moins nombreux.
Rédigé par: Tina | 27 juin 2008 14:04:52
Cette remarque de Tina me fait penser à l'histoire d'une amie qui, au cours d'une soirée, avait un peu trop bu et s'était retrouvée le lendemain matin dans un canapé avec un inconnu la culotte baissée. Les souvenirs sont revenus peu à peu; son désir de se reposer un peu seule sur le canapé de la salle TV, l'arrivée de ce garçon plutôt pas mal, une discussion sympathique et les caresses de sa part à lui repoussées par elle mais sans force à cause de l'alcool. Lorsqu'elle a voulu en parler à ses amies présentes ce soir-là, elle n'a trouvé que "wouah!!! mais il est trop canon ce type, la chance!" et autres conneries comme ça. Cette amie a dû prendre la pilule du lendemain et faire un test HIV; et "ses amies" pensent sûrement encore qu'elle ne sait pas fait violer cette nuit-là car "il était trop canon ce type"...
Rédigé par: jeanne | 27 juin 2008 14:36:03
Et bien moi, je l'aime ce texte. Il faut dire que je l'ai lu de nuit, dans le train ; ça lui confère une saveur authentique, comme un souvenir réveillé par le lieu. Je le trouve empreint d'humanité, le plaisir mêlé à la répulsion, la souffrance du « laid » à la recherche d'un peu de beauté. Et nos mains qui se frôlent avec ma voisine sur l'accoudoir commun…
Rédigé par: Celui | 27 juin 2008 15:11:35
Ce qui est fort dans cette histoire, c’est qu’elle peut susciter des réactions multiples selon notre vécu, notre personnalité. Pour ma part, je l’ai reçue de façon positive, parce-que j’ai vécu de jolies choses lors de voyages en train de nuit. Et comme je dois être un peu « fleur bleue », et parce-que ton écriture reste juste suggestive, je n’avais imaginé que de chastes caresses.
Quoi qu’il en soit, d’autres l’ont exprimé bien mieux que moi, mais c’est bien le rôle d’un écrivain de remuer des émotions, positives ou négatives, de lancer un ballon en l’air, reçu par chaque lecteur à sa manière…
Rédigé par: swahili | 27 juin 2008 16:11:04
alors moi j'arrive un peu après la bataille on dirait,
mais.
d'abord je trouve que c'est la meilleure de tes fictions :) c'est celle où j'ai retrouvé le plus ton imaginaire / ton style / ton univers / ta manière d'explorer et de faire explorer nos sens... je sais pas comment dire.
Ensuite,
pour les gens choqués, "les attouchements sont réprimés par la loi et mon histoire personnelle me renvoit à ça etc etc".
je pense que vous allez, peut être, un peu trop loin dans votre rôle de lecteur. je veux dire, un lecteur n'a pas le droit à mon sens, de dire "écrit ça ou n'écrit pas ça ou tu n'as pas le droit d'écrire ça..."
on lit, si on aime, on continue de lire, rien ne nous y oblige.
deuxièmement, à toutes ces personnes je poserais bien une petite question : vous allez au cinéma ? vous lisez des livres ? et dites moi,
vous n'avez JAMAIS vu un meurtre, un vol, un viol, une agression dans un film ? jamais rien lu de tel dans un livre ? allons. Bien sûr que si vous en avez vu, pourtant le meurtre, le viol, le vol, sont aussi punis par la loi mais ça ne vous a pas choqué plus que ça, parce que c'étaient des fictions. Et bein christie aussi c'est des fictions... et je n'outrepasserai pas mes droits de lectrice :) à elle de continuer à trouver et ajuster son lectorat...
Rédigé par: leyla | 27 juin 2008 22:20:24
Si je puis m'immiscer, j'ai envie de dire que le travail d'un écrivain — si c'est ce qu'ambitionne Christie — n'est pas de conforter les lieux communs et la sensibilité dominante. C'est l'une des raisons (pas la seule) pour lesquelles la pauvre Anna Gavalda ne sera jamais Nabokov, Pennac reste un brave prof loin de Céline, et Delerm n'arrivera jamais à approcher le quart de la moitié du commencement de l'importance d'un Sade…
Plus généralement, la pression du politiquement correct se fait aujourd'hui absolument insupportable et prétend interdire (les "tu n'as pas le droit" !) l'expression littéraire. Un écrivain — et un artiste en général — a tous les droits, pour la bonne raison qu'il opère dans la fiction. Je trouve assez incroyable de ne pas parvenir à distinguer le réel de ses représentations.
