Ayé Alma a son nouveau lit. Un lit de grande, le futon que je voulais. Tout s'est passé très vite, on est allé le choisir, on l'a commandé, on est allé le chercher, Nico a viré le lit à bareaux, installé le tatamis et le futon... Et voilà, mon bébé n'est plus un bébé. Je n'avais pas prévu l'énorme pincement au coeur, ce lit à bareaux est dans mon paysage depuis presque 6 ans et là, là... nous n'avons plus de bébé à mettre dedans..
La nouvelle chambre est sens sus dessous, Chimène est jalouse, Alma ravie a dormi comme un loir ce matin, et moi, moi - ben va falloir que je m'habitue à voir mes petitoutes devenir des grandoutes.
Hier soir la honte, on revenait à la maison avec le vélo de Chimène, je croise deux voisines que j'aime bien et que j'ai envie, vous savez, d'impressionner un peu, et là Chimène bloque sur son vélo, elle ne veut (ou ne peut) plus avancer, et je lui ai hurlé dessus devant tout le monde, et devant mes voisines.. Ma louloute était toute chose, et en ce qui me concerne, fini la belle image de la maman attentive nien nien nien.
[Pour ceux que ça intéresse, Les Chutes, c'est très bien. Très très bien. J'adore le talent de Joyce Carol Oates à nous plonger direct dans le glauque, et à se mettre très très intimement à la place de tous ses personnages. Vous savez, elle l'avait déjà fait avec Marilyn Monroe pour Blonde, un de mes livres fétiches. Dans Les chutes, elle nous (me) ramène à notre fascination pour l'abîme, doublée de l'attrait irrésistible pour le tumulte qui sonne comme un appel, et la vie-mort-vie des chutes d'eau. Elle ressort aussi l'un de ses thèmes fétiches, la malédiction. Brr. Pas vraiment joyful, mais génial à en veiller très tard la nuit.
Cette nuit, je me suis réveillée en riant au souvenir de la blague racontée par Aymeric, mon copain prof-écrivain.. Un jour il demande à ses élèves : "- Quelqu’un sait-il ce que veut dire l’adjectif « prolixe » ?
- Eh, Monsieur, c’est pas des croquettes pour chien ?"
Je ne m'en suis pas remise.]
[Tentation... tentation de faire ma Romaine Gariguette et d'aller écrire ailleurs ; me libérer de ma peau de sansmoi, me libérer de vous lecteurs dont le regard me définit et me chouchoute et m'entrave (hou vous n'y êtes pour rien, c'est ce que je me raconte !), réinventer autre chose, librement.. Mon vieux fantasme de petite fille, partir à l'autre bout du monde et tout recommencer, un peu comme j'avais fait au Chili. Ah, le Chili ! Je l'ai déflorée, et elle reste ma terre promise, pas du tout dépassée, pourquoi suis-je toujours tentée de repasser par les mêmes chemins ?
Bon allé, au boulot.]
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