Leurs maisons se touchent. Maisons construites à l'identique, en parpaings blanchis et en bois, comme toutes les maisons de la longue rue dont j'ai oublié le nom. Ensuite, chacun bricole.
Leurs maisons se touchent et il ne se passe pas un jour sans que l'une entre dans la cuisine de l'autre, en frappant pour la forme, Ola ! Tu as bien le temps pour un tecito ? Rosa et Lucy, les deux voisines inséparables.
Le mari de la première l'a quittée pour une plus jeune qui était enceinte de lui. Rosa elle-même avait accouché un an plus tôt de son troisième enfant, qui doit aujourd'hui être un gaillard de 15 ou 16 ans. Pour arrondir la pension versée par le mari, Rosa fait des ménages à droite à gauche et parfois, héberge des Françaises - mais ça n'arrondit pas beaucoup.
Le mari de la seconde est un militaire recyclé (après les élections de 1988 qui ont destitué Pinochet, pas mal de militaires se sont retrouvés sur le carreau, enfin, à la retraite). Pour compléter sa retraite, l'idée de Carlos, le mari, a été d'ouvrir un sweatshop dans son garage, avec comme ouvrière : sa femme ! Lucy passe donc sa journée penchée sur du tissu de coton à piquer, piquer, piquer, des t-shirts et des joggings.
Estoy tan aburida ! C'est leur grand moto, à ces deux femmes qui s'accompagnent pour le meilleur et pour le pire. L'ennemi dans leurs vies, c'est l'homme. Les pauvres, qu'ils partent ou qu'ils restent, ils ont tort..
Mais sans homme, accrochons-nous pour trouver du sens. Rosa l'a compris, Rosa et ses culottes trop larges, Rosa et ses dimanches passés étendue sur le lit, à regarder le plafond de sa chambre, son lit trop grand dans lequel elle couchait parfois son petit garçon.
[Après avoir habité chez Rosa, j'ai été habité chez Eli, deux pâtés de maison plus loin ; et le reste du temps j'étais fourrée chez Magda ou Jacqué. A elles toutes, mes mamas chilenas ont contribué à façonner mon féminisme particulier, très maternant, jamais a priori contre les hommes mais vigilante, hein...]
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