Achille en nous
Il y a celle qui se trouve merdeuse parce qu'elle n'arrive pas à se fixer sur un projet professionnel ;
Il y a celle qui se trouve merdeuse parce qu'elle ne supporte pas l'intrusion d'un tiers dans ses amitiés, ses amours ;
Il y a celle qui se trouve merdeuse parce qu'elle n'arrive pas à parler avec sa mère ;
Il y a celle qui se trouvera merdeuse tant qu'elle ne sera pas arrivée en haut de l'échelle ;
Il y a celle qui se trouve merdeuse parce qu'elle ne se fixe nulle part, ne sait plus où elle habite ;
Il y a celle qui se trouve merdeuse dès qu'un connard lui fait une réflexion sexiste, "Mets un string !"
... Mis en mots, nos traumatismes intimes apparaissent souvent comme des broutilles. Et pourtant, des paroles anodines à nous adressées le mauvais jour, mettent à mal tout l'édifice. Amènent dans la bouche un goût de mort - je ne vaux pas la peine d'être là... Et on flotte, on flotte, on ne sait plus à quoi se raccrocher, ni ce qui nous retient ; pourquoi ne pas accélerer la chutte ?..
On avait cru très fort que l'amour de l'autre, la maternité, avoir trouvé notre voie professionnelle, avaient éloigné nos démons pour toujours. Nous nous étions immergées dans l'eau du Styx, celle qui rend invincible ; mais le talon n'a pas été trempé. Il nous reste un soft spot, un coin très exposé et rougeoyant, caché sous nos jupes, dans nos chaussures, enfoui sous nos cheveux... capable de faire surgir les plus amères larmes, les pulsions les plus mortifères.
Et le pire dans tout ça, c'est que nos amours auront beau entourer de leurs bras nos épaules secouées, nous offrir des pivoines et nous murmurer des mots d'amour... On aura toujours mal. Il n'y a que nous qui puissions apprivoiser Achille.
(A mes amies L., V., F., C., Y., M-P, et au petit Achille qui sommeille en moi, ne fait pas encore ses nuits, vient de se réveiller d'un vilain cauchemar. J'apprends à le bercer...)










































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