Pour ma part, je trouve le texte de Christie bien anodin. Si l'on s'engage sur ce terrain (mais je ne crois pas que ç'ait été son but), je préférerais des tentatives plus audacieuces : la "victime" d'un viol collectif qui serait effectivement responsable et demanderesse, la description de ce que peut être la jouissance d'un serial killer, un inceste heureux et épanoui… Allons-y franco !
Rédigé par: Antoine Block | 27 juin 2008 23:34:11
J'aime beaucoup ce que tu écris Christie.
On aime, on aime pas mais de là à invoquer l'aspect juridique, je trouve ça assez déplacé.
Si certaines histoires peuvent parfois rappeler des souvenirs, faut-il bafouer l'auteur ? Dans la mesure où tu prends plaisir dans ce que tu écris, ne t'arrêtes pas sur certaines remarques.
On peut très bien, pour un même auteur, aimer certains livres et en détester d'autres.
J'essaie d'écrire un livre pour enfant depuis 2 ans mais le "politiquement correct" me perturbe énormément !! Je n'arrive pas à franchir le pas !!! Pourtant si l'on regarde un peu ce qu'il existe sur le marché, on se rend vite compte qu'il y en a pour tous les goûts. Et heureusement.
Continue à nous faire voyager dans cet univers fictif.
Rédigé par: laurence | 28 juin 2008 00:21:52
Je pense que chacun est libre d'exprimer son ressenti face à tes narrations Christie.
Maintenant, nul besoin de s'enflammer comme cela.
La société dans laquelle nous vivons tous n'a rien de drôle et tranquille et nous entendons des choses bien pires que cet épisode du train.
Qui plus est, la caresse a été ressenti, mais il ne se passe rien derrière. Pas de visage malsain quand la jeune fille ouvre les yeux. Cela laisse place à diverses interprétations : fut-ce réel pour la jeune fille, imaginé ? Et même si cela était fantasmé, il ne s'agit que d'UNE caresse.
N'allons pas trop loin dans l'interprétation des mots car nous devenons plus dangereux que le sens du texte lui même.
Christie, ma Christie, continue de lâcher tes émotions.
Ton blog n'est pas là pour rassurer les lecteurs. Et le lecteur est libre de "t'abandonner" si cela ne leur plaît pas.
Rédigé par: incha | 29 juin 2008 09:19:37
Bonjour,
Chacun(e) ajoute à l'histoire sa vision, c'est-à-dire de l'info en plus. Par exemple, l'inconnu hirsute, s'il a 14 ans, ça donne une autre perspective que s'il en a 74 ?
J'y ajouterai un accord complet avec le propos du billet - j'ai adoré La fée carabine.
Rédigé par: FrédéricLN | 29 juin 2008 17:40:42
Bonjour,
et bien, Christie, vous nous secouez en ce moment!
A mes yeux, rien de sordide dans votre texte -un léger érotisme, un certain humour, l'incertitude qui va avec l'âge du personnage, la nostalgie de la narratrice. Elle n'est contrainte en rien, votre jouvencelle ; suis-je la seule à avoir eu l'impression que c'était ses propres sensations qui lui faisaient peur, beaucoup plus que l'homme-au-bout-du-bras-au-bout-de-la-main?
Dans ces histoires esquissées, dans des trains comme ailleurs, la frontière est mince entre le sordide et le charmant, le partage et la prédation : question d'intention, d'état d'esprit, de moment.
Vous nous baladez joliment sur la frontière.
Et puis... un fantasme (fût-il de viol, ce qui n'est pas le cas ici) n'est ni un désir, ni un souhait, de même qu'une fiction n'est pas une apologie. Continuez à nous promener dans les nuances de vos récits - l'époque en a bien besoin.
Rédigé par: wirette | 30 juin 2008 23:57:16