"Avant d’habiter un appartement, je possédais un grand jardin
où j’aimais planter des rosiers, dont je surveillais avec gourmandise la
floraison chaque matin, sortant de ma chambre par la baie vitrée, pieds nus
dans la rosée. A mes amies qui venaient je disais parfois le nom de mes roses :
Marcel Proust, Colette, Pierre de Ronsard, Pimprenelle, Parure d’Or, Kiftsgate,
Ghislaine de Féligonde, Madame Alfred Carrière, Papa Meilland, Jacques Prévert,
Héritage, Mozart, Golden Wings, American Pillar, Abraham Darby, Emera, Iceberg,
Queen Elisabeth, Princesse de Monaco, Sévillane, Kimono, et j’en oublie.
Sur ce minuscule balcon, j’ai installé un guéridon et deux
chaises. On peut y boire le café à deux, j’y invite parfois un ami ou une amie
à déjeuner : une grande serviette ancienne en lin brodé sert de nappe, j’ajoute une bougie si c’est le soir. Il
est même arrivé que nous y prenions les repas à trois, mes deux plus jeunes
enfants et moi.
Je ne suis pas très douée pour la culture sur balcon, mes
semis ou mes plantations finissent irrémédiablement par mourir, de manque
d’eau, vent violent, attaques parasitaires, ou autres. Je sauve ce qui peut
l’être, et remplace le reste, recréant régulièrement un nouveau décor.
Ensoleillé le matin, il est propice à la flânerie, la lecture et l'écriture de lettres ou de réflexions diverses dans un cahier à spirales."
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